Espagne: L’Eglise pourrait excommunier les séparatistes basques de l’ETA
Madrid/Santiago, 8 avril 2001 (APIC) L’Eglise d’Espagne pourrait excommunier les séparatistes basques de l’ETA. Selon le quotidien madrilène « El Mundo », la Conférence épiscopale espagnole devrait traiter, lors de sa prochaine assemblée plénière, du 21 au 26 avril, d’un avant-projet de décret préparé « en secret » par son président, le cardinal Antonio Maria Rouco Varela, archevêque de Madrid. Une telle mesure, délicate et difficile à prendre, pourrait être mal ressentie au Pays Basque.
L’excommunication automatique « latae sententiae » pour les membres de l’organisation séparatiste basque ETA aurait pour conséquence qu’ils ne pourraient par ex. pas être enterrés religieusement.
Interrogé par l’agence de presse EFE, Mgr Julian Barrio Barrio, évêque de Saint-Jacques-de-Compostelle, n’a pas confirmé que les évêques traiteront effectivement ce thème lors de leur prochaine assemblée. Il l’a appris par la presse. Mais il a tenu à rappeler que la position de l’Eglise contre le terrorisme est sans ambiguïté: « il faut lutter contre le terrorisme avec tous les moyens qui sont à notre portée ».
L’évêque émérite de San Sebastian, au Pays Basque, Mgr José Maria Setien, n’a pas voulu non plus se prononcer « a priori » sur la possible excommunication des membres de l’ETA par la Conférence épiscopale espagnole, ne connaissant pas encore « exactement » le contenu de la proposition du cardinal Rouco Varela.
Une mesure étudiée en secret
Depuis des mois, affirme le journal espagnol, le cardinal de Madrid, Mgr Antonio Maria Rouco Varela, s’apprête à proposer àà ses confrères des mesures que l’Eglise devrait adopter contre le terrorisme. Le 24 avril, les 68 évêques diocésains, les 17 auxiliaires et les 32 évêques émérites se réuniront en assemblée plénière lors d’une « session réservée » consacrée au terrorisme, selon « El Mundo ». Deux décisions devraient y être prises: la publication d’un livre recueillant tout ce que l’Eglise d’Espagne a dit et fait en matière de terrorisme depuis plus de 50 ans – ce point, d’après le journal, n’offre pas de difficultés particulières – , mais l’éventuelle excommunication des terroristes sera plus délicate à traiter.
Les 85 évêques avec droit de vote devraient décider à cette occasion s’ils approuvent ou non l’excommunication des « Etarras ». Selon « El Mundo », ce projet aurait l’aval de la Curie romaine, voire même du pape. L’Eglise espagnole a été accusée à plusieurs reprises d’ambiguïté, voire de faiblesse face au terrorisme basque et elle en a été profondément blessée.
« Pour moi, il n’existe aucun doute sur la légitiité de l’application de l’excommunication, à la lumière des canons 1’397 et 1’399,étant donné que l’activité terroriste est un délit gravissime contre la vie et la liberté », estime l’évêque espagnol aux armées, Mgr José Manuel Estepa. Pour lui, il faut pour éviter le scandale ne laisser aucun doute sur le fait que les terroristes n’appartiennent pas à la communauté ecclésiale. L’Eglise au pays basque joue encore un rôle important dans l’identité nationale.
Une mesure qui ferait effet sur le milieu terroriste
De l’avis des partisans de l’excommunication, même si elle semble une mesure dépassée ou d’un autre temps, une telle mesure pourrait avoir des effets sur la mouvance terroriste, car quasiment tous les membres et sympathisants de l’organisation basque ETA sont baptisés, ont fait leur première communion et leur confirmation, tandis que leur parenté et entourage continuent de recevoir les sacrements. Si la excommunication des terroristes et de leurs sympathisants était appliquée, on ne pourrait plus célébrer leurs obsèques dans aucune église catholique. « El Mundo » affirme que même les évêques basques seraient en faveur d’une telle mesure. La dernière excommunication prononcée en Espagne l’a été en 1951 par le cardinal Pedro Segura, archevêque de Séville, contre Francisco de la Torre Pineda, un voyant, qui avait fondé sans aucune permission l’association de la Très Sainte Vierge.
Selon « El Mundo », le cardinal Rouco Varela pense à l’idée de l’excommunication depuis des années. Il disait déjà en 1998 que celui qui tue délibérément son frère s’excommunie de l’Eglise dans le sens le plus profond de la parole ». (apic/mundo/efe/be)
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