Philippines: Crucifixions pour le Vendredi Saint
San Fernando, 13 avril 2001 (APIC) Douze crucifixions de volontaires ont eu lieu à San Fernando, au nord des Philippines, à l’occasion des cérémonies du Vendredi Saint. Cette mise en scène de la crucifixion de Jésus s’est déroulée devant des milliers de fidèles et de curieux rassemblés dans le plus important pays catholique d’Asie.
Pour cette reconstitution de la Passion, des habitants costumés ont reconstitué la condamnation du Christ par Ponce Pilate, entouré de centurions à cheval portant des casques de carton-pâte. Celui qui incarnait le Christ a porté la croix sous un soleil de plomb jusqu’en haut de la colline. Trois croix ont alors été dressées sur lesquelles tour à tour les 12 volontaires, 11 hommes et une femme, ont été suppliciés.
Ceux que l’on surnomme ici les « Kristos » ont été allongés sur la croix et de long clous d’acier inoxydables ont été enfoncés à coups de marteau au milieu de la paume de chaque main et parfois au travers des pieds. Chaque croix était ensuite dressée afin que le supplicié reste ainsi suspendu quelques minutes.
Au moment où les clous s’enfonçaient dans leurs membres, les crucifiés ont à peine fait une grimace de douleur. Une fois redescendus, ils se sont tout simplement frottés leurs blessures avec de l’alcool, s’éloignant en claudiquant. Après un simple nettoyage à l’alcool, les mêmes clous ont été utilisés à tour de rôle pour chaque crucifié volontaire.
La crucifixion avait été précédée d’étonnantes scènes d’expiation lors desquelles des centaines de fidèles à moitié nus se flagellent. Des hommes se balafrent le dos avec des morceaux de verre et ces blessures s’agrandissent ensuite sous les coups de fouets faits d’une corde le long de laquelle sont attachées des lames acérées de bambous. Les coups de fouets sont d’une telle violence que le sang gicle jusque sur les spectateurs massés le long du calvaire.
Mutisme de l’Eglise
En général, les volontaires pour une crucifixion ou l’auto-flagellation affirment offrir leur sacrifice à Dieu souvent en retour d’un bienfait ou pour obtenir une faveur. Medardo Pabustan, 34 ans, commerçant, affirme qu’il subit la crucifixion depuis onze ans parce que son jeune frère, Carlos Rico, handicapé, ne pouvait marcher. Après deux crucifixions, affirme-t-il, le jeune garçon a retrouvé l’usage de ses jambes. Fidèle à son voeu, le commerçant poursuivit chaque année son rituel et le refera l’an prochain, assure-t-il.
Gardo Canlas, 47 ans, se flagelle depuis 15 ans pour demander la guérison de son enfant, atteint d’une maladie chronique. Dante Ramos, 35 ans, se flagelle lui depuis 8 ans à l’occasion du Vendredi Saint afin, dit-il, de prouver sa foi. Il espère que tous ses péchés de l’année lui seront pardonnés.
Ces démonstrations de piété religieuse sont uniques au monde. L’Eglise catholique laisse faire mais des critiques de plus en plus virulentes s’élèvent. Egalement en raison de son exploitation commerciale.
Pratiquement toutes les Philippines, une colonie espagnole pendant plusieurs siècles, s’arrêtent en ce jour de Vendredi Saint. Radios et télévisions suspendent leurs programmes et les journaux ne paraissent pas. (apic/af/pr)
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