La Charta Oecumenica: outil d’unification et de construction de l’Europe
Strasbourg, 23 avril 2001 (APIC) La Rencontre œcuménique européenne, qui a réuni à Strasbourg des responsables et représentants des Eglises chrétiennes et des jeunes du continent européen, s’est terminée par la signature d’une Charte œcuménique, un «engagement commun au dialogue et à la collaboration». Le document ne fait cependant pas fait l’unanimité. L’Eglise orthodoxe russe, du patriarche Alexis II, s’en est d’ores et déjà distancé.
C’est en l’église luthérienne historique Saint-Thomas, dans laquelle se pressait une foule nombreuse, et en présence de responsables d’Eglise, que le métropolite orthodoxe Jérémie, président de la Conférence des Eglises européennes (KEK) et le cardinal Miloslav Vlk de Prague, président du Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE), ont signé la Charta Oecumenica – catalogue de «lignes directrices en vue d’une collaboration croissante entre les Eglises en Europe». Les Eglises membres de la KEK et du CCEE se sont engagés à appliquer le texte, qui n’a toutefois aucun caractère contraignant.
Assis à une table, le métropolite Jérémie et le cardinal Vlk ont signé deux copies de la Charta Oecumenica avant de se lever et de s’embrasser, sous les applaudissements de l’assistance. En signant la «Charta», premier document sur les règles de l’œcuménisme signé par la KEK et le CCEE, les deux présidents ont recommandé à toutes les Eglises et Conférences épiscopales d’Europe «d’adopter le document et de l’adapter à leur propre contexte».
La cérémonie de signature suivait le service œcuménique célébré en l’église Saint-Thomas et présidée par Rut Rohrandt, pasteure luthérienne allemande, vice-présidente de la KEK et par le cardinal français Roger Etchegaray. La KEK, qui compte plus de 120 Eglises membres protestantes, orthodoxes et anglicanes, et la CCEE, représentent la majorité des Eglises européennes de toutes traditions.
La cérémonie de dimanche était le point d’orgue d’une rencontre de quatre jours convoquée par la KEK et le CCEE pour marquer le nouveau millénaire, qui réunissait 100 responsables d’Eglise et représentants des deux organisations et pour la première fois lors d’un tel événement, un nombre égal de jeunes. La tenue de la réunion était symbolique, car elle s’est tenue une semaine après les fêtes de Pâques, qui, cette année, tombaient à la même date (le 15 avril) pour les Eglises des traditions orientale et occidentale.
Deux ans de préparation
La charte définit les règles de coopération des Eglises dans douze domaines, en particulier avec des initiatives visant à renforcer l’unité visible de l’Eglise de Jésus-Christ, l’activité missionnaire et l’annonce de l’Evangile en Europe, la promotion de l’unité du continent européen, la nécessité de trouver des solutions non violentes aux conflits, de renforcer la place des femmes et leurs droits dans tous les secteurs de la vie, la sauvegarde de la création, et le dialogue interreligieux. La «Charta» a été élaborée après environ deux ans de consultations et sur la base d’un projet envoyé aux Eglises et Conférences épiscopales en juillet 1999. Le texte final a été adopté par le Comité conjoint KEK-CCEE en janvier de cette année.
Pas de caractère magistrale, dogmatique ou canonique
Cependant, la Charta «n’a aucun caractère magistrale, dogmatique ou canonique. Son caractère obligatoire consiste plutôt dans le devoir que se font les Eglises elles-mêmes et les organisations œcuméniques signataires». Interrogé par l’agence ENI, après la signature, sur la signification du document, le métropolite Jérémie a estimé que «la collaboration des chrétiens devait se manifester comme la volonté inébranlable de porter l’Evangile au monde d’aujourd’hui et surtout au moment où nous célébrons la Pâques chrétienne ensemble et proclamons ensemble notre foi en Jésus-Christ ressuscité».
La Charta Oecumenica est le résultat d’un engagement pris lors du second Rassemblement œcuménique de Graz, en Autriche, en 1997, d’élaborer un document d’étude commun définissant les droits et devoirs fondamentaux œcuméniques. En toile de fond de la recommandation de Graz figurait la préoccupation, de certaines Eglises orthodoxes, face au «prosélytisme» pratiqué par d’autres Eglises sur des territoires traditionnellement orthodoxes, et aussi concernant les relations entre les Eglises majoritaires et minoritaires des régions d’Europe.
Les réserves de Mgr Lehmann
Le cardinal Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande, a rappelé qu’il avait été envisagé, au début, de «produire si possible des règles obligatoires sur la façon de traiter avec les conflits». Mais «tout à coup, a-t-il dit aux journalistes, nous avons réalisé que nous ne pouvions dresser un catalogue de règles par miracle».
Plusieurs Eglises membres de la KEK, notamment l’Eglise orthodoxe russe et l’Eglise évangélique luthérienne du Danemark, ont émis certaines réserves concernant la «Charta». Certains ont aussi déclaré que les engagements définis dans le document étaient inférieurs aux acquis de nombreux pays européens. Des représentants de la KEK ont souligné que la Charte était un document cadre et devait être adaptée aux situations locales. Lors de la prochaine Assemblée générale en 2003, la KEK évaluera l’application du document.
S’exprimant le 21 avril sur la Rencontre œcuménique européenne, le cardinal Lehmann a mis en garde contre la réalisation de choses «trop faciles pour nous». La «Charta» doit être «enracinée dans une situation concrète, mais en veillant à ce que le texte ne perde pas son caractère obligatoire».
L’Eglise orthodoxe russe du patriarche Alexis II met en garde contre des divisions
L’Eglise orthodoxe russe, la plus grande Eglise orthodoxe du monde, s’est distancée de la Charta Oecumenica. Dans une déclaration présentée la semaine dernière lors d’une réunion du Comité central de la KEK avant la Rencontre œcuménique, l’Eglise a averti que «le texte de base de la Charte pouvait susciter des critiques au sein de certaines Eglises et pouvait être dommageable et contre-productif pour l’avenir du dialogue et de la coopération entre chrétiens, et entraîner de nouvelles divisions parmi les fidèles». (apic/eni/pr)
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