APIC Dossier

Rome-Ecône: «Silence radio» à Rome sur les tractations avec les lefebvristes

Mgr Fellay dans la chapelle privée du pape le 30 décembre dernier

Rome/Menzingen, 21 mars 2001 (APIC) Les choses bougent depuis quelques mois dans le délicat dossier des relations entre le Vatican et Ecône. Mais à Rome, c’est le «silence radio» total, pour le moment du moins, sur les tractations en cours avec les traditionalistes schismatiques. Leur chef de file, Mgr Bernard Fellay, invité à plusieurs reprises à Rome, a même participé à la messe dans la chapelle privée du pape le 30 décembre dernier.

Du côté de la Fraternité Saint-Pie X, au siège international du mouvement à Menzingen, dans le canton de Zoug, on confirme que le Supérieur général de la Fraternité, l’évêque valaisan Bernard Fellay – excommuniéé latae sententiae lors de son ordination illicite par Mgr Marcel Lefebvre le 30 juin 1988 – a été invité à plusieurs reprises à Rome par l’un des plus hauts responsables du Vatican, Mgr Castrillon Hoyos. Le cardinal Dario Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation romaine pour clergé, est depuis avril dernier chef de la Commission pontificale «Ecclesia Dei», chargée depuis le schisme d’Ecône en 1988, de faciliter la pleine communion ecclésiale aux traditionalistes qui veulent rester fidèles au pape.

Refus de discuter avec la Commission «Ecclesia Dei»

Mais l’abbé Arnaud Sélégny, secrétaire général de la Fraternité Saint-Pie X à Menzingen, souligne d’emblée que les tractations n’ont pas lieu avec la Commission «Ecclesia Dei», que la Fraternité n’accepte pas comme partenaire de négociation, «mais avec le cardinal Castrillon Hoyos en personne, étant exclu le fait qu’il soit membre de la Commission Ecclesia Dei.»

Interrogé mercredi par l’APIC, l’abbé Sélégny relève que les tractations ont liu avec le préfet de la Congrégation pour le clergé «à son initiative» et que le cardinal Hoyos mène les négociations «en tant que délégué particulier du pape». «Nous refusons absolument d’avoir quelque chose à faire avec la Commission Ecclesia Dei, qui est chargée de réintégrer des gens dans l’Eglise, alors que nous sommes dans l’Eglise, car nous n’avons pas à être réintégrés».

L’abbé Sélégny explique que les choses ont commencé à bouger après le spectaculaire pèlerinage jubilaire des catholiques traditionalistes à Rome à l’occasion de l’Année Sainte, du 8 au 10 août dernier. Plus de 5’000 fidèles de feu Mgr Lefebvre venus des cinq continents, accompagnés de nombreux prêtres en soutane noire, ont passé la Porte sainte de la Basilique Saint-Pierre, avec la permission du Comité pour le Grand Jubilé de l’an 2000. Les pèlerins traditionalistes ont visité les quatre basiliques majeures de Rome et ont fait grande impression dans certains milieux romains, «auprès de hauts responsables».

Le pèlerinage jubilaire des traditionalistes a fait grande impression à Rome

Mgr Granito Tavanti, responsable liturgique de la Basilique de Sainte-Marie-Majeure – remplie à deux reprises par les traditionalistes, en raison de leur nombre – s’est dit très impressionné par la piété et la tenue de ces pèlerins. «Le vrai modèle du pèlerinage jubilaire, leur foi était évidente», déclare-t-il au mensuel «30 Jours» de septembre dernier. Le cardinal Hoyos souligne dans la même revue «qu’il s’est agi d’un acte de foi apostolique et de bonne volonté. Tout ce qui est bon unit et engendre un autre bien.»

Dans le numéro de novembre de la même revue éditée à Rome et dont l’éditeur est le célèbre politicien démocrate-chrétien Giulio Andreotti, le cardinal Castrillon Hoyos confirme avoir dîné avec les évêques lefebvristes: «Il me semble tout simplement que c’est un devoir de favoriser la connaissance, le respect, la cordialité, la fraternité sincère», confie-t-il au journal. Une première visite à l’invitation du cardinal Castrillon Hoyos s’est déroulée les 29 et 30 décembre, précise l’abbé Sélégny. A cette occasion Mgr Fellay a vu très brièvement le pape Jean Paul II, le 30 décembre, dans la chapelle de ses appartements privés. Une autre rencontre a eu lieu à Rome le 16 janvier dernier entre le cardinal Castrillon Hoyos et Mgr Fellay. «Rome a fait des propositions, confirme l’abbé Sélégny, qui étaient très imprécises, et qui doivent encore être précisées; elles ne sont pas totalement définitives.»

Conditions préalables d’Ecône: restituer la messe tridentine et lever les excommunications

Mgr Fellay a répondu, poursuit le secrétaire général de la Fraternité, qu’il fallait deux préalables importants avant l’éventuelle concrétisation définitive d’un accord: «Le plus important, c’est qu’il soit rendu à tous les prêtres du monde entier la possibilité de célébrer selon le missel tridentin, car l’indult qui le permet est très restrictif et très restreint par de nombreux évêques dans le monde, en particulier en France; le deuxième préalable est la levée des excommunications – que pour notre part nous avons dès le départ considérées comme nulles et non avenues -, mais cela semble ne pas poser de problèmes. Rome nous a dit que cela ne ferait aucune difficulté».

«Nous voulons évidemment l’abolition de la nouvelle messe»

Pour le secrétaire général de la Fraternité Saint-Pie X, «c’est le premier préalable qui fait difficulté à Rome, alors que l’on sait que la messe tridentine n’a jamais été interdite, comme l’a d’ailleurs confirmé unanimement une commission de neuf cardinaux réunie à la demande du pape Jean Paul II en 1986 pour évaluer le motu proprio de l’indult de 1984.» En cas de retour au bercail de l’Eglise catholique romaine, «nous continuerons à critiquer la nouvelle messe, bien que nous sachions que l’abolition souhaitée sera impossible dans un premier temps», souligne l’abbé Sélégny. «Nous voulons évidemment à terme la disparition de la nouvelle messe, du fait qu’elle est obérée par de graves erreurs théologiques».

«La tradition, elle, est infaillible»

L’abbé Sélégny reconnaît que d’autres obstacles sont sur le chemin, comme la liberté religieuse ou l’ouverture œcuménique, «où l’on fait fausse route.» «La Fraternité n’a pas de conditions à poser dans ce cas là, mais nous demandons seulement l’application du principe qui nous avait été reconnu par le cardinal Ratzinger, après discussions, à savoir l’interprétation du Concile à la lumière de la tradition.»

Pour le secrétaire général de la Fraternité, l’interprétation du Concile Vatican II «à la lumière de la tradition» signifie évidemment la remise en cause d’un certain nombre de points «puisque ce Concile ne s’est pas voulu infaillible, et qu’il a lui-même posé les fondements pour qu’il puisse être examiné à la lumière de la tradition qui, elle, est infaillible». Pas question donc, pour l’abbé Sélégny, de céder sur des points fondamentaux, au contraire de ce qu’ont fait, à ses yeux, les traditionalistes de la Fraternité Saint-Pierre ralliés à Rome au moment du schisme de 1988. (apic/be)

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