APIC – Reportage
La visite à la mosquée des Omeyyades, une étape historique dans le dialogue inter-religieux
L’agenda du pape n’est pas le même que celui du régime de Damas
De notre envoyée spéciale à Damas Sophie de Ravinel
Damas, 7 mai 2001 (APIC) La visite historique de Jean Paul II, dimanche soir, à la Mosquée des Omeyyades, «marque une étape historique dans le dialogue inter-religieux avec nos frères musulmans», commente l’archevêque syrien-catholique de Damas, Mgr Eustathe Joseph Mounayer. Presse syrienne et gouvernement, par contre, placent la visite du pape dans ce lieu saint de l’islam dans une perspective plus politique, demandant son soutien dans la lutte pour «libérer Al-Quds» (Jérusalem).
Cet événement historique a été une nouvelle fois l’occasion pour le régime syrien d’appeler à une alliance islamo-chrétienne pour faire face «à ce qui est tramé par les sionistes haineux» contre les chrétiens et les musulmans. Tandis que l’agence de presse syrienne SANA qualifie les Israéliens de «sionistes ennemis de Dieu», le quotidien «al-Sawra» voit dans la visite du pape Jean Paul II lundi à la «ville martyre de Kuneitra», où il priera pour la paix et plantera un olivier, symbole de paix, «un espoir et un rêve». Celui de l’unité «des hommes de culte musulmans et chrétiens et tous ceux qui ont foi en Dieu pour sauver Jérusalem et la récupérer comme une ville arabe pour la foi et la paix.»
Le pape ne se situe pas sur le plan politique
Jean Paul II, au cours de sa visite historique – il est le premier pape à être entré dans une mosquée, comme il avait été le premier à prier dans une synagogue en 1985 – ne s’est pas laissé entraîner sur le terrain politique. Il est resté sur celui des relations entre grandes religions monothéistes, appelant chrétiens et musulmans à se pardonner mutuellement.
Accueilli dimanche soir à la Mosquée al-Oumaoui (des Omeyyades) par le cheikh Ahmad Kaftaro, Mufti de la République syrienne, Jean Paul II, visiblement fatigué, a souligné la dimension historique du moment: «C’est pour moi une grande journée et une grande joie de pénétrer dans ce lieu sacré de l’islam». Evoquant la terre syrienne «si chère aux chrétiens», il a rappelé qu’ici le christianisme a connu des périodes vitales pour sa croissance et son développement doctrinal. «Ici se trouvent des communautés chrétiennes qui ont vécu en paix et en harmonie avec leurs voisins musulmans pendant des siècles», a-t-il souligné.
Dans la cour intérieure de la mosquée, le pape a entendu le discours très engagé contre Israël du Mufti Kaftaro. Il a dit son espoir que son geste soit, «le signe de notre détermination à faire progresser le dialogue inter-religieux entre l’Eglise catholique et l’islam».
A l’entrée de la mosquée et dans une certaine confusion, Jean Paul II a été accueilli par le cheikh Ahmad Kaftaro, un dignitaire religieux âgé de 90 ans, entouré d’autres prélats musulmans. Tous deux sont entrés un petit salon pour s’asseoir quelques minutes côte à côte et faire les premières présentations. «Je me souviens de mes visites au Vatican, a affirmé, le Mufti, et je n’aurais jamais imaginé vous trouver ici un jour».
Le secrétaire particulier de Jean Paul II lui a retiré ses chaussures et enfilé des babouches blanches avant de pénétrer dans la salle de prière. Gêné par ses sandales, le pape, accompagné de prélats catholiques, avançait péniblement, trébuchant à plusieurs reprises. Jean Paul II a ensuite médité quelques minutes en silence devant le tombeau qui, selon la tradition, serait celui du prophète Jean-Baptiste, vénéré également par les musulmans sous le nom de Yahya, puis le groupe s’est dirigé vers la cour intérieure.
Discours antisioniste
Tous ont pris place devant les portes de l’ancienne basilique chrétienne transformée en mosquée et ont écouté des sourates du Coran. Puis le ministre des «Waqfs (biens islamiques), Mohammad Zyadé, a pris la parole pour souhaiter la bienvenue au pape en espérant que sa venue puisse «ouvrir les voies pour un dialogue constructif et une coopération fraternelle entre les chrétiens et les musulmans».
Reprenant un discours antisioniste, le ministre syrien a notamment demandé au pape de soutenir les Arabes dans leur lutte, «pour que nos terres, nos droits et nos lieux sacrés dont Jérusalem puissent être libérés de l’occupant perfide». Le cheikh Ahmad Kaftaro, d’une voix difficilement audible en raison de son grand âge, s’est adressé au pape, en affirmant que, «la religion ne peut être la cause du déchirement entre les êtres humains et du développement de la haine». Pour lui, «le monde entier devrait suivre cette union entre les chrétiens et les musulmans qui existent en Syrie».
«Nous ne pouvons oublier, a-t-il poursuivi par ailleurs, qu’à quelques kilomètres d’ici se trouve un territoire sacré, la Palestine, et que ce territoire subit une véritable tyrannie». Pour lui, «une action de tous les hommes amoureux de la paix doit arrêter les massacres et le carnage que subissent les enfants du prophète Jésus et ceux du prophète Mohamed».
Les convictions religieuses ne doivent pas être cause de violence
Jean Paul II pour sa part, n’a pas prononcé son discours qui a été lu directement en arabe. Il a «ardemment» souhaité que «les responsables religieux et les professeurs de religions, musulmans et chrétiens, présentent nos deux importantes communautés engagées dans un dialogue respectueux, et plus jamais comme des communautés en conflit». «La violence, a-t-il poursuivi, ne devrait jamais être présentée comme le fruit de convictions religieuses».
Le pape a ensuite souligné que le dialogue inter-religieux est «plus efficace» lorsqu’il «jaillit de l’expérience d’un vie partagée avec l’autre au quotidien, à l’intérieur d’une même communauté et d’une même culture». Le pape a encore souhaité que musulmans et chrétiens continuent à explorer ensemble les questions philosophiques et théologiques «afin de parvenir à une connaissance plus objective et plus approfondie de leurs convictions religieuses respectives».
Appel au pardon mutuel entre chrétiens et musulmans
Pour le pape, la Syrie en est une illustration et comme dans toute famille, «on connaît des moments d’harmonie et des moments où le dialogue s’interrompt, sans que cela doive ruiner les espérances». Jean Paul II a conclu que «le dialogue inter-religieux conduira à des formes variées de coopérations, particulièrement auprès des plus faibles». Il a ensuite appelé chrétiens et musulmans à s’accorder un pardon mutuel: «Chaque fois que les musulmans et les chrétiens se sont offensés les uns les autres, nous avons besoin de rechercher le pardon qui vient du Tout Puissant et de nous offrir mutuellement ce pardon.»
Avant de ressortir dans la ville de Damas où une foule l’attendait aux cris arabe de «Allah est grand» ou de «viva il papa», Jean Paul II a offert une icône de Marie vénérée comme la mère du prophète Jésus par les musulmans au Grand Mufti et a reçu quant à lui, différents tableaux dont un, représentant la ville de Jérusalem avec une inscription en arabe indiquant, «Jérusalem, nous arrivons». (apic/imedia/sdr/be)
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