Encadré
La communauté internationale assiste, indifférente, au sacrifice de toute une génération en Irak, dénonçait déjà en novembre 2000 Hans C. Graf von Sponeck, dans une interview à l’APIC. Secrétaire général adjoint de l’ONU et, à ce titre, coordinateur du programme humanitaire des Nations Unies en Irak, ce diplomate allemand a démissionné de son poste ce printemps pour protester contre les sanctions imposées à l’Irak. Sanctions que les Nations Unies imposent en violation de la loi internationale, qu’il qualifie aujourd’hui de scandaleuses et d’inhumaines.
Implacable, Hans von Sponeck n’a dès lors plus jamais caché pas sa colère et son indignation face aux mécanismes des pressions anglo-américaines dont il donnait un aperçu édifiant lors de son récent passage à Genève. Après avoir travaillé 32 ans à l’ONU, le diplomate s’interrogeait sur ce que cache en réalité la politique américaine dans le Golfe. Un changement de régime en Irak, soulignait-il, obligerait Washington et Londres à cesser leurs raids aériens meurtriers sur le pays et peut-être à abandonner le terrain, qu’ils contrôlent, mais aussi à suspendre l’embargo qui coûte chaque mois la vie à 5’000 enfants. Il rappelait enfin la rencontre entre Saddam Hussein et l’ambassadrice des Etats-Unis à Bagdad, avant que n’éclate la guerre du Golfe. Et l’assurance alors donnée à l’Irak par cette ambassadrice: «C’est un conflit régional dans lequel nous n’entrerons pas».
A propos de pressions, Hans C. Graf von Sponeck reconnaissait: «l y a eu c’est vrai la pression opérée par les Américains et les Anglais sur le Conseil de sécurité de l’ONU. Ils ont en effet boycotté toute tentative d’aboutir à une réelle amélioration de la gestion des sanctions. Puis est venue la résolution 1184, la fameuse résolution adoptée en dépit de l’abstention de la Russie, de la France, de la Chine et de la Malaise. L’élaboration de ce document avait pris une année. Elle constituait pourtant un retour en arrière par rapport aux résolutions précédentes. Aujourd’hui, tout le monde doit admettre que la résolution adoptée en décembre 1999 n’a rien résolu, en parlant de suspension des sanctions. La population civile est la victime de cette politique. La communauté internationale assiste, indifférente, au sacrifice de cette population. Quant aux médias, ils restent absolument silencieux sur les bombardements qui ont lieu chaque semaine en Irak. Tout cela au nom de la «realpolitik».
Comment expliquer cet acharnement contre l’Irak? «Il est difficile de ne pas conclure à une complaisance envers les Etats-Unis qui voient ainsi justifiées leur présence et leur politique au Moyen-Orient, l’exportation de biens et de services, en un mot tout leur système économique et géopolitique dans la région. Cela les autorise à s’ingérer dans la politique au Moyen-Orient et dans la vente d’armes. Si quelqu’un voulait réellement se débarrasser du gouvernement actuel en Irak, ce serait très facile. Rien de tel ne se passera cependant, car la pérennité du régime de Bagdad est dans l’intérêt des Américains. Avec un nouveau régime, ils perdraient la justification des bombardements en Irak et des sanctions». (apic/pr)
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