Actualité: Les organisations homosexuelles appellent à une «Gay Pride», le 7 juillet à Sion. L’évêque diocésain Mgr Norbert Brunner a vivement critiqué la manifestation la qualifiant de «tentation démoniaque».

Suisse: Homosexualité et Eglise catholique

Le dialogue s’amorce

Stephan Moser, de l’APIC

Fribourg/Berne/Sion,

(APIC) L’Eglise catholique refuse avec détermination les rapports homosexuels. Ce qui n’empêche pas les chrétiens homosexuels – parmi lesquels des collaborateurs ecclésiaux – de « sortir du placard », Ni le dialogue de s’amorcer entre les organisations homosexuelles et la Conférence des évêques (CES).

Alors que certains milieux conservateurs ou évangélistes considèrent l’homosexualité comme un péché ou une maladie, des chrétiens essaient de concilier leur homosexualité et leur foi chrétienne, dans le cadre de l’ »Eglise de la base des lesbiennes et des gays à Bâle », créée en 1991 (« Lesbischen und Schwulen Basiskirche Basel »).

L’évêque de Sion Mgr Norbert Brunner a fait les grands titres de la presse suisse en disant que la Gay Pride de Sion faisait le jeu du diable. Le comité central de la Ligue suisse des femmes catholiques (SKF) fait une nouvelle fois état d’une vision progressiste: l’Eglise doit être la patrie de tous, des personnes homosexuelles également. Mais cela ne sera possible que si l’Eglise accepte leur mode de vie et leur sexualité.

« La splendeur de la Vérité » comme fil rouge

Où donc se situe la Conférence des évêques dans ce débat contradictoire? L’évêque auxiliaire à Zurich, Mgr Peter Henrici fait référence à deux documents de l’Eglise: le catéchisme de l’Eglise catholique et la réponse des évêques suisses à la consultation sur le statut juridique des couples de même sexe. La Splendeur de la Vérité présente une argumentation très différenciée, souligne le prélat. Dans son chapitre sur la chasteté et homosexualité (chiffres 2357 à 2359), le catéchisme de l’Eglise catholique se fondant sur la Tradition souligne que « les actes homosexuels sont intrinsèquement désordonnés et contraires à la loi naturelle ». Il reconnaît que si ’ »un nombre non négligeable d’hommes et de femmes présentent des tendances homosexuelles foncières, (…) ils ne choisissent pas leur condition homosexuelle et doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. » Pour l’Eglise catholique, les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté et « par les vertus de la maîtrise et quelquefois par le soutien d’une amitié désintéressée, elles peuvent se rapprocher graduellement de la perfection chrétienne ».

Les évêques suisses se sont prononcés en faveur d’une amélioration du statut juridique des couples de même sexe fin 1999, s’agissant du droit de séjour d’un partenaire étranger, du droit de bail, de succession ou encore de visite en cas d’hospitalisation. L’épiscopat helvétique n’est cependant pas allée jusqu’à approuver le partenariat enregistré sous la forme d’un Pacte civil de solidarité (PACS).

Président de l’association « Adamin » regroupant quelques 60 prêtres et assistants pastoraux homosexuels, Christian Leutenegger constate qu’en dépit de l’ouverture de son catéchisme, l’Eglise catholique manifeste une grande homophobie dans ses réactions concrètes. Par exemple en ne prenant pas au sérieux le travail de grande valeur que fournissent les gays et les lesbiennes, et cela à travers leur orientation sexuelle.

Conversion au protestantisme

L’administrateur de l’organisation faîtière des gays « Pink Cross » déplore le « nombre considérable d’homosexuels qui souffrent du jugement négatif de l’Eglise catholique ». Un catéchiste et animateur de jeunes s’est même converti au protestantisme et a entrepris des études théologiques pour devenir pasteur. Parce que l’Eglise catholique refusait de le reconnaître et de l’aimer comme homosexuel.

L’organisation de lesbiennes chrétiennes (CooL) regroupe une centaine de femmes, actuelles ou anciennes employées d’Eglises réformées et évangéliques. Elle demande que les Eglises mettent les relations homosexuelles sur le même pied que les relations hétérosexuelles.

La Ligue suisse des femmes catholiques soutient les revendications des organisations homosexuelles et s’engage pour la reconnaissance des couples de même sexe, tant au sein de la société que dans l’Eglise.

Dans une déclaration publiée le 25 janvier 2001, le comité du SKF, organisation qui regroupe 25’000 femmes en Suisse, demande à l’Eglise d’œuvrer intensivement et avec opiniâtreté en faveur de l’intégration des lesbiennes et des gays. L’Eglise devrait ouvrir la voie en célébrant, dans la communauté ecclésiale, le début de la vie à deux des couples homosexuels. « Nous voulons être solidaires des femmes lesbiennes et des mères d’enfants homosexuels à l’intérieur et à l’extérieur de notre association », explique la vice-présidente du SKF, Caroline Meier-Machen.

Statistiques et études contradictoires

Le chanoine de Coire Christophe Casetti a violemment réagi au document du SKF: « Comment le comité central d’une ligue des femmes qui se dit catholique peut-il se faire le porte-parole d’organisations homosexuelles de façon si peu sérieuse? » Le chanoine des Grisons reproche en clair au SKF de s’appuyer sur des experts selon lesquels l’homosexualité n’est ni une tare ni une maladie et ne se soigne donc pas. « De nombreux psychiatres et psychothérapeutes considèrent l’homosexualité comme la conséquence d’une déficience du développement neurologique », rétorque l’abbé Christophe Casetti.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a pour sa part supprimé l’homosexualité de son registre des maladies. Christian Leutenegger, d’ »Adamin » espèère que les dernières découvertes scientifiques, montrant que l’homosexualité est une orientation sexuelle au même titre que l’hétérosexualité seront prises en compte dans le débat.

Les milieux fondamentalistes s’appuient sur les Ecritures pour dénoncer l’homosexualité comme une déprédation grave et un péché. Mgr Henrici estime quant à lui qu’on « sollicite » par trop certains passages de la Bible, autant les passages favorables à l’homosexualité que ceux qui la réprouvent. L’exégète ne trouve pas grand chose à dire sur l’homosexualité à partir de la Bible. Il serait tout aussi faux de glorifier l’homosexualité que de la condamner sans appel, nuance encore l’évêque auxiliaire à Zurich.

Face aux efforts de la base de l’Eglise pour faire accepter l’homosexualité vécue au sein de l’Eglise, Mgr Henrici reconnaît que des ponts ont été jetés entre la Conférence des évêques et les organisations de personnes homosexuelles.

En janvier 2000, l’ancien président d’Adamin a demandé dans un article paru dans le bulletin desévêques suisses aux autorités de l’Eglise de prendre conscience de l’homosexualité de certains de leurs collaborateurs et de ne plus faire mystère du grand nombre d’homosexuels qui travaillent au service de l’Eglise (entre 25 et 40 % des prêtres et pastoraux selon Franco Christen). Quelque six mois après la parution de l’article, Mgr Henrici a rencontré des représentants d’Adamin. Un dialogue que nous espérons fructueux a ainsi été entamé, explique Mgr Henrici. Pour Christian Leutenegger, cette discussion a établi le premier fil de la communication.

L’organisation faîtière des gays « Pink Cross » désire également lancer la discussion sur l’homosexualité dans la Suisse entière et a fondé un groupe « Religion » qui devrait servir d’interlocuteur aux Eglises nationales. (apic/mos/job/version française Marie-José Portmann)

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