Les Talibans ont commis un « crime contre la culture »
Paris/Kaboul, 12 mars 2001 (APIC) Malgré les protestations de nombreux gouvernements et de hautes instances religieuses internationales, les Bouddhas de Bamiyan ont été détruits à l’explosif, confirme lundi à Paris l’UNESCO, l’organisation des Nations Unies pour la science et la culture. L’UNESCO a estimé qu’il s’agissait là d’un « crime contre la culture ».
L’Inde et le Pakistan, d’ordinaire hostiles, ont tous deux condamné l’acte provocateur des Talibans afghans. Le Premier ministre indien Atal Bihari Vajpayee a qualifié la démolition de ces trésors de l’humanité d’ »acte de barbarie », tandis que le ministre des Affaires étrangères du Pakistan Abdul Sattar parlait lundi d’un « désastre tragique ».
Atal Bihari Vajpayee, lui-même proche des militants hindous, a déclaré au Parlement que l’Inde a été impuissante à intervenir et qu’il fallait maintenant élaborer des stratégies pour empêcher la diffusion du fondamentalisme. Le Pakistanais Abdul Sattar a pour sa part déploré l’inaction de la communauté internationale: « L’ensemble de la communauté internationale est restée comme un spectateur passif devant ce désastre », a-t-il lancé. Le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan a déclaré à l’occasion d’une tournée au Pakistan que l’acte des Talibans « les desservait eux-mêmes et l’islam ».
Kofi Annan est intervenu en vain
Kofi Annan a rencontré le ministre taliban des Affaires étrangères, Wakil Ahmed Mutawakkil, mais en vain. Toutes les statues transportables avaient déjà été détruites et les Bouddhas géants étaient en train de subir le même sort. Parlant à la presse dimanche à l’ambassade des Talibans à Islamabad, Wakil Ahmed Muttawakil a déclaré que la décision de détruire les statues était tout à fait « une affaire religieuse intérieure » de l’Afghanistan. Tout en admettant la valeur de cet héritage culturel national, il a souligné que les Talibans n’allaient pas épargner la partie de l’héritage culturel contraire à leur foi.
Même une délégation d’importantes personnalités religieuses musulmanes de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) – qui regroupe 55 pays musulmans – n’a pas été en mesure de faire plier les militants fondamentalistes qui contrôlent le pays par les armes. Arrivée dimanche à Kandahar, où réside le Mollah Mohammed Omar, le chef de la milice islamiste, elle n’a pu le convaincre de mettre un terme à la destruction de la statuaire pré-islamique en Afghanistan. La délégation était notamment composée du grand mufti d’Egypte, cheikh Nasr Farid Wassel, d’ulémas sunnites renommés, comme le cheikh Youssef al-Qaradaoui et Mohammed al-Raoui.
Des « étudiants en religion » barbares
Il semble en effet que les barbares « étudiants en religion » n’aient pas non plus épargné des centaines d’autres reliques et d’œuvres d’art pré-islamiques d’une valeur inestimable. A Paris, le directeur général de l’UNESCO, le Japonais Koïchiro Matsuura, a confirmé lundi que les destructions étaient maintenant achevées. Selon certaines informations, c’est le ministre taliban de la défense lui-même qui a conduit les opérations de démolition de ces Bouddhas géants – des « idoles et des faux dieux », pour les musulmans, selon les Talibans – datant de 1’500 ans.
« J’ai appris avec consternation, par mon envoyé spécial Pierre LaFrance, que la destruction des Bouddhas de Bamiyan était confirmée », a annoncé K. Matsuura. Pierre LaFrance a visité l’Afghanistan à deux reprises pour tenter de sauver les Bouddhas. « Les Talibans ont commis là un crime contre la culture. Il est odieux d’assister à la destruction, froidement calculée, de biens culturels qui constituaient le patrimoine du peuple afghan et, au-delà, celui de l’humanité toute entière », relève l’UNESCO dans un communiqué.
Attaques contre les ulémas musulmans
Se présentant comme les musulmans « les plus purs », les Talibans ont fustigé les ulémas et autres théologiens musulmans qui ont tenté de sauver les statues antiques afghanes. Le ministre taliban de l’Information et de la Culture, Quudratullah Jamal, a critiqué leur intervention, relevant que ces théologiens musulmans auraient eu plus de crédibilité s’ils étaient allés en Inde pour protester contre la démolition par des fondamentalistes hindous de la mosquée Babri d’Ayodhya il y a dix ans ou s’ils se battaient contre l’annexion de Jérusalem par Israël.
« Le monde est sans pitié pour les Afghans, mais vocifère quand une statue sans vie est abîmée », relève le ministre taliban de l’Information et de la Culture, responsable avec les agents de la police du « vice et de la vertu » de la destruction des œuvres d’art pré-islamiques. (apic/bbc/be)
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