Fribourg: Occupation par les sans-papiers de la paroisse de Saint-Paul
Fribourg, 13 juin 2001 (APIC) Une politique établie démocratiquement peut bien être légale, mais elle n’est pas toujours légitime et juste. Faisant écho à l’évêque diocésain, Mgr Bernard Genoud, qui estime dans l’affaire des sans-papiers que « la conscience peut primer sur une loi trop dure », les Eglises catholique et réformée du canton de Fribourg plaident elles aussi pour une politique plus humaine.
Réagissant à l’occupation le lundi de Pentecôte par une quinzaine de sans-papiers de la paroisse de Saint-Paul, dans le quartier du Schönberg, à Fribourg, le vicariat épiscopal catholique et le Conseil synodal de l’Eglise réformée du canton de Fribourg ont pris mardi une position commune. Certes, relèvent-ils dans un communiqué publié mercredi, « l’occupation de l’église de Saint-Paul nous interpelle fortement en tant qu’Eglises, dès lors que c’est un de nos lieux de culte qui a été choisi, sans consultation préalable ».
Mais les Eglises fribourgeoises constatent que la petite communauté qui s’est installée au Schönberg fait sortir de la clandestinité des personnes qui, bien que sans papiers, « ont maintenant des visages… visages d’hommes, de femmes et d’enfants bien réels ». Le courage de leur démarche risquée ne peut que nous encourager à risquer une parole et des actes, peut-on lire dans le communiqué signé par les vicaires épiscopaux francophone et alémanique Jacques Banderet et Kurt Stulz, et le pasteur Daniel de Roche, président du Conseil synodal.
Faire pression sur les autorités politiques peut se comprendre
Catholiques et protestants fribourgeois rappellent en chœur que dans l’Eglise, il n’y a pas d’étrangers et que l’Eglise, en raison de sa tradition prophétique, doit jouer un rôle de « sentinelle » dans la société. Ils relèvent également que l’instauration d’un lieu de refuge dans une église en vue de faire pression sur l’autorité politique est une démarche qui peut se comprendre si des personnes et surtout des familles, sont menacées de renvoi dans leur pays d’origine alors qu’elles vivent – et souvent travaillent – en Suisse depuis de nombreuses années.
Les responsables religieux se disent persuadés que les autorités politiques doivent légiférer de manière non discriminatoire en ce qui concerne l’accueil des étrangers en Suisse. « En accord avec la Convention des droits de l’Homme et celle des droits des enfants, non seulement en matière de droit d’asile, mais encore en matière de droit du travail ». Et de souligner qu’une part de l’économie suisse repose sur la venue et la présence de certains étrangers sans papiers.
Une politique peut être légale, pas forcément toujours légitime et juste
Pour les Eglises, « une politique établie démocratiquement est bel et bien légale, mais pas toujours légitime et juste ». Aussi veulent-elles encourager les autorités législatives et exécutives à empoigner les questions de l’asile et du travail « dans un sens qui tienne compte des réalités humaines, de la justice et de l’ordre ». Toutes deux souhaitent que l’occupation par les sans-papiers des locaux de la paroisse Saint-Paul ne durcisse pas les positions. Elles estiment qu’une chance est donnée: celle d’ouvrir un dialogue avec tous les partenaires afin de trouver une solution humaine à cette situation.
Rappelons que la semaine dernière, Mgr Bernard Genoud avait rendu visite au Collectif des sans-papiers de Fribourg. Intervenant mardi sur les ondes de la Radio Suisse Romande, il a rappelé que l’Eglise lutte pied à pied contre le resserrement des lois sur l’asile. Se disant « sidéré » qu’il y ait autant de personnes dans une situation aussi douloureuse et précaire en Suisse – on estime qu’en Suisse les clandestins et les sans-papiers sont entre 150 et 300’000, selon les sources -, il propose une régularisation par étapes. Quant aux occupants de Saint-Paul, pas question de les faire expulser: « On ne peut pas expulser des gens d’une maison qui n’est pas la nôtre, mais celle du Père ».
Le Synode de l’Eglise vaudoise pour des solutions humaines et dignes
En fin de semaine dernière, réuni en session ordinaire à Yverdon-les-Bains, le Synode de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud s’était également dit inquiet de l’avenir des sans-papiers soutenus par le mouvement « En quatre ans on prend racine ». Il souhaitait lui aussi que les autorités politiques mettent tout en œuvre pour trouver des solutions humaines et dignes concernant leur avenir. Le Synode souhaitait qu’une réelle volonté politique se manifeste pour trouver des solutions. (apic/com/be)
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