APIC Reportage
Le pape Jean Paul II a quitté la Syrie pour Malte
Appel au dialogue pour la paix au Moyen-Orient
De notre envoyée spéciale à Damas Sophie de Ravinel
Damas, 8 mai 2001 (APIC) Le pape Jean Paul II a quitté mardi le territoire syrien pour l’île de Malte, dernière étape de ce pèlerinage papal « sur les traces de saint Paul ». En prenant congé de ses hôtes syriens à l’aéroport international, le pape a remercié le président Bachar el-Assad et son gouvernement qui l’ont reçu « à cœur ouvert » et lui ont tendu « la main de l’amitié ».
Après avoir remercié également la communauté chrétienne et ses leaders, ainsi que la communauté musulmane et le Grand Mufti Kaftaro rencontré à la Mosquée des Omeyades, Jean Paul II a saisi l’occasion pour appeler « à un dialogue constructif » pour ouvrir « la porte de la paix » au Moyen-Orient.
Rappelant la « longue tragédie de la guerre et du conflit » vécu par le peuple syrien, le pape a souligné que la Syrie est une « présence fondamentale dans la vie de la région toute entière ». Mais, a-t-il poursuivi, « pour que s’ouvre la porte de la paix, doivent être résolues les questions fondamentales de la vérité et de la justice, des droits et des responsabilités ».
Rencontre avec les jeunes chrétiens de Syrie
Lundi soir, séminaristes et jeunes civils venus de tous les diocèses de Syrie, ils étaient près de 6’000 à vouloir rencontrer le pape, mais seul un millier d’entre eux réussit à atteindre la nef de la cathédrale. « Souria, iman, rajaa, mahabé », « Syrie, foi, espérance et charité », ont scandé les jeunes sur un fond de musique rock oriental, aux abords de la cathédrale grecque catholique de Damas. Pendant ce temps, Jean Paul II en papamobile, se frayait un chemin dans la rue étroite du souk voisin pour venir les rejoindre. « Cher jeunes, leur a-t-il dit lors de son intervention, je vous invite à dire le Christ avec courage et fidélité mais aussi et surtout à le faire voir ».
Dans cette cathédrale construite au XIXème siècle et dédiée à Marie, plus de 1’000 jeunes ont entonné des chants pascals byzantins alors que Jean Paul II réussissait, non sans mal, à traverser la cour en papamobile pour atteindre l’entrée. Des jeunes se sont alors précipité vers l’allée centrale pour lui lancer des pétales de rose et tenter d’obtenir une bénédiction de sa part. Grégoire III Laham, le patriarche grec-catholique, l’attendait dans le chœur avec, à ses côtés, Ignace IV Hazim, le patriarche grec-orthodoxe, et Ignace Zakka Ier Ivas, patriarche des syriens orthodoxes.
Pleine communion entre trois communautés chrétiennes
Le patriarche Grégoire III Laham a centré son intervention sur l’unité, « qui est une aspiration de la Syrie toute entière ». « Nous n’avons pas d’autres options possibles, a-t-il affirmé, surtout dans nos Eglises catholiques orientales. Nous sommes responsables de cette exigence devant nos jeunes et devant nos frères musulmans ». « Cinq patriarches portent le titre d’Antioche, a-t-il poursuivi, et trois d’entre eux ont fait le pas difficile de la pleine communion: le grec-catholique, le syrien-catholique et le maronite ».
Pour lui, localement, tous veulent faire ce pas définitif et, ce qui a provoqué dans l’assemblé un tonnerre d’applaudissements. En présence de quatre patriarches d’Antioche (le cinquième étant le cardinal Sfeir qui n’a pas fait le déplacement à Damas), le patriarche Grégoire III affirme que le chemin vers l’unification est désormais irréversible: « Je vous l’annonce solennellement, en 2002, nous fêterons Pâques ensemble, et pour toujours! » Petit bémol, qui jette un peu froid: le patriarche grec-orthodoxe Hazim prend alors le micro et lui dit qu’il va un peu vite: « Nous voulons œuvrer pour l’unité, mais il faut agir lentement et prudemment. Enfin, si vous voulez fêter Pâques avec nous, c’est tant mieux, mais vous en avez mis du temps… ».
Pour sa part, Jean Paul II a lancé aux jeunes: « Votre avenir est dans l’unification de vos Eglises », provoquant à nouveau une extraordinaire explosion de joie. Il a ensuite invités ces jeunes Syriens dont beaucoup portent des croix d’or ou d’argent autour du cou – à « suivre les chemins exigeants d’un témoignage courageux au service des valeurs pour lesquelles il vaut la peine de vivre et de donner sa vie ». Quand le pape les a invités à vivre leur foi et à bâtir la civilisation de l’amour et leur a déclaré: « Vous êtes mon espérance ». A ce moment, de nombreux jeunes se sont mis à pleurer.
Le pape encourage les jeunes Syriens à apporter leur contribution à la nation
Le pape qui a, « apprécié le convivialité solidaire et pacifique » qui règne en Syrie entre les diverses composantes de la population, a incité les jeunes chrétiens à « un engagement responsable dans la construction d’une société respectueuse des droits de tous ». Encourageant les jeunes Syriens, rêvant d’Amérique et tentés par l’émigration, à apporter leur contribution à la nation. Il a ainsi souhaité que tous se sentent partie prenante de leur communauté nationale, « au sein de laquelle il leur soit possible, dans la liberté, d’apporter leur contribution au bien commun ».
Durant une bonne partie de la nuit, les jeunes chrétiens ont continué à faire la fête dans des rythmes entraînants. De tous les moments forts de la visite du pape en Syrie -ils ont été nombreux -, la rencontre avec les jeunes chrétiens a été la moins politique, peut-être la plus émouvante.
Le pape à Malte
Le souverain pontife termine mercredi à Malte son voyage apostolique sur les pas de saint Paul, qui l’a conduit successivement en Grèce et en Syrie. C’est la seconde visite du souverain pontife, exactement 11 ans après son premier voyage (24-27 mai 1990) dans cette petite île de 316m2 au cœur de la Méditerranée, catholique à près de 95%. Mercredi, il présidera en plein air, sur la grande place de Floriana, une localité située près de la capitale La Valette, la messe de béatification de Don George Preca. Décédé en 1962 à l’âge de 82 ans, G. Preca est considéré comme un précurseur du Concile Vatican II, notamment en ce qui concerne la promotion des laïcs, la réforme liturgique et celle du catéchisme. Après avoir rencontré les cinq évêques maltais et s’être recueilli sur la tombe de Don George Preca dans la localité de Hamrun, le pape quittera l’île vers 19h pour atterrir vers 20 h à l’aéroport romain de Ciampino. (apic/orj/imedia/sdr/be)
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