Suisse: Abrogation de l’article sur les évêchés: les argumentations se précisent
Berne,
(APIC) Les argumentations se précisent au fil des prises de position sur l’abrogation de l’article sur les évêchés, soumis au souverain le 10 juin. Côté catholique-romain, le Conseil de l’Eglise catholique romaine de Bâle recommande la suppression sans remplacement de l’article d’exception, «car il fait «confiance à la Conférence des évêques pour impliquer les fidèles dans la nomination des évêques». Les catholiques chrétiens comme les réformés veulent sauvegarder des garde-fous à l’échelon fédéral, à travers un nouvel article sur les religions.
Les syndicats chrétiens recommandent la suppression de l’article sur les évêchés, qu’ils considèrent comme un reliquat du Kulturkampf, n’ayant plus sa place dans une constitution moderne. Quant au Conseil de l’Eglise catholique-romaine de Bâle-Ville, il vient également de se prononcer en faveur d’une abrogation pure et simple. Dans son communiqué publié lundi 7 mai, il fait référence au livre paru en 1992 sous la plume de l’ancien professeur de théologie et actuel évêque de Bâle Kurt Koch sur l’ordination épiscopale. Mgr Koch y constate un manque de participation démocratique du peuple de Dieu dans le choix de ses pasteurs. Il se demande pourquoi les formes de codétermination démocratique dans l’élection des évêques, qui ont existé dans la tradition de l’Eglise, ne seraient plus envisageables aujourd’hui. Le Conseil de l’Eglise catholique de Bâle-Ville compte sur son évêque pour s’engager à renforcer les droits de cogestion du peuple de Dieu au sein de l’Eglise en Suisse.
Eglises adventistes: liberté de vote
L’Union suisse des Eglises adventistes laissent la liberté de vote. A l’instar de la Fédération de Eglises protestantes de Suisse (FEPS), les adventistes minimisent la portée de l’article sur les évêchés. Selon eux, l’article qui soumet l’érection de nouveaux évêchés à l’approbation de la Confédération ne restreint pas la liberté de religion, n’est pas discriminatoire envers l’Eglise catholique et ne viole ni le droit international ni le droit constitutionnel. De plus, ajoutent les adventistes dans un communiqué publié mardi 8 mai, l’alinéa 3 de l’article 72 n’a jamais été utilisé pour empêcher la création d’un diocèse.
Les catholiques chrétiens de Genève tiennent à conserver l’article d’exception «pour maintenir une compétence au niveau fédéral», a expliqué mardi à l’APIC le rédacteur du bulletin romand de l’Eglise catholique-chrétienne, Jean-Claude Mokry. Ils joignent d’ailleurs à leur revue de mai le papillon de propagande du Comité «Conscience et Liberté» qui reproche au Conseil fédéral de «supprimer un article sans avoir eu le courage de proposer une contrepartie». Au plan suisse, l’Eglise catholique chrétienne demande aussi qu’un nouvel article pose la question du religieux dans la constitution.
Les vieux-catholiques ne veulent pas d’une «ingérence invasive ou d’une immixtion de la politique dans les affaires des communautés religieuses mais un article consensuel qui permettent d’intervenir en cas de dérives sectaires, par exemple, ou encore de définir une attitude commune face aux communautés musulmanes», explique encore Jean-Claude Mokry.
Norme de défense de l’indépendance du pays
En 1873, le Conseil fédéral voyait l’article sur les évêchés comme «une norme de défense de l’indépendance de leur pays face à la menace constituée par l’organe dirigeant de l’Eglise catholique romaine, explique le spécialiste en droit ecclésiastique Philippe Gardaz, dans le numéro de mai de la revue «Choisir». Cette disposition qui devait s’appliquer à toutes les Eglises à structure épiscopale, a été invoquée par le Conseil fédéral en 1876, pour la création de l’évêché catholique-chrétien de Suisse, en rupture avec Rome. Mais le gouvernement s’est ensuite abstenu de soumettre à approbation les diocèses méthodistes, anglican ou orthodoxes de notre pays, précise le professeur lausannois. Le Conseil fédéral n’a jamais délivré explicitement une autorisation de modification ou de création d’évêché catholique romain. Il l’a fait implicitement lorsque l’administration apostolique du Tessin est devenue diocèse de Lugano, par concordat conclu en 1968 avec le Saint-Siège, et lorsque les cantons de Bâle (Ville et Campagne), Schaffhouse et Jura ont adhéré au concordat régissant le diocèse de Bâle en 1978, précise encore Philippe Gardaz. (apic/com/c/mjp)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse