APIC Reportage
Syrie: Dès son arrivée sur sol syrien, le pape confronté au conflit israélo-arabe
Accueil chaleureux de Bachar el-Assad, qui dénonce Israël
De notre envoyée spéciale à Damas Sophie de Ravinel
Damas, 6 mai 2001 (APIC) Poursuivant sa tournée pastorale « sur les pas de saint Paul », le pape Jean Paul II a été confronté, dès samedi, au conflit israélo-arabe. Chaleureusement accueilli à l’aéroport de Damas par le président syrien Bachar el-Assad, les dignitaires religieux chrétiens – orthodoxes et catholiques – et musulmans, le pape a été ovationné par 500 élèves des écoles chrétiennes vêtus de tee-shirts et de casquettes aux couleurs du Vatican. Jean Paul II a lancé un message de paix et de respect du droit international.
Le jeune président syrien, âgé de 35 ans, a d’emblée a placé son intervention sur le terrain politique, fustigeant sans ambages la « politique agressive » de l’Etat d’Israël, accusé d’opprimer les Arabes et de violer leurs droits. En appelant à la paix et à la justice au Moyen-Orient, le pape, venu « en pèlerin de la foi » pour continuer son pèlerinage jubilaire, lui a donné la réplique, dans un sens plutôt favorable à la Syrie.
Jean Paul II a en effet appelé au respect de la légalité internationale, qui interdit notamment l’acquisition de territoires par la force. Cette dimension du respect du droit international comme base de la paix dans la région sera encore renforcée par la visite qu’effectuera lundi le pape à la cité fantôme de Kuneitra, rasée par les Israéliens. Cette étape « politique » illustrera la caution du Saint-Siège à l’imprescriptible « syrianité » du Golan. Dès son arrivée sur sol syrien, le pape a plaidé pour une « paix juste et globale » et le « droit des peuples à l’autodétermination ».
Après plus de deux heures de vol, Jean Paul II est arrivé à Damas, en provenance d’Athènes. Dès sa descente de l’avion, il a été accueilli par le président de la République syrienne, Bachar el-Assad. Après avoir salué les nombreux dignitaires chrétiens et musulmans présents à la descente de l’avion – parmi eux, les trois patriarches qui ont leur siège à Damas, Ignace IV Hazim, patriarche des grecs orthodoxes du patriarcat d’Antioche, Ignace Zakka Ier Ivas, patriarche des syriens orthodoxes, et Grégoire III Laham, patriarche des grecs catholiques melkites – Jean-Paul II s’est rendu dans un salon officiel de l’aéroport pour une cérémonie de bienvenue.
La justice est bafouée
Le président syrien lui a réservé un accueil chaleureux et très politique. Après avoir rendu hommage en arabe aux valeurs représentées par le Saint-Siège et présenté les vertus du peuple syrien, Bachar el-Assad a lancé: « Votre sainteté, nous constatons que la justice est bafouée: les territoires sont occupés au Liban, au Golan et en Palestine. Nous les entendons massacrer les principes de l’égalité lorsqu’ils disent que Dieu a créé un peuple meilleur que les autres ». « Ils violent les lieux sacrés, a-t-il ajouté, ils tentent de tuer tous les principes des religions célestes avec la même mentalité par laquelle fut trahi puis torturé le Christ ». L’assistance – une soixantaine de personnes composée essentiellement de religieux musulmans ou chrétiens a écouté en silence ces propos, alors que le pape Jean Paul II a semblé se recueillir, une main sur la figure. Pour le président syrien, « la charité, c’est d’arrêter de tuer tout ce qui est arabe par la haine, nous tenons à la paix juste et globale, celle qui rend les territoires à leurs propriétaires en vertu des résolutions du Conseil de Sécurité, avec le retour des réfugiés dans leur pays et l’instauration d’un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem pour capitale ».
Le pape déplore la violence qui balaye les espoirs de paix
En conclusion, le président a demandé à Jean Paul II, en le remerciant chaleureusement de sa présence, d’être à leurs côtés « contre les oppresseurs, pour que les Arabes récupèrent ce qui leur a été volé sans aucun droit ». Jean Paul II s’est alors levé de son fauteuil aidé de la traductrice officielle, et a répondu à Bachar el-Assad. « Si souvent les espoirs de paix se sont levés pour être ensuite balayés par de nouvelles vagues de violences », a-t-il regretté.
Jean Paul II après avoir affirmé que, « le nom de l’unique Dieu est un nom de paix et un impératif de paix », a rappelé, comme il l’avait affirmé aux membres du corps diplomatique auprès du Saint-Siège en janvier 2001, qu’ »il est temps de retourner aux principes de la légalité internationale: interdiction de l’acquisition des territoires par la force, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, respect des résolution de l’ONU et des conventions de Genève ». Pour le pape, « les fidèles des trois religions liées à Abraham », doivent avoir une « attitude nouvelle de compréhension et de respect entre les peuples de cette région » et avancer avec « largeur de vue et courage ». « En ce sens a-t-il conclu, mon pèlerinage est aussi une ardente prière d’espérance ».
Sous une grande chaleur, Jean-Paul II est sorti à l’extérieur de l’aéroport et est monté dans une voiture fermé pour rejoindre la nonciature apostolique afin de prendre un peu de repos . En fin d’après-midi, avant de se rendre à la cathédrale grecque orthodoxe pour une cérémonie oecuménique, Jean Paul II est allé au palais présidentiel où il a rencontré, en privé cette fois, le président de la République. De nombreuses délégations d’enfants syriens
présents à l’aéroport ont continué à le saluer, alors que sa voiture était déjà loin, avec des bannières sur lesquelles on pouvait lire, « la justice est le contenu des messages célestes ». (apic/imedia/orj/sdr/be)
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