L’Eglise demande aux Dayaks d’arrêter le carnage

Indonésie: Violences interethniques dans le Kalimanta-Central

Palangkaraya, 1er mars 2001 (APIC) L’Eglise locale a invité les Dayaks catholiques à ne pas prendre part aux violences interethniques qui secouent le Kalimantan-Central, dans l’île de Bornéo. De nombreux Dayaks, qui habitent des régions isolées de l’île (la plus grande de l’archipel indonésien, avec 550’000 km² et 10’500’000 habitants) se déplacent vers le centre de Bornéo, à Sampit et à Palangkaraya, pour participer au «carnage des intrus Madurais».

Des sources de l’Eglise locale contactées par l’agence vaticane Fides déclarent que les conflits n’ont en aucune manière des raisons religieuses: les églises et les édifices musulmans n’ont pas été attaqués. Le Père Subandi, du diocèse de Palangkaraya, au Kalimantan-Central, confirme qu’il a vu de nombreux cadavres décapités, abandonnés sur le fleuve, dans les régions de Sampit et de Palangkaraya. Des fonctionnaires civils les recueillent et les enterrent.

Les Dayaks ont déclenché leur fureur contre les immigrés Madurais, qu’ils veulent chasser de l’île. «Non seulement les Dayaks, mais aussi toutes les autres communautés indigènes refusent les Madurais», explique le Père Subandi, missionnaire originaire de Java, de retour d’une visite à Sampit, à 200 km à l’ouest de Palangkaraya, la capitale de la province.

Les Dayaks ne représentent qu’un petit pourcentage de la population du Kalimantan-Central. Les indigènes accusent les Madurais, commerçants habiles et producteurs de tapis, de ne pas respecter la sensibilité et les règles sociales des gens du lieu. «A plusieurs reprises, les Madurais ont violé les accords passés avec les Dayaks sous le couvert du gouvernement local. Il manque toutefois quelqu’un pour faire respecter la loi: de nombreux crimes commis dans le passé par des Madurais sont restés impunis. Des transgressions fréquentes de la loi ne sont pas sanctionnées et, de la sorte, les Dayaks ont perdu leur patience», déclare le P. Subandi. A son avis, la police et l’armée sont du côté des Madurais. «La discrimination a rendu furieux les Dayaks», ajoute-t-il.

Le gouvernement central indonésien a décrété l’état d’urgence. La police a l’ordre de tirer à vue sur les rebelles. La fuite des Madurais se poursuit. Plus de 30’000 ont déjà quitté Bornéo pour se rendre à Madura et à Java, et 16’000 autre environ sont installés dans des camps de réfugiés à Sampit. L’Eglise catholique locale apporte l’assistance et les secours aux réfugiés.

Officiers montrés du doigt

Les affrontements ethniques ont commencé le 18 février et le nombre des morts recensés s’élève à plus de 300. D’après des sources non officielles, 500 Madurais au moins auraient été tués et décapités.

Dans les années 1960, 60’000 habitants de l’île de Madura, face à l’île de Java, se sont déplacés dans l’île de Bornéo, selon des programmes d’immigration organisés par le gouvernement. Il y a, chez les Dayaks, une minorité catholique et protestante, de nombreux musulmans et fidèles des religions locales. Les Madurais sont musulmans. «Les officiers de la sécurité et le gouvernement n’ont pas été capables de désamorcer les conflits ethniques, qui sont toujours restés à l’état latent», a confié à Fides M. Munir, un militant des droits de l’homme. Depuis Djakarta, l’Association «Islam Defender Front» a lancé un appel. «Derrière les affrontements à Bornéo, il y a des non-croyants qui conspirent contre l’islam», déclare-t-il. D’après les observateurs, la violence à Bornéo est un nouveau signe de la désintégration progressive de la nation indonésienne.

Aider au dialogue

Pour Mgr Sutrisnoatmoko, «L’Eglise, même si elle est une minorité, ne peut rester à regarder les massacres du Kalimantan: elle doit s’efforcer d’aider le dialogue. Le nombre des morts pourrait s’élever à 2’000». Dans une interview accordée à Fides, Mgr Aloysius Sutrisnoatmoko, nouvel évêque de Palangkaraya, au Kalimantan-Central, expose les urgences de son futur travail pastoral. La priorité des priorités: la paix à Bornéo.

L’évêque, un Javanais de 47 ans qui est membre des Missionnaires de la Sainte famille, sera ordonné au mois d’avril prochain pour prendre en charge une communauté de 51’000 catholiques. Il explique les pas nécessaires pour ramener la paix à Bornéo: réunir les dirigeants des deux camps en des rencontres non officielles, et, comme solution provisoire, séparer les deux ethnies des Madurais et des Dayaks; assurer l’intégration des Dayaks dans le cadre socio-économique, partager avec les indigènes l’administration locale des Provinces, qui sont l’apanage des Javanais et des Madurais. (apic/fides/pr)

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