APIC Reportage
La visite de Jean Paul II en Grèce a été couronnée de succès
L’humilité du pape a fait mouche chez les orthodoxes
De notre envoyée spéciale à Athènes Sophie de Ravinel
Athènes, 5 mai 2001 (APIC) Les gestes symboliques et l’humilité du pape Jean Paul II, qui a explicitement demandé pardon pour les fautes commises par les catholiques contre les orthodoxes, ont fait mouche chez les orthodoxes de Grèce. Samedi, à l’issue de la brève visite du chef de l’Eglise romaine, les observateurs s’accordaient pour parler du succès d’un voyage qui avait pourtant suscité la vive hostilité des milieux conservateurs de l’Eglise grecque, en particulier des moines du Mont Athos.
Les médias grecs ont couvert l’événement de façon plus importante que prévu, tandis que l’accueil des autorités politiques grecques a été très chaleureux: le chef de l’Etat et celui du gouvernement ont fait le déplacement de l’Aréopage. Quant aux manifestations très médiatisées des milieux orthodoxes fondamentalistes, elles n’ont pas atteint l’ampleur escomptée. Quelque 150 «vieux calendaristes» ont déclaré le pape «persona non grata».
«Ce voyage constituera un pas important sur le chemin de l’œcuménisme entre catholiques et orthodoxes, non seulement au niveau théologique et des rapports entre les membres de la hiérarchie, mais également à la base, au niveau des fidèles», commente le professeur orthodoxe grec Constantin Charalampidis, 66 ans, qui enseigne l’archéologie paléochrétienne et byzantine à la Faculté théologique de Salonique. Même son de cloche samedi matin dans les colonnes d’»Eleftheros Typos», un journal proche de l’Eglise, qui titrait: «Un nouveau début pour les rapports avec le Vatican».
De l’avis du théologien catholique grec Yannis Spiteris, le fait que Jean Paul II soit le 1er pape à fouler le sol grec depuis 1’300 ans est «un événement vraiment mémorable» qui va «réchauffer les cœurs, contribuer à faire disparaître les préjugés et construire des ponts de confiance».
Moment solennel à l’Aréopage
Vendredi en fin d’après-midi, le soleil est encore haut et très chaud alors que les invités essentiellement des diplomates et des responsables politiques attendent à l’Aréopage l’arrivée des deux protagonistes de cette journée historique, le chef de l’Eglise romaine et le primat orthodoxe de Grèce. Une sorte de podium a été installé devant la stalle de bronze qui commémore le discours de saint Paul aux Athéniens et une icône grandeur nature représentant l’apôtre a été disposée entre les deux fauteuils que vont occuper Jean Paul II et Sa Béatitude Christodoulos.
Un grand silence inhabituel règne dans ce lieu où passent quotidiennement des milliers de touristes. Pour des raisons de sécurité il y avait presque un policier ou un militaire derrière chaque olivier les lieux ont été interdits à la population. Le Père Thomas, barbu, dans son grand habit religieux noir orné d’une croix en pendentif majestueuse et avec une toque noir sur la tête dresse, en attendant le début de la cérémonie, un premier bilan. «Pour nous, affirme-t-il, c’est un grand jour et la population a réagi de manière très positive. Seuls de très petits groupes ont encore manifesté aujourd’hui dans la rue».
Un jour historique dans les relations entre orthodoxes et catholiques
«On ne peut pas parler de réconciliation, a-t-il poursuivi, car il n’y a jamais eu véritablement d’ennemis, mais plutôt de dégel. Nous espérons maintenant et nous prions pour l’unité». A ses côtés, le ministre grec des Affaires étrangères, chargé de la cérémonie, confirme ces propos: «Il n’y avait que de très petits groupes en ville. Maintenant, les batailles du passé sont à ranger dans les livres d’histoire, il faut se tourner vers l’avenir, ce 4 mai est un jour historique».
A peine a-t-il terminé sa phrase que le cortège officiel s’engage dans les rues désertes. Sa Béatitude Christodoulos arrive le premier, suivi du président de la République, Costis Stéphanopoulos, et de Jean Paul II, qui revient d’une visite privée effectuée à la cathédrale Saint-Denis, le centre des catholiques d’Athènes. Il y a remercié Mgr Foscolos, archevêque catholique d’Athènes, «pour ses efforts dans la réalisation de ce voyage» et a encouragé les membres du clergé local à être des «éveilleurs de vocations auprès des jeunes».
Déclaration commune sur les racines chrétiennes de l’Europe
C’est soutenu par Mgr Christodoulos, d’un côté, et par le nonce apostolique de l’autre, que Jean Paul II se rend sur la colline de l’Aréopage, pour un hommage commun à saint Paul qui y avait prêché en 50 après JC. Devant l’Aréopage, les évêques orthodoxes du Saint-Synode se sont installés sur la gauche du podium, aux côtés de Jean Paul II, et les prélats catholiques à droite, aux côtés de Sa Béatitude Christodoulos.
Avant de s’asseoir, le pape va embrasser l’icône, soutenu – geste significatif – par l’archevêque orthodoxe. La célèbre adresse de saint Paul aux Athéniens est ensuite lue en anglais et en grec, puis le cardinal Angelo Sodano et un membre du Saint-Synode orthodoxe font entendre la déclaration commune sur les racines chrétiennes de l’Europe.
En «espérant que cette exhortation soit entendue par tout le monde chrétien», les deux hommes d’Eglise relèvent que «les relations entre chrétiens, dans toutes leurs manifestations, doivent être empreintes d’honnêteté, de prudence et de connaissance des questions en cause». Ils soulignent ensuite leur accord sur «la nécessité de mettre en valeur la dignité unique de l’être humain» et «de lutter ensemble pour le progrès de la paix dans le monde».
Tout en prenant «acte du succès et du progrès de l’Union Européenne», ils insistent pour que les peuples n’y perdent pas «leur propre conscience, leurs traditions et leur identité nationale». Ils regrettent enfin «la tendance naissante à transformer certains pays d’Europe en des Etats sécularisés, ce qui constitue une régression et une négation de leur héritage spirituel».
Pour le porte parole du Saint-Siège, Joaquin Navarro-Valls, la signature de cette déclaration commune «a une dimension historique». «Il y a deux mois, a-t-il affirmé, l’idée même d’un voyage en Grèce était inconcevable, il y a un mois et demi, elle était irréalisable et aujourd’hui, une déclaration a été signée en Grèce!» Joaquin Navarro-Valls constate que «les deux voisins qui habitent dans le même immeuble et qui se croisaient sans se voir vont enfin pouvoir se parler».
Jean Paul II a achevé son voyage en Grèce
Jean Paul II a achevé samedi son voyage en Grèce par une messe au palais des sports d’Athènes, qui a rassemblé quelque 15’000 fidèles, dont de nombreux Polonais, mais aussi des Philippins, des Irakiens et des Ukrainiens qui lui ont fait la fête. «Que la paix soit en vous et que Dieu bénisse la Grèce!»: c’est par ces mots que le pape a conclu la seule liturgie pontificale célébrée jusqu’ici en terre grecque orthodoxe. En raison de l’opposition de l’Eglise orthodoxe, les catholiques grecs (près de 60’000 fidèles, sans compter les immigrés d’origine catholique, dans un pays à près de 98% orthodoxe) n’ont pas pu célébrer la messe au Stade olympique, qui dispose de 80’000 places. C’est Jean Paul II lui-même, plus fatigué que la veille, qui a présidé la messe, concélébrée par tous les évêques catholiques de Grèce. L’homélie, dont deux paragraphes ont été lus par le pape en français, et le reste en grec par l’archevêque catholique d’Athènes, Mgr Nicolaos Foscolos, était consacrée à saint Paul, «l’Apôtre des Nations», et aux premières communautés chrétiennes.
(apic/imedia/fides/sdr/be)
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