Jean Paul II n’est pas le bienvenu en Ukraine
Rome, 10 juin 2001 (APIC) Jean Paul II n’est pas le bienvenu en Ukraine, a une nouvelle fois déclaré le patriarche de Moscou Alexis II. Dans un entretien publié dimanche 10 juin par le quotidien italien « Il Messaggero », le chef de l’Eglise orthodoxe russe a rappelé son opposition à la venue du pape en Ukraine. Il a qualifié de « prématurée » une rencontre entre les chefs des deux Eglises.
Malgré la demande de pardon adressée aux orthodoxes par le pape Jean Paul II lors de sa récente visite en Grèce et la rencontre oecuménique de Baltimore en juillet 2000, le patriarche orthodoxe déplore que les accords avec le Vatican « soient restés sur le papier ». Le cardinal Lubomyr Husar, archevêque majeur grec-catholique de Lviv, parle pour sa part d’accusations non fondées.
Alors que des manifestations sont organisées ces jours-ci en Ukraine contre la venue de Jean Paul II prévue dans ce pays du 23 au 27 juin, le patriarche orthodoxe de Moscou a déclaré qu’une rencontre entre les deux chefs à cette occasion était « prématurée ». « Une telle rencontre doit constituer non pas le début mais la confirmation, le couronnement d’une amélioration des relations bilatérales », a-t-il affirmé.
Les accords avec Rome sont restés sur le papier
La première initiative allant dans cette direction demandée par Alexis II à l’Eglise de Rome constitue le « respect des accords déjà signés ». « Avec un profond regret nous constatons que ces accords sont restés jusqu’à maintenant sur le papier », a déploré le patriarche soulignant l’importance de ceux-ci pour « obtenir des résultats positifs et réels ».
« L’engagement d’informer le patriarcat de Moscou sur tous les projets religieux réalisés par les représentants de l’Eglise de Rome » en Russie pourrait « contribuer à résoudre le problème du prosélytisme », a expliqué Alexis II. Le patriarche de Moscou a également rappelé que les édifices religieux en Ukraine devraient être utilisés de manière « équitable » par les orthodoxes et les grecs-catholiques, alors que « les catholiques les ont récupérés avec violence ».
Interrogé sur la demande de pardon de Jean Paul II lors de son voyage en Grèce, concernant le comportement des chrétiens latins dans le passé, Alexis II a déclaré vouloir « les faits après les paroles », affirmant que la violence continue. Il a en particulier déploré que trois paroisses orthodoxes aient été récemment détruites « pour mieux préparer la visite pontificale ». Une information plusieurs fois démenties par des sources catholiques locales.
Les maigres résultats de la réunion de Baltimore
Concernant la réunion à Baltimore de juillet 2000 de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe, Alexis II déplore qu’ »aucun accord n’ait été conclu et que le document final n’ait pas été signé, « chacun restant ferme sur ses positions ». Cette réunion devait être l’occasion de relancer le dialogue théologique entre les deux Eglises et de clarifier les contentieux concernant les propriétés des lieux de culte en Europe de l’Est. « Le patriarche orthodoxe de Moscou répète toujours les mêmes accusations qui ne sont pas confirmées par la situation actuelle », déclare pour sa part le cardinal Lubomyr Husar, chef de l’Eglise grecque-catholique d’Ukraine.
Des prétextes, selon le cardinal Husar
Interrogé par « Il Messaggero », le prélat uniate affirme que l’opposition de Moscou à la visite du pape en Ukraine est « psychologique ». « Les obstacles qu’ils mettent en avant sont des excuses qui servent à couvrir leur intransigeance », lance-t-il.
L’obstacle majeur au voyage du pape en Ukraine est pour le patriarcat de Moscou la tension entre l’Eglise orthodoxe ukrainienne qui dépend de sa juridiction et les deux autres Eglises orthodoxes présentes dans le pays, non reconnues par la communauté orthodoxe internationale. Il s’agit de l’Eglise orthodoxe « du patriarcat de Kiev », qui se trouve à la tête d’environ 2’000 paroisses, et de « l’Eglise autocéphale d’Ukraine », qui compte un peu plus de 1’000 paroisses, surtout en Ukraine occidentale. Le patriarcat de Moscou craint que le pape ne légitime ces deux Eglises en rencontrant leurs représentants à Kiev lors de sa visite en Ukraine, alors qu’il les considère comme schismatiques. (apic/imedia/be)
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