« Si la nouvelle est bonne, pourquoi la cacher ? »
Rome, 13 juin 2001 (APIC) Si on discute de la « bonne nouvelle », pourquoi la cacher? C’est la question posée au porte-parole du Saint-Siège, Joaquin Navarro-Valls, par le journaliste du magazine américain « Newsweek » chargé de couvrir le consistoire extraordinaire tenu au Vatican du 21 au 24 mai dernier. Le mécontentement est grand. Les journalistes accusent le directeur de la salle de presse du Vatican, de rétention d’information. « Si j’écrivais un article en me basant sur un briefing de Navarro-Valls, je serais licencié », écrit l’un d’eux.
Dans son dernier numéro, le bulletin de l’agence italienne ADISTA publie le message adressé par le correspondant de « Newsweek » au directeur de la salle de presse du Vatican, qu’il accuse de rétention d’information. Il formule toute une série de griefs, régulièrement émis par les journalistes à chaque réunion importante qui se tient à Rome, notamment lors des synodes, sur un ton qui hésite entre l’ironie et l’exaspération.
Après les « briefings » (points de presse quotidiens), écrit-il, « il est impossible à un journaliste sérieux d’écrire un article basé sur des « impressions » sur ce qu’a dit tel cardinal ». Et de donner la parole à un confrère d’un grand quotidien américain: « Si j’écrivais un article en me basant sur un briefing de Navarro-Valls, je serais licencié ».
Dans son énumération des dysfonctionnements des services d’information du Vatican, le journaliste se plaint de n’avoir pu disposer du texte des interventions des cardinaux, « pas même de résumés fiables ». Il s’étonne d’autant plus que l’intervention du cardinal Lustiger ait été publiée sur le site web du Vatican. « Pourquoi seulement celle-ci ? », demande-t-il.
Quelle couverture journalistique
Le correspond de « Newsweek », qui va jusqu’à se demander si le Vatican veut vraiment « une couverture journalistique intelligente », déplore que les journalistes aient été empêchés d’entrer en contact avec les cardinaux, les gardes suisses menaçant même ceux qui insistaient de leur de retirer leur accréditation. Un de ses confrères, un habitué de la salle de presse vaticane, ayant conclu après un briefing que le porte-parole du Vatican « avait manifestement quelque chose à cacher », il réagit: « Je veux croire qu’il n’en est rien. Je n’imagine pas que les cardinaux disent au consistoire quelque chose qu’on ne veuille pas que tout le monde entende. S’ils savaient que la presse les écoute, j’imagine qu’ils parleraient un langage que les gens comprennent… Je crois que le Saint Père a dit qu’il voulait que les cardinaux présentent leurs idées pour une « nouvelle évangélisation », ce qui signifie trouver de nouvelles manières de donner aux gens la « bonne nouvelle ». Alors, pourquoi faire obstacle à ceux qui travaillent pour diffuser les nouvelles? Si cette Nouvelle est si Bonne, pourquoi en discuter dans le secret? »
Le journaliste américain voudrait avoir des réponses à « quelques questions encore plus fondamentales »: pense-t-il que l’Eglise officielle est responsable du peuple de Dieu? « Chacun a le droit de savoir », a proclamé le porte-parole. Pourquoi alors imposer des limites arbitraires? Qu’est-ce que les gens ont le droit de savoir? Et pourquoi ont-ils le droit de savoir? Et de conclure: « Si l’Eglise officielle n’est pas responsable, de grâce dites-nous pourquoi vous pensez qu’elle ne l’est pas. Vous êtes prisonnier, à l’intérieur du Vatican, de ceux qui se voient eux-mêmes comme « l’Eglise elle-même », qui n’ont besoin de rien dire à personne, excepté pour ce qu’ils choisissent de partager, souvent avec des paroles que peu de modernes peuvent même comprendre. Ou sommes-nous ici en train de parler d’un problème de pouvoir? Peut-être ceux qui représentent « l’Eglise elle-même » n’ont-ils pas confiance dans le fait que la presse puisse rapporter fidèlement ce qu’elle voit et sent, et voudraient-ils se réserver le travail de l’information? S’il en est ainsi, ce manque de confiance est véritablement ahurissant ». (apic/cip/mg/pr)
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