Lourdes: Quatrième pèlerinage international des communautés «Foi et Lumière»

Pas un pèlerinage, une épopée!

Véronique Benz, pour l’APIC

Lourdes, 19 avril 2001 (APIC) Ville de prière, cité des exclus et des malades, Lourdes a accueilli durant les fêtes pascales le quatrième pèlerinage international de «Foi et Lumière». Heureuses de rassembler et de se reconnaître, les familles et les amis de quelque 5’000 handicapés mentaux ont repris haleine au pied de la grotte. 16’000 pèlerins sont venus «boire à la source», à l’endroit même où le mouvement est né, voilà 30 ans.

Pèlerinage, le mot est faible pour évoquer l’épopée d’un voyage à Lourdes lorsque l’on est mentalement handicapé, et que l’on vient parfois du bout du monde. Atteindre la cité au cœur du Pyrénées tient déjà du miracle car certains futurs participants inscrits sur les listes ont dû renoncer à la dernière minute, pour cause de santé. D’autres sont décédés, avant même le jour du grand déépart. On l’aura compris, l’enjeu est de taille pour les organisateurs du rassemblement. Pas question de grain de sable dans les rouages ou que la logistique batte de l’aile. Equipes de soignants et accompagnants sont parés à toute éventualité.

Mercredi soir, 11 avril 2001: le quai de la gare de Fribourg est en effervescence. Une cinquantaine de personnes, handicapés, parents et amis du mouvement «Foi et Lumière» attendent l’arrivée du train en provenance de Berne. A Genève, le reste des pèlerins de la Suisse Romande les rejoindront. 605 personnes en provenance des cantons de Fribourg, du Haut et du Bas Valais, de Vaud, du Jura, de Neuchâtel, de Genève et du Tessin prennent le train de nuit spécial, direction Lourdes.

Premier contretemps

Premier contretemps: le convoi est en retard par manque de conducteur de locomotive. Mais l’ambiance euphorique des retrouvailles et la fièvre du voyage prennent rapidement le dessus. Les premiers contacts se créent, les gens font connaissance. Une longue nuit de conciliabuls commence. Elle s’achèvera au petit matin, à Lourdes.

Eprouvées, les communautés rejoignent leur hôtel. Jeudi après-midi sur l’esplanade du sanctuaire marial, ils seront 16’000 les pèlerins de Foi et lumière, dont 5’500 ont un handicap mental. Précédés des bannières bigarrées des 75 pays représentés. Parmi tant de monde, les petites communautés suisses ne se sentent pas perdues, mais entourées et rassurée dans cette foule chaude et vibrante. La famille de «Foi et Lumière» retrouve ses fondateurs, Jean Vanier et Marie-Hélène Mathieu, et elle entonne des chants d’allégresse.

Pour la plupart des 1’400 communautés de Foi et Lumière qui sont arrivés à Lourdes sans encombres, l’aventure a commencé il y a bien longtemps déjà. Les communautés de Géorgie ont mis jusqu’à 7 jours pour rejoindre la cité mariale. Des Libanais rencontrés en chemin expliquent qu’ils ont pris l’avion et mis trois jours pour venir à cette grande réunion.

Les plus opprimés du monde

Tout à l’accueil des pèlerins, Jean Vanier déclare que les personnes présentant un handicap sont les personnes les plus opprimées du monde. Elles sont menacées bien avant leur naissance. En France, 96% des mamans décident d’avorter lorsqu’elles découvrent que l’enfant qu’elles portent est handicapé. Souvent, elles n’ont pas le choix de le garder, tant les pressions qu’elles subissent sont écrasantes, poursuit le fondateur de Foi et Lumière!

Dans ses contacts avec les jeunes, Jean Vanier entend souvent cette réflexion «Si j’ai un monstre en moi, je le ferai passer!». Une réaction naturelle de défense et de peur que seuls la solidarité et l’amour d’une famille permettent de dépasser. Car il ne faut pas enjoliver les choses: avoir un enfant handicapé est un grand drame et une souffrance constante pour les familles. La mission de Foi et Lumière, c’est justement de soutenir les proches et les familles des handicapés mentaux qui se sentent rejetés par la société, de faire prendre conscience de la dignité de la personne handicapée et de l’importance de l’œuvre accomplie par la famille qui accepte d’être à ses côtés, la vie durant. La discrimination et l’exclusion des personnes handicapées et de leur entourage sont présentes partout sur la planète, sous de multiples formes.

Les handicapés transforment le monde

Les pèlerinages à Lourdes servent à faire exister ceux qui vivent avec le handicap mental aux yeux du monde entier. Ils rappellent leurs droits imprescriptibles d’êtres humains.

Le premier pèlerinage de 1971 était celui de la consolation des parents et les familles en désarroi. Les suivants, en 1981, et en 1991, ont exprimé la reconnaissance de la personne handicapée d’être en vie, au milieu de gens qui l’aiment. Le pèlerinage de 2001 est celui de la résurrection et de la révélation: «Les personnes handicapées peuvent nous transformer, elles nous font devenir plus humain, plus fraternel. Petit à petit, elles peuvent changer le monde». Les personnes handicapées sont un contrepoids à notre monde handicapé du cœur et des relations humaines», s’exclame Jean Vanier avec force.

Cette transformation apparaît déjà à Lourdes, dans la liturgie, conçue pour parler aux sens, à la sensibilité, à l’émotion, plus qu’à l’intellect. Pour la cérémonie d’ouverture, suivie de la messe du jeudi saint avec l’institution de l’Eucharistie, la foule se dirige vers la Basilique Saint-Pie X, l’une des plus vaste du monde (12’000 m2), qui peut contenir jusqu’à 20’000 personnes. Dans la barque symbole du mouvement «Foi et Lumière», sont déposés les messages que chaque communauté apporte de chez elle. La voile du bateau servira de nappe d’autel. Ces symboles émerveillent les enfants et certains handicapés ouvrent des yeux ronds, ravis.

Le lavement des pieds, geste suprême du service et de l’humilité se gorge d’émotion pour les familles qui, jour après jour, assurent les soins élémentaires d’un enfant ou d’un proches. Mais se soir là, handicapés et bien portants se lavent mutuellement les pieds.

Quatre jours à danser, à chanter et à méditer

Le thème du pèlerinage «Venez boire à la Source» fait référence à la Source miraculeuse de la Grotte de Massabielle et à la naissance du mouvement, un lundi de Pâques, il y a 30 ans. Marie-Hélène Mathieu a rappelé que Lourdes était «la patrie de Foi et Lumière, lieu où Dieu, à travers Bernadette, a montré la prédilection pour les plus faibles». Parmi les pèlerins, certains étaient déjà présent il y a trente ans. Pour d’autres, c’est la découverte du sanctuaire marial, du destin de la petite Bernadette et du message de Lourdes. Le pèlerinage alterne les temps de rassemblement, de célébrations sur l’esplanade ou dans la Basilique Saint-Pie X et de partage en communauté. Partout le même élan de vie. Puissant et revigorant comme le soleil dans les rues de Lourdes ensoleillée. Les personnes handicapées n’ont pas à témoigner, leur simple joie de vivre est une grande leçon. De par leur vie, elles nous font comprendre le mystère pascal: «pour vivre la vraie vie, on ne peut pas faire l’économie de la souffrance».

Quatre jours à chanter sans cesse, à taper des mains, à rire et à se recueillir. Les célébrations reflètent à la fois cette joie débridée et cette sérénité. Ces mouvements de l’âme atteignent leur paroxysme lors de la fête de la résurrection. La source de vie semble ne jamais devoir tarir. Revêtus de ponchos bleus, les pèlerins chantent et dansent, un instrument de musique dans les mains. Les communautés se mélangent entre pays, entre continents, entre confessions.

Une espérance pour l’Eglise

Catholiques, anglicans, orthodoxes, méthodistes, luthériens, baptistes, réformés, presbytériens, tous ont leur place durant les célébrations selon le rite catholique. Par exemple, lors de la veillée pascale, les représentants des diverses confessions prononcent la prière commune pour l’unité des chrétiens et se donnent le geste de paix. Cette ouverture œcuménique a été encouragée par un calendrier favorable, qui a permis à tous les chrétiens de fêter Pâques à la même date! Et l’on comprend que la véritable aventure de ce pèlerinage, au-delà des prouesses pratiques et logistiques, c’est l’accueil de l’autre, au-delà du handicap et des différences culturelles, de langages ou de religion. Le miracle, c’est que ces gens de toutes les couleurs, de toutes les langues, de toutes les traditions religieuses, souvent confrontés à un quotidien difficile et à la cruauté du regard des autres, se sentent de la même famille. (apic/vb/mjp)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/lourdes-quatrieme-pelerinage-international-des-communautes-foi-et-lumiere/