Des vagues et des remous dans l’air

Argentine: Un juge abroge les lois d’amnistie pour les militaires

Buenos Aires, 7 mars 2001 (APIC) Les quelque 1’200 militaires argentins blanchis opportunément par deux lois d’amnistie peuvent s’inquiéter. Un juge vient de les abroger, ouvrant la voie à de nombreux procès si sa décision n’est pas annulée. Cette décision pourrait bien faire des vagues et des remous. En Argentine, et ailleurs, après le Chili, mais aussi à l’heure où le Guatemala décide de lever l’immunité parlementaire d’un autre dictateur, Rios Montt

Gabriel Cavallo a déclaré «inconstitutionnelles, invalidées et nulles» les lois du «Point final» et de l’»Obéissance due» de 1986 et 1987. Elles protègent les militaires pour leur comportement pendant la dictature, entre 1976 et 1983. Le juge a expliqué que sa décision lui permettrait de poursuivre uniquement les personnes impliquées dans un dossier d’appropriation d’un bébé.

Pour le Centre d’Etudes légales et sociales (CELS), initiateur de la plainte dans cette affaire, et l’association des Mères de la Place de Mai, ce jugement fait «jurisprudence» et est susceptible «de rouvrir tous les procès intentés dans tout le pays». En revanche, le ministre de la Défense Horacio Jaunarena a estimé que «les choses jugées sont définitives». En fait la Cour suprême pourrait annuler la décision de Cavallo qui, au sein de l’armée, est interprétée comme «un retour en arrière» qui rouvrira «d’anciennes blessures».

Après le Chili avec l’ex-dictateur Pinochet, après la décision du Guatemala, mardi, de lever l’immunité parlementaire contre un autre dictateur, Rios Montt, la décision du juge Cavallo ouvre de nouvelles perspectives. Sombres pour les tortionnaires de certains régimes latino-américains. (apic/avec l’afp/pr)

Pérou: Le cardinal Cipriani sévèrement chahuté

Près de 70% des Péruviens hostiles au nouveau cardinal

Lima, 7 mars 2001 (APIC) La première messe célébrée à son retour au Pérou, dimanche 4 mars, par l’archevêque de Lima, Mgr Juan Luis Cipriani, en tant que nouveau cardinal, a été interrompue par des protestations furieuses de nombreuses personnes qui lui ont reproché ses liens avec le régime d’Alberto Fujimori. Aux cris «Le Christ est la justice, Cipriani la corruption» et «Dieu, libère-nous de Cipriani!» des manifestants ont chahuté la célébration en Mgr Cipriani au conseiller présidentiel Vlamidiro Montesinos, le «Raspoutine de Lima» aujourd’hui en fuite.

Mgr Cipriani a célébré une messe en plein air, à l’atrium de la cathédrale de Lima, face à la Place d’Armes. Des délégations de Congrégations catholiques occupaient une partie de la place, mais très tôt étaient également arrivés des jeunes du mouvement Résistance, qui a lutté contre la dictature, des représentants d’organismes des droits humains et des femmes catholiques, qui critiquent l’archevêque de Lima pour son appui au gouvernement précédent et son «discours insolent».

Lorsque l’évêque auxiliaire de Lima, Mgr Alberto Brazzini, a mentionné le nom de Mgr Cipriani, les protestations ont commencé, et elles se sont fait entendre tout au long de la célébration, interrompant souvent le discours du nouveau cardinal. «Le Christ est la justice, Cipriani la corruption», proclamaient en chœur des manifestants, qui hissaient également des pancartes sur lesquelles on pouvait lire des slogans hostiles et des photos de l’archevêque couvertes du chiffre 666, symbole de l’Antéchrist de l’Apocalypse. «Dieu, libère-nous de Cipriani!», pouvait-on lire sur certaines pancartes; d’autres encore comparaient Mgr Cipriani au conseiller présidentiel Vlamidiro Montesinos, aujourd’hui en fuite, comme l’ex-président Fujimori.

Les manifestants ont tenu à préciser que leur protestation ne visait pas l’Eglise catholique, mais uniquement Mgr Cipriani.

Selon l’agence catholique ALC (Lima), le cardinal avait récemment déclaré que les droits humains sont «une sottise». L’archevêque de Lima a remis dimanche 4 mars l’ouvrage sur le métier, en déclarant, sous les sifflets des manifestants: «Quels droits humains ces amis défendent-ils, lorsqu’ils ne permettent pas une liberté d’expression religieuse», a-t-il commenté. Avant d’ajouter: «S’ils n’ont pas la foi, qu’ils s’en aillent!».

L’épiscopat péruvien a de son côté désapprouvé et critiqué cette manifestation.

Malaise

Premier cardinal de la prélature de l’Opus Dei, Mgr Cipriani n’a cessé d’être critiqué depuis sa nomination sur le siège de Lima, le 9 janvier 1999. Celle-ci avait déjà été très mal accueillie. Certains n’avaient pas manqué de rappeler à l’époque son rôle controversé comme négociateur lors de la prise d’otage à la résidence de l’ambassadeur du Japon à Lima (fin 1996 – début 1997), qui s’acheva par un bain de sang (17 morts). C’est lui qui avait dissimulés les caméras et les micros qui avaient permis l’intervention des forces armées.

Depuis qu’il est à Lima, l’archevêque n’a eu cesse de mettre au pas ceux qui ne pensaient pas comme lui. Lié d’amitié avec le président Fujimori, il avait durement critiqué en mars 1998 les observateurs internationaux qui avaient signalé un manque de respect des normes démocratiques dans le processus électoral en cours, s’attirant des critiques jusqu’au sein de la Conférence épiscopale et de la part du cardinal Alzamora, son prédécesseur (aujourd’hui décédé).

A l’annonce de sa nomination comme cardinal, des organisations péruvienne engagées dans la défense des droits humains avaient exprimé leur désappointement. Le mécontentement s’était notamment exprimé par un sondage réalisé par le quotidien «El Comercio» sur son site internet. En un seul jour, le 23 janvier, 8’206 personnes avaient donné leur avis 60,1% pour regretter cette nomination, 34,74 % pour l’accepter, tandis que 5,15 % étaient indécis. Aujourd’hui, ils sont près de 70% à regretter cette nomination. (apic/cip/lo/pr)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/argentine-un-juge-abroge-les-lois-d-amnistie-pour-les-militaires/