Pour la pleine réalisation de «la véritable orthodoxie»
Moscou, 20 juin 2001 (APIC) Pour la première fois dans l’histoire, un quotidien russe à grand tirage, la «Nezavisimaja Gazeta» (Le Journal Indépendant) consacre une page entière à un entretien avec l’archevêque majeur de Lviv des grécos-catholiques, le cardinal Ljubomir Husar, à quelques jours de la visite attendue et contestée de Jean Paul II en Ukraine.
Sous le titre «La tradition byzantine et le Pontife romain», l’article rappelle l’enfance du cardinal. Celui-ci raconte les persécutions durant son enfance à Lviv. Il évoque les années dramatiques des occupations soviétique puis nazie et de nouveau soviétique. Il souligne que de nombreux Ukrainiens, y compris la famille Husar, ont fui leur patrie pour ne pas retomber sous le pouvoir des communistes, sans devenir pour autant des collaborateurs du régime nazi.
La partie plus importante de l’entretien est consacrée au problème des gréco-catholiques (uniates) et au rôle du pape dans l’Eglise. Interrogé sur la signification de «l’union avec Rome» le chef des uniates rappelle que la perspective vers laquelle il faut tendre n’est pas la «réunion» de tous les orthodoxes sous la houlette de Rome, mais la pleine réalisation de la véritable «orthodoxie», à savoir non un antagonisme confessionnel, mais la plénitude ecclésiale, qui ne peut être atteinte sans l’harmonie et l’unité avec Rome. En même temps, estime le cardinal, la réalisation de la «véritable orthodoxie» implique l’intégrité culturelle, pour préserver l’héritage byzantin des chrétiens de la «Rus» de Kiev.
Le cardinal attribue ainsi une valeur plus «symbolique» et moins «juridique» au rôle pétrinien du pape, qu’il faut comprendre dans le sens de la «communion» et non pas de la «soumission» «S’il y avait en Ukraine une seule Eglise du Christ, fondée par le saint Prince Vladimir, et si elle était en relation avec le Pontife romain, nous voudrions faire partie de cette Eglise, dit-il. La dénomination juste serait: Unique Eglise Orthodoxe d’Ukraine».
«Voilà le véritable uniatisme, poursuit le cardinal Husar Nous avons toujours pensé que la conception de l’union devait être comprise dans le sens que le pape agit dans l’Eglise comme l’apôtre Pierre: il a l’autorité pour unir tout le monde, non pas pour commander sur tout le monde. Son pouvoir n’est pas un pouvoir de gouvernement, mais d’unité… Je vois la divergence entre le patriarcat de Moscou et celui de Constantinople à cause de la juridiction sur l’Estonie. Personne ne parvient à se mettre d’accord sur ces deux Eglises orthodoxes».
«Le pape a l’autorité pour les réconcilier. Moi, je suis ici l’évêque au nom du Christ, je ne suis pas le serviteur du pape. Le pape ne m’envoie pas d’ordres, comme si j’étais dans l’Eglise de Rome… Nous pensons dans le cadre de notre tradition, dans laquelle le pape est symbole de l’unité… Pierre n’est pas celui qui est à la place du Christ, mais celui qui, après le Christ, assure notre unité et notre accord: les chrétiens désunis ne sont pas de vrais chrétiens».
Non à une politique partisane
Le cardinal ajoute que l’Eglise est étrangère à la politique partisane et désapprouve l’utilisation de l’adjectif «chrétien» par un parti politique. Il se réfère à la naissance en Ukraine de partis politiques qui prétendent être l’expression de l’Eglise gréco-catholique.
«Nous voulons que les chrétiens se trouvent dans plusieurs partis différents, conservateurs et libéraux, déclare-t-il. La seule chose que nous ne voulons pas, c’est qu’il y ait des chrétiens dans les partis communistes».
Le cardinal Husar souhaite un rapprochement, dans la sérénité, de tous les chrétiens d’Ukraine, grâce précisément à l’appui du pape. (apic/zn/pr)
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