Fribourg: «Civiliser l’argent»: une table ronde sur la bourse lance la campagne de Carême

L’influence néfaste des caisses de pension sur les entreprises

Bernard Bovigny, APIC

Fribourg, 4 mars 2001 (APIC) Pour le quarantième anniversaire de la campagne œcuménique de Carême, l’œuvre d’entraide catholique «Action de Carême» et son partenaire protestant «Pain pour le Prochain» ont choisi la ville de Fribourg pour le lancement officiel et national de la campagne 2001 intitulée «Civiliser l’argent. Lors d’une table ronde, dimanche 4 mars, à la salle St-Pierre, le banquier Philippe de Weck, le conseiller d’Etat fribourgeois Urs Schwaller, chef du Département des finances, l’économiste brésilien Reinaldo Gonçalves, Philippe Spicher de Centre Info et le nouveau directeur de l’Action de Carême Antonio Hautle-Bucher ont tenté de concilier les impératifs de rendement avec les principes éthiques.

Animée par le journaliste à «La Liberté» Christian Campiche, la table ronde a réuni quelque 250 participants. Ancien directeur de l’UBS, Philippe de Weck a d’emblée dénoncé la pression sur les entreprises opérée par deux nouveaux types d’actionnaires: les caisses de pension et les fonds de placement. Le banquier se rappelle qu’à l’époque où il dirigeait la plus grande banque suisse, l’actionnariat était formé de gens fortunés et de petits capitaux. «Ils se contentaient de modestes augmentations du capital.

«Mais je constate actuellement que la question: `Ne gagnons-nous pas trop peu?’, se pose presque à chaque assemblée d’actionnaires». Philippe de Weck juge le système nocif, car il crée une pression malsaine sur les entreprises. «Vous êtes concernés comme

membres des caisses de pension et c’est vous qui exercez ces pressions», a-t-il lancé à l’adresse du public.

«Trop tôt pour les placements éthiques»

Le conseiller d’Etat Urs Schwaller préside le comité de la caisse de pension de l’Etat de Fribourg, qui gère un capital de 1,6 milliard de francs. Il a souligné que cette caisse avait pour mandat d’assurer la retraite aux fonctionnaires et qu’elle devait miser sur la sécurité dans ses placements, en excluant toute forme d’investissement spéculatif ou à risque. Seuls 2 millions ont été investis dans des placements dit «éthiques», qui tiennent compte d’autres valeurs que le seul rendement. «Des conseillers extérieurs ont estimé qu’il était encore trop tôt pour investir davantage dans ces fondations», a affirmé Urs Schwaller.

Pour le professeur d’économie et de politique internationale Reinaldo Gonçalves, il a actuellement trop d’argent dans le monde, et pas assez de morale dans l’économie. Au Brésil, les mouvements financiers provoquent de grandes disparités dans la population. Reinaldo Gonçalves soutient sans réserve les placements éthiques, qui donnent la préférence à la qualité plutôt qu’à la quantité. «Même de petits montants investis depuis l’Europe dans le tiers-monde, par exemple dans le marché immobilier, peuvent avoir des effets désastreux sur l’économie locale.

Actuellement, le Brésil paie 2,5 milliards d’intérêt par mois pour sa dette extérieure. Le professeur d’économie brésilien a relayé les revendications des participants au Forum social Mondial de fin janvier, à Porto Alegre: réforme du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), création de nouveaux mécanismes de désendettement pour les pays du Sud, instauration d’une taxe sur les transactions financières internationales et lutte active contre les paradis fiscaux.

Pour le directeur de l’Action de Carême, Antonio Hautle-Bucher, l’économie de marché reste le meilleur système, pour autant qu’il ne laisse pas tout le pouvoir au capitalisme. «Une économie sans réglementations tend au monopole et tue l’économie de marché», a-t-il lancé. Il a également souligné que les pays du Sud et de l’Est demeuraient les éternels oubliés de l’économie.

Définition des placements éthiques

Appelé à définir les critères éthiques de placement, Philippe Spicher, du Centre Info, spécialisé dans l’analyse financière suisse, a prôné l’exclusion d’entreprises actives dans l’armement, la cigarette ou les jeux de hasard. Selon Philippe Spicher, la tendance actuelle est d’examiner la façon de travailler et de fonctionner des entreprises: salaires corrects, renoncement au travail des enfants ou encore respect de l’écologie.

Urs Schwaller rétorque que le tabac fait partie de l’agriculture du canton de Fribourg. Et les jeux d’argent? «Nous avons huit dossiers d’implantation de casinos».

Philippe de Weck soutient quant à lui totalement les fonds de placement éthiques mais rejette tout extrémisme et toute approche idéologique. Concernant la pression néfaste des actionnaires sur les entreprises, il espère que les hauts et les bas de la bourse remettront les choses en place. «L’année 2000 a été médiocre pour les fonds de placement. Et 2001 le sera certainement aussi. Cela permettra peut-être aux entreprises de souffler un peu», a-t-il constaté. (apic/bb/mjp)

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