Mongolie: Portrait de l’Eglise catholique en Mongolie
Rome/Oulan Bator, 9 mars 2001 (APIC) L’Eglise catholique en Mongolie fait ses premiers pas. Surtout, elle mise sur les jeunes. «Les jeunes sont notre force, notre avenir. L’Eglise locale est encore jeune, elle fait ses premiers pas. Elle travaille à l’éducation des enfants et à l’assistance en faveur des pauvres, explique le Père Wens Padilla, supérieur de la mission d’Urga (Oulan Bator).
Le Père Wens Padilla, un Philippin de 51 ans, appartient à la Congrégation des missionnaires de Scheut (Scheutistes, CICM). Il est venu à Rome pour la traditionnelle visite quinquennale (»ad limina») avec les évêques de Russie, d’Asie Centrale et du Caucase.
La situation de l’Eglise en Mongolie? «Nous sommes seulement 3’000 catholiques, et il y a 21 prêtres, religieux et religieuses. L’Eglise Catholique est revenue en Mongolie en 1992. Les premières années, nous avons dû pourvoir à tout ce qui est nécessaire pour le culte, et nous nous sommes heurtés surtout à la difficulté d’apprendre le mongol. Connaître la langue est le premier pas pour l’évangélisation. Au début, nous avons cherché seulement à donner le témoignage de notre vie chrétienne: vivre les valeurs évangéliques, célébrer la messe, sans faire de prosélytisme. Les gens nous appelaient les «venez et voyez», la phrase que nous répétions souvent aux curieux. Et puis notre oeuvre s’est orientée vers l’action sociale: récupération des enfants de la rue, aide aux vagabonds, éducation des jeunes».
Et en quoi consiste ce travail avec les enfants de la rue? Dans la capitale Oulan Bator, répond le missionnaire, il y a depuis 1997 le Verbist Care Centre (qui porte le nom de Théophile Verbist, fondateur des Missionnaires de Scheut); il est dirigé par le Père Gilbert, Scheutiste. «Le Centre accueille plus de 120 enfants de 2 à 15 ans. D’après des données officielles, un tiers des familles de Mongolie sont pauvres, 43% d’enfants ont de la peine à pouvoir faire un repas par jour, ils n’ont pas d’habits, ils ne vont pas à l’école. C’est une véritable plaie sociale. Abandonnés par leurs familles, ou ayant quitté leurs familles, les enfants se réunissent en bandes, ils vivent dans les égouts et ils survivent grâce à la mendicité ou en se livrant à la prostitution. Les missionnaires et les éducateurs mongols vont dénicher les enfants dans leurs refuges et les conduisent vers une vie nouvelle: dans le Centre, il y a une atmosphère de joie et de confiance: propreté, soins médicaux, scolarisation. Les besoins financiers pour cette oeuvre viennent surtout de la Curie des Scheutistes, des Oeuvres Pontificales Missionnaires, de l’Organisation «Aide à l’Eglise en Détresse». Nous avons créé en outre deux crèches et quatre petites écoles dans différents quartiers de la ville; nos rendons visite aux enfants en prison, nous nous occupons des handicapés».
L’avenir
Et comment passe la message chrétien auprès des jeunes mongols? «Les jeunes sont notre force: ils sont enthousiastes face à la proposition chrétienne, ils sont les plus convaincus, et ils mettent au service de l’Eglise toute leur énergie, en aidant à l’éducation des plus petits et à l’enseignement du catéchisme. Plusieurs d’entre eux ont participé aux Journées Mondiales de la Jeunesse 2000 à Rome. Deux d’entre eux étudient à l’Université Urbanienne à Rome: nous espérons qu’ils pourront retourner dans leur pays et contribuer à la Mission de l’Eglise. Le courant est passé avec les jeunes dès le début: nombre d’entre eux désiraient apprendre l’anglais; les missionnaires les ont aidés en leur donnant des cours gratuits; ils les ont emmenés dans des grands rassemblements mondiaux (JMJ de Manille en 1997, Rencontre des Jeunes d’Asie en Thaïlande en 1999), ils leur ont confié des responsabilités dans le domaine de l’éducation. Le nombre des jeunes qui apprennent à connaître Jésus et à l’aimer ne cesse de croître».
Parmi les principaux problèmes que l’Eglise rencontre en Mongolie, le missionnaire cite la vie morale de la population. Les anciennes traditions locales permettent aux hommes une vie sexuelle déréglée, l’alcoolisme, des liens familiaux ténus. «Il y a souvent des abus de la part des membres de la famille, ils se répercutent sur les enfants et entraînent la fuite des jeunes. Nous cherchons à transmettre à tous ceux qui nous approchent les valeurs de la fidélité conjugale, de la modération, de la sagesse. L’exemple de vie chrétienne donné par les missionnaires et le caractère profondément humain de leur prédication amène plusieurs d’entre eux à demander le baptême. Il y a aussi le phénomène du vagabondage des adultes, en raison de la grande pauvreté. Ces derniers hivers ont été particulièrement durs. Le bétail meurt et les gens, qui vivent de l’élevage nomade, deviennent toujours plus pauvres. A Oulan Bator nous assurons chaque semaine la toilette, l’habillement et la nourriture pour 200 adultes sans domicile fixe et sans travail».
Projets
Les projets d’avenir? «Nous avons un grand projet: fonder une exploitation agricole chrétienne à 200 km d’Oulan Bator, pour aider les agriculteurs à produire du grain, des pommes de terre et des légumes, avec l’aide de l’Eglise de Corée. Le projet prévoit aussi la création d’une communauté chrétienne, avec des cours de catéchisme et d’anglais. Nous venons tout juste de terminer le «Technical Vocational Training Centre» pour continuer l’instruction des anciens enfants de la rue. Nous voudrions construire une centre de rééducation pour les handicapés, mais cela dépendra des fonds dont nos disposerons».
Autorités civiles
Comment les autorités civiles considèrent-elles ce travail missionnaire? «Le gouvernement apprécie notre travail. Lors de nombreuses rencontres, nous avons reçu des témoignages de reconnaissance de la part des autorités pour la contribution apportée par l’Eglise à la société. Les rapports avec les autres religions, et notamment le bouddhisme, sont bons eux aussi. Le 26 décembre 2000, nous avons organisé une cérémonie pour la clôture du Jubilé. Des milliers de personnes y ont assisté, catholiques, protestants, bouddhistes, ainsi que les autorités gouvernementales». En Mongolie, conclu le missionnaire, l’hiver est long et la famine guette. «La majorité de la population mongole est nomade et vit de l’élevage du bétail, qui constitue l’élément principal de l’économie nationale. Le pays se trouve en grande difficultés à cause de l’hiver le plus terrible de ces 50 dernières années: la sécheresse, puis des chutes de neige abondantes avec des températures de 50° sous de zéro ont causé la perte d’une grande partie du bétail et réduit à la misère 75’000 familles. A la fin du mois de février, la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation) a lancé un appel face à cette situation alarmante en Mongolie: «Le deuxième hiver désastreux consécutif peut se transformer en véritable catastrophe pour de nombreuses familles de bergers et d’agriculteurs… La neige recouvre 90% du territoire national et, dans 17 Provinces sur 21, la température en dessous de zéro a déjà entraîné la mort de plus de 600’000 têtes de bétail».
La FAO estime à près de 9 millions de dollars, les aides nécessaires pour aider les 300’000 personnes au moins qui se trouvent en difficulté à cause du gel intense. D’après les prévisions, sur la situation climatique ne s’améliore pas, 20% du cheptel (6’500’000 têtes de bétail) périront durant l’hiver, ce qui aura des conséquences dramatiques pour les familles qui vivent de l’élevage. Les opérations d’aide de la FAO visent à réduire les pertes du bétail, en créant des refuges pour les abriter, et en assurant des services vétérinaires et du fourrage. Durant l’hiver 1999/2000 déjà, deux millions et demi de bêtes avaient péri, et des milliers de familles nomades avaient été réduites à la misère. «Il faut des missionnaires itinérants, qui suivent les bergers nomades dans leurs déplacements et qui partagent la vie des populations locales, et en particulier des populations les plus pauvres: là réside, pour le Père Wens Padilla, l’avenir de l’évangélisation dans le pays». (apic/cip/zn/pr)
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