Suisse: La Ligue des femmes catholiques se profile dans la politique sociale et familiale

APIC Interview

Influence à l’intérieur de l’Eglise, lobbying à l’extérieur

Walter Müller, APIC

Lucerne, 26 mai 2001 (APIC) La Ligue suisse des femmes catholiques (SKF) n’hésite pas à se démarquer de la Conférence des évêques suisses à propos de l’avortement, de l’homosexualité ou encore de l’article sur les évêchés. Soutenu par sa base, le SKF fait un grand travail de lobbying pour promouvoir sa politique sociale et familiale, assure sa présidente centrale Verena Bürgi-Burri.

Ce n’est un secret pour personne. en Suisse comme ailleurs, l’Eglise est essentiellement l’affaire des femmes. Elles forment le gros de la troupe des personnes actives au sein de l’institution, bénévoles pour la plupart. Privée de ses innombrables ressources féminines qui assument toutes sortes de tâche et de fonctions au sein des paroisses et des communautés ecclésiales, l’Eglise aurait déjà rendu l’âme en de maints endroits.

Ce fait, irréfutable, confère légitimité et puissance à une association faîtière comme la Ligue suisse des femmes catholiques, connue sous son sigle alémanique SKF. Et lorsque le SKF s’exprime au nom de ses 25’000 membres, il a toutes les chances d’être entendu. Comme par exemple sur la question de l’interruption de grossesse. Car la politique sociale et familiale est le fer de lance des activités de lobbying du SKF, explique à l’APIC sa présidente centrale, la Lucernoise Verena Bürgi-Burri, âgée de 51 ans.

APIC: En plus de ses divergences avec la Conférence des évêques suisses en matière de politique sociale, le SKF revendique également l’accès des femmes au sacerdoce et la levée de l’obligation du célibat des prêtres. Ne se sent-il pas un peu seul dans ses combats?

Verena Bürgi: La Ligue des femmes et son comité central ont souvent le sentiment de ne pas être compris par les évêques. C’est un vrai problème et ces malentendus me touchent personnellement. Mais les organes faîtiers de la Ligue se sentent en revanche vraiment portés par la base. Les positions que nous défendons correspondent à nos convictions en tant que femmes catholiques. Nous sommes des chrétiennes actives et des membres à part entière de l’Eglise.

Dans notre programme , nous affirmons sans équivoque que notre action se fonde non seulement sur l’Evangile, mais également sur la responsabilité et sur les compétences religieuses de tous les baptisés. Notre discours est en prise directe avec notre expérience de vie en tant que chrétiennes et que femmes.

APIC: A quoi attribuez-vous la constance du SKF qui bénéficie du soutien de 25’000 membres depuis de longues années, et jouit d’une grande crédibilité, en Suisse alémanique à tout le moins?

Verena Bürgi: Nous allons fêter notre 90e anniversaire l’an prochain. 9 décennies d’activisme, à l’affût des signes du temps. Nous cherchons à lire la signification pour les femmes des changements et de l’évolution sociale et d’en tirer les conclusions dans notre travail associatif. Cette approche pragmatique a été adoptée dès le départ. Ainsi, en 1912, la Ligue des femmes fraîchement fondée intitulait l’une de ses premières journées de travail . Pas moins de 7’000 femmes avaient alors participé à la rencontre.

APIC: Quel est aujourd’hui le visage de la Ligue des femmes?

Verena Bürgi: Les membres de la Ligue des femmes sont les sociétés féminines actives dans les paroisses. Surtout en Suisse alémanique puisque le SKF a perdu sa base en Suisse romande. Le SKF regroupe également des femmes membres des conseils des communautés ecclésiastiques et des groupes liturgiques, celles qui préparent par exemple les liturgies pré eucharistiques.

APIC: Par quel biais le SKF infléchit-il la politique suisse?

Verena Bürgi: Nos associations cantonales nous ouvrent un large champ d’action dans le domaine de la politique sociale et familiale, qui reste le fer de lance de notre action. Nous sommes très présentes non seulement à l’intérieur mais également à l’extérieur de l’Eglise, dans les instances fédérales. Nous travaillons en étroite collaboration avec les autres organisations de femmes.

C’est à travers ces réseaux que nous faisons passer nos idées: le lobbying est un aspect important de nos activités. Je suis moi-même membre de la Commission fédérale pour les questions féminines. Le SKF est intégré à toutes les procédures de consultation de la Confédération et nous nous exprimons avant tout sur les questions de politique sociale.

APIC: Qu’en est-il de votre sphère d’influence au sein de l’Eglise catholique?

Verena Bürgi: On pourrait la mesurer aux remous que provoquent nos prises de position, souvent en dissonance avec celles des évêques. Mais nous avons d’abord de l’impact à travers les femmes actives au sein de l’Eglise.

APIC: Vous agissez donc surtout à la base de l’institution ecclésiale?

Verena Bürgi: En fait, c’est le seul endroit où nous avons une réelle possibilité d’infléchir le cours des choses.

APIC: De quelle nature sont vos contacts avec la hiérarchie ecclésiastique en Suisse?

Verena Bürgi: A la fois amicaux et distants. Les évêques sont toujours prêts à discuter avec nous et nous nous rencontrons régulièrement. Nous apprécions beaucoup ces contacts même si nous ne sommes pas toujours sur la même longueur d’onde.

APIC: La compagne référendaire contre la solution des délais en matière d’interruption de grossesse, proposée par les Chambres fédérales, bat son plein. Pourquoi le SKF ne soutient-il pas le référendum?

Verena Bürgi: Nous ne rejetons pas expressément le référendum. Cela fait des années que nous nous confrontons à la problématique de l’interruption volontaire de grossesse. Nous avons fondé notre Fonds de solidarité pour futures mères en détresse (SOFO) il y a un quart de siècle déjà, à la suite de la première votation sur la solution des délais. A cette époque, les femmes de la Ligue catholique ne se sont pas contentées de dire qu’elles étaient contre l’avortement: elles ont entrepris d’aider les femmes enceintes en détresse et distribue annuellement un million de francs aux femmes et familles en difficultés.

Nous avons toujours la même politique aujourd’hui. Nous disons toujours non à l’avortement mais nous refusons de criminaliser les femmes. Selon notre longue expérience, la répression n’est pas le bon moyen pour éviter les interruptions de grossesse. Mieux vaut s’engager de façon efficace et ciblée en faveur de la famille. Comme la base de notre mouvement est très large, nous acceptons évidemment que certaines femmes, dont l’expérience de vie est différente, ne partagent pas cette opinion.

Notre position est connue au sein du public mais nous ne désirons pas nous profiler dans le débat politique avant le scrutin, pas plus que soutenir un référendum, fût-il celui du Parti démocrate-chrétien. Nous nous engageons en revanche de grand cœur en faveur des centres de consultation pour les femmes en difficultés. Une initiative très importante!

APIC: Tous les membres du SKF adhèrent-ils à l’attitude du SKF dans le débat sur l’avortement?

Verena Bürgi: Nous avons procédé au début de l’année à vaste un sondage auprès de nos membres. Le succès de cette enquête nous a surprises. Presque tous les questionnaires sont rentrés, dûment remplis, auprès des sections locales. Résultat de l’opération: 98% des personnes interrogées sont d’accord avec notre position. Seules quelques femmes ne comprennent pas pourquoi le SKF ne se prononce pas plus clairement contre la solution des délais. Trois femmes ont d’ailleurs décidé de quitter nos rangs pour cette raison.

Le SKF ne cherche pas à éluder le débat sur la solution des délais en ne donnant pas de consigne. Il estime au contraire qu’on ne peut se contenter de solutions doctrinaires. Une attitude différenciée, tenant compte de la réalité, est plus que jamais nécessaire. Chaque femme a le droit et le devoir de se forger sa propre opinion, en accord avec ses pensées et sa conscience.

APIC: En est-il de même pour les femmes mises en difficulté par une grossesse?

Verena Bürgi: Oui, car aucun droit pénal ne les dispensera jamais de répondre à la question de la faute. Il appartient à chaque femme d’en décider.

APIC: Nous voici à la veille du scrutin du 10 juin sur l’abolition de l’article sur les évêchés. Votre engagement pour le maintien de cet article d’exception a-t-il suscité des réactions?

Verena Bürgi: Quasiment aucune à l’intérieur de la Ligue des femmes, mais plusieurs personnes à l’extérieur ont salué notre prise de position, diffusée dans un communiqué. Peu de signes de désapprobation nous sont parvenus, si ce n’est des évêques suisses. Chez moi, à Nidwald, j’ai été invitée à m’exprimer devant les conseils de paroisse et de communauté qui m’ont dit partager l’opinion du SKF. Je suis convaincue que c’est l’expression de l’amertume qui subsiste au sein du diocèse de Coire, après l’affaire Haas. On se demande aussi pourquoi l’article sur les évêchés n’a pas été abrogé lors de la mise à jour de la Constitution s’il a vraiment aussi peu d’importance. La plupart des gens ne se sentent pas concernés par la question. Et le SKF n’alimentera pas la polémique avant la votation. (apic/wm/adaptation française Marie-José Portmann)

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