Revoir le fonctionnement du synode des évêques
Rome, 23 mai 2001 (APIC) Une véritable culture du débat dans l’Eglise est bénéfique et même indispensable: c’est ce qu’a déclaré au consistoire extraordinaire à Rome le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles. Le fonctionnement du synode des évêques doit être revu, a-t-il plaidé, car cet instrument privilégié de la collégialité «ne permet pas une véritable culture du débat dans le collège épiscopal autour de Pierre».
Dans «une petite radioscopie de l’homme occidental contemporain», proposée mardi soir, le cardinal a retenu trois parmi les problèmes auxquels l’Eglise est particulièrement confronté: La ritualisation au détriment du sacrement, la collégialité et les nouveaux moyens d’évangélisation.
L’archevêque belge a d’abord décrit l’homme contemporain «épris de rites et de ritualisation, mais allergique aux sacrements chrétiens», qui «a un point aveugle sur la rétine». Les prêtres sont tentés de se replier sur le ministère de la parole et celui de la diaconie, constate-t-il; la raréfaction des prêtres aidant, les sacrements risquent de n’être plus du tout le point de gravité de la pastorale. «La liturgie risque d’être largement absorbée dans une logorrhée du verbe ou d’être une simple recharge des batteries en vue de la diaconie et du social. L’Eglise semble devenir le lieu où l’on parle et où l’on se met au service du monde.», a-t-il souligné.
Danger de «protestantisation» par l’intérieur
Le cardinal craint une «protestantisation» lente et inconsciente de l’Eglise par l’intérieur», au détriment de «la perception exacte de la véritable nature de l’Eglise, du ministère ordonné et des sacrements». Car la prédication n’est pas «une rhétorique de marketing» ni la diaconie «de la simple philanthropie».
Parmi les causes de cette évolution, le cardinal Danneels ne range pas la perte du sens symbolique ou du goût pour les rites, qui, à notre époque, «poussent comme la végétation luxuriante d’une forêt tropicale». «Ce qui est en cause, explique-t-il, c’est la surdétermination historique et christologique des rites sacramentels chrétiens, qui précisément distinguent les sacrements de l’Eglise des rites universellement humains. D’ailleurs les rites de la religion naturelle butent tous (…) sur trois problèmes de l’homme : sa finitude, la mort et le péché. Ils ne peuvent promettre que des illusions thérapeutiques et un autosalvation de l’homme qui ferait l’économie de la conversion du cœur.»
Besoin de participation
L’Occidental est aussi «un homme épris de participation et en peine avec l’autorité». L’archevêque de Malines-Bruxelles observe que le thème de la collégialité dans l’Eglise est, «qu’on le veuille ou non, en tête d’agenda dans l’opinion publique ecclésiale et dans les médias», et «en plus éminemment conciliaire». C’est pour l’Eglise un énorme défi: rester fermement une, mais généreusement diversifiée et inculturée, et aussi un paradoxe: la relation entre le primat de Pierre et la collégialité des évêques.
Quand certains exaltent un des deux pôles au détriment de l’autre, le cardinal Danneels prône le renforcement des deux: «Un monde qui est en expansion dans ses différences et en quête d’unité a besoin d’un Pierre fort et d’un collège épiscopal fort». Il faudra pour cela trouver une articulation plus précise et efficace entre la curie romaine, les conférences des évêques, les synodes et le consistoire des cardinaux. «Ce que des confrères cardinaux ont proposé quant à une certaine décentralisation vers les Eglises locales de la procédure pour la nomination des évêques et l’administration de la justice dans l’Eglise, ainsi que des relations entre la curie et les conférences épiscopales, mérite un examen sérieux et bienveillant, même si tout n’est sans doute pas immédiatement réalisable.»
Le fonctionnement du synode des évêques doit être mis au point, car cet «instrument privilégié» de la collégialité «ne permet pas une véritable culture du débat dans le collège épiscopal autour de Pierre». Les deux premières semaines offrent une intéressante «carte géographique " du problème ; la troisième, celle des groupes de travail, «est trop courte, mal dirigée et ne permet pas une véritable confrontation», et les rapports en plénière qui suivent sont «franchement décevants» ; la quatrième est «du travail de nuit pour arriver péniblement à quelques propositions». Heureusement, le pape «sauve les meubles» en écrivant son exhortation postsynodale.
Et le cardinal Danneels de plaider pour «une véritable culture du débat dans l’Eglise». Il souhaite que les pères synodaux eux-mêmes soient «plus francs et plus pertinents dans leurs interventions». Et ajoute: «Si tous les pères synodaux mettent l’amour de l’Eglise au-dessus de leurs préférences personnelles ou de celles de leur arrière-ban, s’ils ont le courage de se mettre à l’abri d’éventuelles influences indues extérieures, s’ils vivent dans une foi profonde au ministère pétrinien et dans l’assistance de l’Esprit-Saint, une culture du débat dans l’Eglise est bénéfique et même indispensable.»
Hésitation devant le vrai, le bien et le beau
L’homme moderne est aussi pour le cardinal Danneels «un homme hésitant devant le vrai, impuissant devant le bien, mais épris devant le beau». Pour l’évangéliser, il faut un solide enracinement dans l’Ecriture et la tradition, mais tout autant une affinité profonde avec la culture de son temps. La formation des prêtres et des laïcs engagés, doit «absolument les sensibiliser à toutes ces immenses richesses de la culture contemporaine», celle des sciences et techniques, de la pensée, de la littérature, des arts …
Dans cet ordre d’idées, le cardinal se demande si on utilise suffisamment «la porte qui mène à Dieu qui s’appelle la beauté». Dieu, dit-il, est Vérité, Sainteté, mais aussi Beauté. S’il est difficile à l’homme moderne de le trouver par la vérité et la sainteté, «le beau désarme: il est irrésistible pour nos contemporains», insiste l’archevêque de Malines-Bruxelles, qui évoque, au-delà du patrimoine artistique de l’Eglise, «tant de saints qui ont brillé par la beauté». Et de suggérer pour conclure : «Le Beau a été très peu exploité en théologie ou en pédagogie religieuse jusqu’à ce jour. N’est-il pas temps de s’y mettre ?» (apic/cip/bb)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse