L’aide au suicide désécurise les patients des EMS et des hôpitaux
Horgen,
(APIC) Le Conseil municipal zurichois n’a pas adouci le sort des personnes qui souffrent, en laissant entrer les organisations d’aide au suicide dans les maisons de retraite de la ville. Tout au contraire: la décision de l’exécutif crée un sentiment d’insécurité dans les EMS et les hôpitaux, a déclaré l’éthicien Matthias Mettner, qui enseigne à l’institut catholique de Zurich « Paulus Akademie », lors d’une conférence de presse, tenue mardi 13 mars à Horgen. Les autorités de Zurich ont délivré un message « erroné ».
Plusieurs organisations professionnelles du corps médical et du personnel soignant en psychiatrie et en gérontologie le dénoncent de façon unanime: en ouvrant les portes des EMS aux organisations d’aide au suicide, le Conseil municipal de Zurich a proposé aux patients souffrant de grandes douleurs et de maladies incurables le suicide et l’euthanasie active en tant que voie et modèle possibles. Alors que les autorités auraient dû dire qu’elles allaient tout mettre en œuvre pour assurer le meilleur accompagnement possible aux malades en phase terminale, cela sur le plan médical, psychologique et des soins.
L’arrêt de Zurich a sensibilisé le reste de la Suisse alémanique, relève le professeur de sciences sociales et de théologie. De façon positive, si l’on considère les efforts de plusieurs EMS pour former son personnel face à l’euthanasie active. Mais on assiste également à une dérive malsaine du débat. Il s’agit de moins en moins de savoir comment permettre aux personnes de mourir dans la dignité mais bien plutôt d’indiquer au personnel comment se comporter en face de l’euthanasie ou de l’aide au suicide.
Retard dans les soins aux personnes en fin de vie
Matthias Mettner a également critiqué la lettre envoyée par le municipal zurichois Robert Neukomm aux pensionnaires des homes et des hôpitaux des bords de la Limmat. Pour l’éthicien, cette missive est catastrophique car elle propose le suicide pratiquement comme une option envisageable par tout un chacun. Selon lui, nombreux sont les résidents et les patients des institutions zurichoises qui ont lu entre les lignes le message suivant de la part des autorités: « Nous ne ferons pas tout pour vous: le suicide constitue également une possibilité de faire face aux maladies graves et incurables ».
En se concentrant depuis des décennies exclusivement sur sa mission de guérison, la médecine a pris du retard dans le domaine des soins et de l’accompagnement des personnes en fin de vie. Les soins palliatifs n’en sont encore qu’aux balbutiements. Et Matthias Mettner de s’interroger sur la façon dont la société va assumer le nombre croissant de grands malades et de mourants dans ses hôpitaux et ses homes. Le vieillissement de la population est un défi pour le corps médical, estime l’éthicien zurichois qui donne des cours au personnel de l’organisation Spitex de soins à domicile zurichois. L’évolution démographique demande un changement radical d’attitude.
Mouvement d’exclusion de malades « devenus trop lourds »
Les soignants passent par des moments difficiles. Ils doivent s’appuyer sur une philosophie de la vie et une spiritualité bien ancrées, s’ils ne veulent pas se laisser entraîner par le mouvement actuel d’exclusion des patients gravement malades ou agonisants, qui est dans l’esprit du temps. Des malades qui sombrent dans la dépression des malades en même temps que leurs proches épuisés et que le personnel débordé. « La tendance à considérer les grands malades comme trop lourds ne favorise pas la qualité de vie que nous souhaitons pour les êtres humains en détresse, handicapés et demandant des soins. Elle accrédite aussi l’idée que le suicide est une façon possible de faire face à une existence ressentie comme insupportable », explique le scientifique de la Paulus Akademie. De nombreux EMS veulent cependant à conserver une marge de manœuvre dans les situations où la médecine palliative arrive à ses limites, en n’introduisant pas de réglementation dans l’aide au suicide. Pour que le patient, les médecins, les membres de la famille et les soignants puissent définir la démarche à adopter, lors de circonstances extrêmes, sans être restreints par des dispositions rigides. (apic/rna/gs/mjp)
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