Pédophilie: L’église brise un tabou

Suisse: Le problème est reconnu par l’Eglise de Suisse, qui prépare des mesures

Propos recueillis par Patrice Favre, « La Liberté »

Fribourg, 4 avril 2001 (APIC) Oui, il y a des prêtres coupables de gestes pédophiles, malgré le soin mis à leur formation. Evêque du diocèse, Mgr Bernard Genoud veut repérer les abuseurs et aider les victimes. La démission d’un curé vaudois a relancé le débat sur la vie sexuelle des prêtres, et plus encore sur le drame de la pédophilie dans l’Eglise. Mgr Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, révèle que des mesures sont à l’étude pour toute la Suisse. Patrice Favre, de « La Liberté », a recueilli les propos de l’évêque.

Q.: Comme supérieur du séminaire, que faisiez-vous pour éviter d’ordonner des prêtres à tendance pédophile?

Mgr Genoud: Chaque candidat bénéficie d’un accompagnement spirituel, d’un prêtre qui doit l’interroger sur sa vie affective, sur la maîtrise de sa sexualité. Un jeune qui n’arrive pas à sortir de la masturbation, par exemple, doit résoudre ce problème avant de penser à la prêtrise. Et puis nous offrons des cours, des sessions de formation avec des médecins, des couples. Au total, la formation du prêtre dure sept ans. Cela permet de travailler en profondeur.

Q.: Assez pour dire qu’aucun pédophile ne passe à travers les mailles du filet?

Mgr Genoud: Non, on ne peut jamais le dire. La preuve, c’est que nous avons un ou deux cas. Un prêtre peut se découvrir homosexuel ou pédophile après son ordination. Il y a aussi l’élan de celui qui veut s’offrir à Dieu, faire du bien autour de lui. Cet enthousiasme peut occulter une tendance enfouie dans l’inconscient. D’autre part, ces efforts de formation sont récents. De notre temps, il n’y avait rien. On ne peut pas exclure que parmi les anciens prêtres…

Q.: Donnez-vous aux séminaristes des indications claires, du genre: pas de vacances seul avec des jeunes, pas d’embrassades au catéchisme?

Mgr Genoud: Nos professeurs de morale nous disaient cela. Ils étaient d’ailleurs assez rigoristes, interdisant les amitiés en paroisse pour éviter les jalousies, les ragots. Ce n’était pas très sain. Dans ma propre vie, les rencontres avec des couples, avec les équipes Notre-Dame, m’ont fait un bien énorme.

Q.: La pédophilie se propage dans le secret. Comment découvrir les abuseurs?

Mgr Genoud: Je crois qu’on a fait des progrès, grâce à la société civile, à tous ces messages disant: il faut parler. Même en confession, il arrive qu’un enfant dise qu’il a été abusé.

Q.: Que doit faire alors le prêtre?

Mgr Genoud: L’encourager à en parler à ses parents. Cela m’est arrivé. Et j’ai proposé à ce jeune de l’aider hors confession, en l’accompagnant chez ses parents.

Q.: Pourquoi ne pas imaginer un « téléphone vert » propre à l’Eglise, pour que des victimes, voire des abuseurs, puissent se confier à des professionnels?

Mgr Genoud: Nous sommes en train d’y penser au sein de la commission nationale évêques-prêtres, dont je fais partie. Nous avons déjà produit un document à l’intention des évêques. Nous proposons des espaces d’accueil avec des spécialistes, hommes et femmes. Dans le diocèse, nous avons déjà un prêtre formé en psychologie, un autre a commencé ses études à Rome. L’idée du téléphone vert est neuve, mais elle est certainement à étudier.

Q.: L’évêque français Mgr Gaillot a reconnu qu’il avait engagé un prêtre condamné au Québec pour pédophilie, afin de lui donner . Vous le feriez?

Mgr Genoud: S’il n’y a pas eu condamnation, je peux l’envisager, mais encadré, soigné. Pour les cas plus lourds, il faudrait un encadrement fort, par exemple une communauté de prêtres qui seraient au courant, avec l’accord des laïcs… Mais il faut être très prudent. Et je ne prendrais jamais cette responsabilité seul, d’autant moins que le responsable d’un pédophile peut être poursuivi en justice. On a vu cela en France.

Q.: Les abuseurs sont parfois des religieux, qui travaillent pour le diocèse mais dépendent de leur congrégation: comment éviter qu’ils ne soient simplement « déplacés »?

Mgr Genoud: Il faut jouer la franchise dans toutes les instances de l’Eglise. Qu’un supérieur un pédophile à une autre communauté, sans que toutes les mesures soient prises, est profondément malhonnête. Les évêques, eux, doivent être plus prudents dans leurs engagements, en demandant des garanties écrites comme quoi il n’y a pas eu de problèmes de ce genre. Mais on peut tous être trompés…

Q.: Le célibat imposé n’est-il pas un encouragement à la pédophilie?

Mgr Genoud: Je ne crois pas. On dit qu’il y a autant de pédophiles mariés que célibataires. Moi, je crois à la valeur et à la grâce d’un célibat bien vécu. On ne devient pas prêtre par manque d’occasions. D’ailleurs, j’ai refusé un candidat au séminaire qui disait:

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