Les Eglises locales passent-elles avant l’Eglise universelle?

Allemagne: Le Cardinal Dulles intervient dans le débat Ratzinger-Kasper

Rome, 12 juin 2001 (APIC) Quelle Eglise a la priorité: l’Eglise universelle ou l’Eglise diocésaine? Cette question est au cœur du débat entre les cardinaux allemands Joseph Ratzinger et Walter Kasper. Elle touche directement à l’autorité de l’évêque et à la manière dont l’épiscopat doit mettre en pratique les normes de Rome.

Un débat que le cardinal Walter Kasper a relancé par la publication d’un article dans la revue des jésuites « America », écrit alors qu’il était évêque de Rottenburg-Stuttgart, avant d’être nommé cardinal.

Le cardinal Kasper estime que l’Eglise diocésaine – ou Eglise particulière – passe avant l’Eglise uiverselle. Pour le cardinal Joseph Ratzinger en revanche, l’Eglise universelle vient avant l’Eglise locale, aussi bien historiquement qu’ontologiquement. Un troisième cardinal vient d’entrer dans le débat: le cardinal américain Avery Dulles. Il s’exprime dans un article à paraître prochainement dans le magazine américain: « Inside the Vatican ».

L’Eglise universelle n’est pas le résultat de la communion des Eglises

« Les griefs de Mgr Kasper à l’encontre de la papauté et la curie romaine viennent de son expérience pratique en tant que pasteur écrit le cardinal Dulles. Comme évêque, il a constaté que de nombreuses directives venant de Rome étaient mal perçues par les prêtres ou les fidèles de son diocèse. Qui n’en tiennent ensuite pas compte dans leur travail pastoral. Si la priorité de l’Eglise particulière était respectée, l’évêque diocésain pourrait adapter certaines règles à la situation et à la réalité vécue par ses fidèles ».

Le cardinal Dulles restitue le débat Ratzinger-Kasper en citant un document publié par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dont le cardinal Ratzinger est le préfet. « Dans sa lettre Communionis notio, publiée en 1992, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi expliquait que l’Eglise universelle n’était pas le résultat d’une communion des Eglises, mais dans son mystère essentiel, une réalité, venant ontologiquement et temporairement, avant toute Eglise particulière individuelle (n. 9). Selon le cardinal Ratzinger, l’Eglise universelle n’est pas le simple résultat de l’expansion d’une communauté locale initiale. « C’est la « Jérusalem d’en haut » que Paul décrit comme « notre mère » (Ga 4, 26).

Mgr Kasper ne nie pas la pré-existence de l’Eglise », poursuit le cardinal Dulles mais juge que cette pré-existence n’est pas le seul apanage de l’Eglise universelle mais aussi celui des Eglises historiques concrètes. Pour lui, les Eglises locales sont enracinées de la même manière dans le mystère éternel de Dieu. L’évêque allemand ne va cependant pas jusqu’à démontrer que la nouvelle Jérusalem décrite par le Nouveau Testament et les sources patristiques consiste en une multitude d’Eglises.

Le Christ a indiscutablement formé la communauté des disciples et préparé les apôtres pour leur mission alors qu’ils étaient encore tous rassemblés, rappelle Avery Dulles. Les Eglises particulières ne sont apparues que lorsque l’Eglise s’est dispersée et qu’il est devenu nécessaire d’établir des assemblées locales avec leurs propres responsables hiérarchiques.

Rappel des règles d’admission à l’Eucharistie

Mgr Ratzinger affirme clairement que l’Eglise universelle, animée par l’Esprit Saint, existe ici sur terre, dans l’histoire. Dans un article non signé, publié un an après Communionis notio, l’auteur insiste sur le fait qu’il ne peut rien y avoir de plus concret que le rassemblement des 120 disciples à Jérusalem ».

En ce qui concerne les préoccupations pastorales du cardinal Kasper, le cardinal américain mentionne dans son article les règles concernant l’admission à l’Eucharistie des chrétiens non-catholiques et des catholiques divorcés-remariés. Le cardinal Dulles considère comme problématique le fait de trouver des solutions locales à de telles questions. La situation dans le diocèse de Rottenburg-Stuttgart est-elle particulière au point que le diocèse devrait être autorisé à agir comme bon lui semble en ces domaines, demande le cardinal Dulles.

« En lisant le texte de Mgr Kasper, je ne vois pas en quoi les problèmes à Rottenburg ou Stuttgart sont vraiment différents des problèmes de Munich, Johannesbourg ou New York. La pratique autorisée à Rottenburg-Stuttgart ne concerne pas que le diocèse de Rottenburg-Stuttgart mais aura des répercussions dans le monde entier ».

L’Eglise catholique doit veiller à ne pas « dégénérer » en une fédération libéralisée d’Eglises locales ou nationales, avertit Mgr Dulles Elle a beaucoup appris de l’expérience du Gallicanisme et d’autres mouvements au cours des siècles passés. A l’heure de la mondialisation et de l’inculturation, il est plus important d’avoir un office fort qui garde l’unité de toutes les Eglises particulières dans l’essentiel de la foi, de la moralité et du culte », conclut le cardinal américain. (apic/zn/mjp)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/allemagne-le-cardinal-dulles-intervient-dans-le-debat-ratzinger-kasper/