Fribourg: Des sans-terre brésiliens auprès des sans-papiers de la paroisse St-Paul
Fribourg, 11 juin 2001 (APIC) La quinzaine de sans-papiers qui occupent depuis une semaine des locaux de la paroisse catholique de St-Paul, dans le quartier du Schönberg, à Fribourg, ont reçu lundi des nouveaux appuis. Des membres de la Centrale des mouvements populaires (CMP) et du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) fraîchement débarqués du Brésil, sont venus partager leurs expériences de lutte.
Non à la mondialisation de la finance, oui à la mondialisation de la solidarité et de l’espérance!, ont lancé en chœur les militants brésiliens et les travailleurs sans papiers originaires de Macédoine, du Kosovo, de Serbie, d’Angola, de Tunisie, d’Argentine, du Portugal… Certains d’entre eux vivent depuis plus de douze ans dans le canton de Fribourg. Sous les applaudissements, les Brésiliens leur ont remis les fanions rouges de leurs mouvements.
Au nom de la délégation brésilienne, Edgar Kolling, coordinateur national du secteur « éducation » du MST, a salué le combat des sans papiers, un combat universel, qui met l’homme avant le capital. Le militant a relevé qu’au Brésil aussi, nombre de problèmes ne sont connus que quand les gens descendent dans la rue. Pour la seule agglomération de Sao Paulo, il y a 1,7 million de personnes sans emploi, mais tant qu’ils restaient chez eux à la maison, on n’en parlait pas, a-t-il relevé. E. Kolling, tirant les parallèles entre les luttes sociales dans les pays du Sud et dans les pays développés, a insisté sur la nécessité de résister partout au modèle néolibéral et à la globalisation financière et économique.
Pour une régularisation collective des sans-papiers en Suisse
Partenaires de l’ONG romande « E-Changer », à Fribourg, dont une quinzaine de volontaires sont engagés au Brésil aux côtés des mouvements luttant pour la justice sociale, les militants brésiliens ont découvert que l’action directe qu’ils mènent au quotidien se pratique aussi en Suisse. Dans la logique de son engagement au Brésil, « E-Changer a invité les représentants du MST, de la CMP et de l’association des ONG brésiliennes (ABONG) à découvrir une réalité sociale méconnue, celle des sans-papiers. Elle concerne des milliers de personnes dans le canton de Fribourg (entre 7’000 et 10’000, d’après le Centre de Contact Suisses-Immigrés/SOS Racisme), de 150 à 300’000 en Suisse, selon les sources.
Dimanche, l’assemblée générale d’E-Changer, réunie au Bouveret (VS), a fait une déclaration de solidarité avec les occupants de St-Paul. Le mouvement appuie totalement les revendications du « Collectif des sans-papiers » de Fribourg, qui réclame la régularisation collective des sans-papiers, souligne le secrétaire général d’E-Changer, Pierre-Yves Maillard. Qui remet, sous les applaudissements de la trentaine de personnes présentes, le très symbolique « passeport de l’échange et de la solidarité » émis par son mouvement. « Nous voulons souligner les passerelles qui existent entre les luttes des sociétés civiles du Nord et du Sud ».
Contre la précarité et l’exploitation
Venu apporter le soutien des « Verts » suisses, le conseiller national genevois Patrice Mugny a déclaré: « alors que la majorité politique en Suisse est pour la libre circulation de l’argent et des marchandises, nous, nous défendons la libre circulation des travailleurs et nous demandons la régularisation de tous les sans-papiers en Suisse ». Au nom des paroissiens de St-Paul, Ghislaine « Gigi » Dorsaz est elle aussi venu soutenir les occupants, rappelant la phrase de Jésus: « J’étais étranger, et vous m’avez accueilli! »
Le système fabrique des sans-papiers
Le mouvement de soutien au « Collectif des sans-papiers », emmené notamment par Lionel Roche et le syndicaliste Jean Kunz (Comedia), respectivement secrétaire permanent et président du Centre de Contact Suisses-Immigrés (CCSI) de Fribourg, relaie le « Manifeste des sans papiers ». Il réclame la revalorisation des conditions de travail de cette main d’œuvre souvent exploitée et l’égalité des droits pour tous.
Il rappelle que « c’est le système légal suisse qui produit les sans-papiers », un problème qui ne peut se réduire à celui de l’asile ou de l’immigration dite « illégale ». Il s’agit souvent de personnes à qui l’on refuse une autorisation de séjour, par ex. pour le regroupement familial, ou qui ne peuvent la renouveler pour des raisons aussi diverses qu’un divorce, le chômage, voire l’échec aux examens. « Les sans-papiers ne sont donc pas des ’illégaux’, lance le Collectif, mais des ’illégalisés’ fabriqués par les lois ». Lionel Roche insiste: « La nouvelle Loi sur les Etrangers (LEtr.), qui généralisera les permis de courte durée – pires encore que ceux de saisonniers -, et la prochaine révision de la Loi sur l’Asile (LAsi), ne feront que créer de nouveaux sans-papiers ».
Une occupation qui pourrait durer encore des semaines
Outre l’appui de syndicats au niveau régional et national (SIB et Comedia), d’organisations comme ATTAC ou le parti des Verts, Lionel Roche relève que de nouveaux soutiens arrivent. L’occupation de la paroisse St-Paul – qui pourrait durer encore des semaines, « en fonction du rapport de force que nous arriverons à créer » – se passe plutôt bien.
« Le conseil de paroisse, même si au départ ce n’était pas de gaieté de cœur, a maintenant accepté de nous accueillir; les prêtres de la paroisse, tant du côté alémanique que francophone, sont solidaires et jouent le rôle de médiateurs. » Le secrétaire du CCSI relève également le soutien du vicaire épiscopal du canton de Fribourg, Jacques Banderet, favorable à toute initiative allant dans le sens de la régularisation des sans-papiers. (apic/be)
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