APIC-Portrait
Soeur Ingrid Grave, la religieuse qui crève le petit écran en Suisse alémanique
Une dominicaine aux vues peu orthodoxes
Par Stéphane Moser, de l’APIC
Zurich, 31 mai 2001 (APIC) Sœur Ingrid Grave est une «star» du petit écran en Suisse alémanique. Au fil de ses mille , de ses billets dominicaux «Wort zum Sonntag», la dominicaine de Ilanz (GR) a su toucher le cœur des gens, incarnant, avec courage et humour, les espoirs d’une Eglise émancipée et ouverte sur le monde. Elle poursuit sa mission en apportant l’Evangile là où l’Eglise ne parvient pas. Son rayonnement télévisuel lui vaut de recevoir le Prix 2001 des médias catholiques.
Ce samedi-là, à la TV alémanique, en «prime-time», la dominicaine des Grisons parle de Marie-Madeleine. Avec sa causticité habituelle, elle fait quelques appels du pied à l’Eglise catholique, regrettant que l’on refuse aujourd’hui encore aux femmes de prendre la suite de Marie-Madeleine, «une Apôtre, la première femme chargée d’annoncer la Bonne Nouvelle». Regardant du côté de l’Eglise réformée qui depuis longtemps consacre des femmes pasteurs, Sœur Ingrid Grave poursuit en remarquant que tout cela prendra peut-être un peu plus de temps au sein de l’Eglise catholique. «Mais soyez sans crainte. nous y travaillons».
La demande d’un sacerdoce féminin, c’est une dominicaine portant l’habit de sa congrégation qui l’exprime sur les ondes de la télévision suisse. Depuis ses débuts à la TV comme animatrice de l’émission , sur la chaîne alémanique, la religieuse du couvent de Ilanz, dans les Grisons, ne cesse de surprendre les téléspectateurs. Cheveux gris et lunettes sévères encadrant des yeux sombres, elle a l’air d’une enseignante (qu’elle est du reste) et d’une nonne sage. Première erreur: Sœur Ingrid ne prêche pas la doctrine catholique. Elle a pris le parti d’une pensée libre et personnelle.
Egalité de traitement et célibat facultatif
La dominicaine n’est pas d’accord avec tout ce que dit l’Eglise catholique et elle n’en fait pas mystère. Pour elle, l’Eglise catholique ne peut discriminer les personnes homosexuelles ni les couples de même sexe. Et surtout, elle doit traiter les femmes comme des chrétiennes à part entière au sein de l’institution en leur ouvrant les ministères consacrés. La «nonne de la TV» transmet une image positive de l’Eglise à de nombreuses personnes plutôt réservées, voire hostiles à l’égard de l’institution.
Le public n’est d’ailleurs pas seul à apprécier Ingrid Grave. La Commission des médias de la Conférence des évêques suisses a décidé de lui remettre le Prix des médias catholiques, vendredi 1er juin à Zurich. Ce qui a plutôt surpris l’animatrice de TV: «Je ne suis pas toujours dans la ligne de l’Eglise officielle.» Explication de la commission: Ingrid Grave réussit à représenter l’Eglise catholique dans les médias comme une communauté de foi qui fait siennes sans réserves les joies, les espérances, les peines et les peurs des gens d’aujourd’hui. «Peut-être que j’arrive à montrer que l’on peut développer sa propre personnalité et exprimer son opinion au sein de l’Eglise, et qu’il n’est pas nécessaire d’en sortir pour le faire», concède Ingrid Grave.
Saint Dominique et la télévision
Le Prix rend hommage à la carrière télévisuelle d’Ingrid Grave. Une carrière télévisuelle, née du hasard, qui a propulsé la religieuse, entrée il y a 23 ans au couvent de Ilanz, au rang de vedette nationale.
En 1994, la télévision suisse alémanique était à la recherche d’une religieuse pour conduire les trois heures d’émission dominicales intitulées «Sternstunden». Ingrid Grave s’est annoncée pour le test devant les caméras du studio de la télévision suisse. Elle s’est mise à trembler lorsqu’elle a été choisie. Puis elle s’est souvenue de la mission de son ordre religieux, raconte Ingrid Grave. «Dominique voulait que l’Evangile soit annoncé là où l’Eglise ne parvient pas à aller.»
Jusqu’à son départ en octobre dernier, Ingrid Grave a animé pas moins de mille «Sternstunden» sur la religion, la philosophie et l’art. Elle n’a jamais prêché et encore moins «fait de la mission» à la TV. Elle a misé sur sa force de persuasion. «J’ai pensé que si je portais l’habit de mon ordre et que je faisais bien mon travail, les téléspectateurs se rendraient compte qu’il y a aussi des gens qui réfléchissent au sein de l’Eglise. Je me suis dit cela suffirait.» «Quel bonheur, cette sœur!» ont alors titré les médias et Ingrid Grave s’est retrouvée sous une avalanche de lettres de soutien.
Dépoussiérer l’Eglise
Une telle ouverture et de telles idées ne peuvent pas plaire à tout le monde. Diatribes, remarques acerbes (et anonymes) ont fusé du côté des catholiques et des réformés conservateurs.
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse