Quid du «langage inclusif» ?
Atlanta, 21 juin 2001 (APIC) Un certain nombre d’évêques catholiques américains ne sont pas très heureux de l’instruction du Vatican pour une traduction correcte des textes liturgiques. A l’occasion de leur assemblée de printemps, qui s’est tenue à Atlanta en présence de près de 230 évêques, nombre d’entre eux ont exprimé leur inquiétude et se sont demandé si les prescriptions linguistiques détaillées venant de Rome étaient appropriées à la réalité américaine.
Les évêques ont adopté une résolution demandant que le second volume du lectionnaire américain pour la messe – qui vient d’être approuvé par Rome – soit publié promptement «pour des raisons pastorales pressantes».
Les inquiétudes épiscopales ont été suscitées par la publication le 8 mai dernier d’une 5ème «instruction» romaine «pour une application correcte de la constitution sur la liturgie» promulguée par le Concile Vatican II, intitulée «Liturgiam Authenticam’’. Ce document établit un certain nombre de normes pour les traductions avec lesquelles les experts en traduction sont en désaccord. L’instruction romaine souligne que le travail de traduction n’est pas tellement un acte de créativité ou de reformulation, mais bien la restitution exacte et fidèle des «editiones typicae’’, les éditions normatives (ou «typiques») en langue latine des textes liturgiques.
Le langage ne doit pas discriminer les femmes
Le document romain fait un sort à la tendance «politiquement correcte» très présente depuis quelques années dans le monde anglo-saxon d’adopter un langage «inclusif» visant à ne pas discriminer les femmes. Il a été mal reçu par les secteurs progressistes de l’Eglise américaine, mais salué par les milieux conservateurs qui dénonçaient depuis longtemps la «capitulation» devant les pressions des féministes américaines. L’approbation par le Vatican du Volume 2 du lectionnaire américain, adopté par les évêques, a été retenue durant plusieurs années en raison notamment des craintes du Vatican à propos du «langage inclusif» qui se développe dans l’Eglise catholique au Etats-Unis.
Mgr Joseph A. Fiorenza, évêque de Galveston-Houston, et président de la Conférence nationale des évêques catholiques des Etats-Unis, a annoncé avoir reçu la confirmation de l’approbation par le Vatican du second volume révisé du lectionnaire pour la messe. Mgr Oscar H. Lipscomb, évêque de Mobile et président de la Commission sur la liturgie, a révélé que le texte révisé – retravaillé par des responsables du Vatican et un groupe de travail de trois archevêques américains, et revu finalement à la lumière de «Liturgiam Authenticam’’ – a subi près de 800 changements.
Insistance romaine sur les traductions littérales
«La plupart de ces corrections concernent des majuscules ou la modification de simples mots, mais dans certains cas, des parties de phrases ou, plus rarement, une phrase entière, ont été changées». Ces changements, a-t-il ajouté, sont à son avis «modérés et raisonnables, en particulier à la lumière de ’Liturgiam Authenticam’’’. Mgr Lipscomb a relevé que l’instruction demande de retenir les termes bibliques ou patristiques traditionnels même si cela signifie s’écarter des modes d’expression modernes.
Plusieurs évêques ont réclamé une plus ample discussion de l’instruction romaine et de ses implications. Parmi eux, Mgr Jerome G. Hanus, archevêque de Dubuque. Ce dernier est l’un des trois archevêques américains qui ont travaillé avec le Vatican à résoudre les problèmes de traduction du lectionnaire américain. Mgr Emil A. Wcela, évêque auxiliaire de Rockville Centre, un spécialiste d’Ecriture sainte, a mis en question l’insistance de l’instruction sur les traductions littérales. Mgr Donald W. Trautman, évêque d’Erie, lui aussi spécialiste d’Ecriture sainte, a exprimé son inquiétude concernant les implications pour les traductions bibliques et liturgiques soulevées par la déclaration du document romain faisant de texte latin de la Bible (Néo-Vulgate) publié en 1979 un texte normatif pour les traductions.
Les mots ont une signification dans leur contexte
Mgr Daniel E. Pilarczyk, archevêque de Cincinnati, pendant longtemps l’un des principaux experts en traduction au sein de l’épiscopat américain, a résumé l’une des inquiétudes principales concernant le document romain. Il a ainsi estimé que ce document semble être basé sur la vue erronée que la traduction n’est pas un art mais une science. «Je ne crois pas que la traduction soit une science, c’est un art’’, a-t-il déclaré, ajoutant que pour l’art de la traduction, on ne peut établir des «règles universelles, encore moins un vocabulaire universel, parce que les mots ont une signification dans leur contexte.’’
Mgr Pilarczyk, qui préside à la fois la Commission américaine sur la liturgie et la Commission internationale sur l’anglais dans la liturgie (ICEL), a relevé que la prétention de la Congrégation vaticane pour le culte divin et la discipline des sacrements à avoir la compétence sur les statuts de Commissions internationales comme l’ICEL, au point d’écrire et d’imposer des statuts, soulève beaucoup de questions. Et de relever que l’ICEL possède les copyrights sur ses textes. (apic/cns/be)
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