Suisse: Le théologien pastoral Leo Karrer à propos de la diète du diocèse de Bâle
Fribourg,
(APIC) L’Eglise suisse doit affronter avec courage la réalité d’aujourd’hui, celle d’un temps de semailles et non de récolte. Le professeur de théologie pastorale à l’Université de Fribourg Leo Karrer réaffirme que l’Eglise catholique doit marquer sa présence au sein du public, alors que la deuxième diète du diocèse de Bâle s’ouvre jeudi 24 mai à Berne.
Le diocèse de Bâle lance la deuxième fois édition de la forme particulière d’assemblée qu’est la diète diocésaine. On annonce 150 participants – des laïcs avant tout mais aussi des religieux et des prêtres – pour les assises de l’Ascension 2001: c’est nettement moins qu’en 1998, où 350 délégués des dix cantons du diocèse de Bâle s’étaient réunis à Lucerne. Plusieurs éléments expliquent cette apparente désaffection, explique le professeur Leo Karrer, qui a lancé en 1987 déjà l’idée d’une diète, d’un forum de l’Eglise catholique au niveau suisse.
Intimidés par la nouvelle formule?
Leo Karrer regrette qu’après le bon départ pris à Lucerne voilà trois ans, les catholiques n’aient pas été plus nombreux à saisir l’opportunité de la diète. La saison plutôt hivernale que traverse l’Eglise actuellement est peut-être pour quelque chose dans ce manque d’intérêt, à moins que ce ne soit la faute du pont de l’Ascension. Leo Karrer n’exclut pas que la nouvelle formule de la diète, novatrice et imaginative, ait suscité le scepticisme de certains fidèles.
Cette année, les groupes auront à définir les thèmes qu’ils aborderont, élaborés ensuite comme esquisse de projet. Cette démarche laisse une marge à l’imprévu. Il a pu être ressentie comme un «happening» un peu gratuit et dénué de vrais engagements, estime le théologien pastoral.
A l’avenir, Leo Karrer souhaiterait une diète «au contenu plus profilé». Il demeure cependant convaincu de la nécessité d’un forum où l’Eglise catholique de Suisse discute régulièrement des questions de l’heure, par région linguistique tout d’abord, puis à l’échelon national. «En cette époque où l’individualisme est roi, seule une faible part des croyants sont actifs et participent à la vie paroissiale. Il est d’autant plus important que l’Eglise affirme son rôle prophétique et critique auprès du public. En Suisse, elle ne tient pas cette place-là et je trouve cela préoccupant.»
L’Eglise n’est pas assez présente dans le public, à propos de l’éthique, l’économie, les médias, le tourisme, l’art et la culture: «Où sont les gens compétents de notre Eglise que les partis, les groupements sociaux et les lobbies pourraient prendre au sérieux?», demande le théologien.
Empoigner les problèmes
La diète pourrait être un lieu ouvert où l’on empoigne avec détermination les problèmes et où on les communique au public. Sans pour autant s’attendre à les régler en deux coups de cuillère à pot. Pour que les débats soient profitables, Leo Karrer fixe la limite des effectifs à 200 délégués, représentant tous les domaines de la vie de l’Eglise catholique, chapeautée par la Conférence des évêques suisses (CES). Mais le théologien constate que les évêques restent plutôt distants et ne manifestent pas de grand désir pour l’»instrument de solidarité» que constitue la diète diocésaine.
«J’ai encore connu dans ma jeunesse une pastorale des fruits et de la récolte: les gens qui n’allaient pas à l’église le dimanche se faisaient remarquer. Aujourd’hui c’est le contraire. Ceux qui pratiquent se distinguent des autres». Mais les chrétiens ne sont-ils pas d’abord appelés à semer? Jésus n’a jamais dit: allez dans le monde et ils seront presque tous à vos côtés». Il faut réunir les conditions favorables au développement de la semence, mais on ne peut rien forcer: la croissance, c’est l’affaire de Dieu. (apic/job/gs/mjp)
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