Vatican: Dialogue renoué avec les traditionalistes d’Ecône

Mgr Billé: «Du courage, mais aussi beaucoup de prudence»

Paris, 21 mars 2001 (APIC) Le cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la Commission pontificale «Ecclesia Dei», créée pour accompagner les fidèles de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, a «entrepris depuis un moment une série de rencontres avec Don Bernard Fellay», supérieur général de cette Fraternité créée par Mgr Lefebvre, confirmait le 18 mars Mgr Camille Perl.

L’issue du dialogue est incertaine, car le contentieux reste lourd. Pour le cardinal Billé, archevêque de Lyon, président de la Conférence des évêques de France et nouveau membre de la Commission «Ecclesia Dei», il ne s’agit pas d’aller trop vite en besogne. Il pose en tout cas une condition : «l’acceptation de tous les conciles œcuméniques, Vatican II y compris».

La rupture a eu lieu le 30 juin 1988, lorsque Mgr Lefebvre (1929-1991), qui rejetait la réforme liturgique apportée par le Concile Vatican II, ainsi que la légitimité de la liberté religieuse et du dialogue œcuménique et inter-religieux, ordonna quatre évêques sans l’approbation du pape. Deux jours plus tard, le 2 juillet, Jean Paul II écrivait la lettre apostolique «Ecclesia Dei afflicta», dans laquelle il décrivait cette ordination épiscopale comme schismatique et instituait une commission pour «faciliter la pleine communion ecclésiale des prêtres, des séminaristes, communautés ou religieux et religieuses jusqu’ici liés de différentes façons à la Fraternité fondée par Mgr Marcel Lefebvre qui désirent rester unis au Successeur de Pierre dans l’Eglise catholique en conservant leurs traditions spirituelles et liturgiques».

Des «solutions juridiques» à l’étude

En révélant que Rome est entré en contact avec la Fraternité Saint Pie X, Mgr Perl, secrétaire de la Commission «Ecclesia Dei», présidée aujourd’hui par le cardinal colombien Dario Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation romaine pour le Clergé, ajoutait qu’»on ne peut faire de prévision concernant l’issue» de ces colloques, mais que des «solutions juridiques» étaient à l’étude. Le 14 mars, le quotidien de Madrid «La Razon» avait annoncé de son côté que «le Vatican étudie la possibilité d’accorder une prélature personnelle aux lefebvristes». A l’heure actuelle, la seule prélature personnelle existant dans l’Eglise catholique est celle de l’Opus Dei.

Quatre prélats intégristes en pèlerinage à Rome

Selon le quotidien catholique français «La Croix», qui consacre une double page à ce dialogue renoué dans son édition du 21 mars, les premiers contacts remonteraient au pèlerinage jubilaire que la Fraternité Saint-Pie X a fait à Rome, aux quatre basiliques majeures, les 8 et 9 août 2000. Le cardinal Castrillon Hoyos, nommé à la tête de la Commission «Ecclesia Dei» quatre mois plus tôt, aurait eu sa première rencontre avec les quatre évêques intégristes ordonnés par Mgr Lefebvre à cette occasion. D’autres rencontres ont eu lieu depuis.

Fin janvier, Mgr Fellay informait sa Fraternité qu’il avait rencontré le cardinal Castrillon Hoyos fin décembre et à la mi-janvier, et que celui-ci lui avait communiqué «divers éléments qui pourraient servir à un possible accord». Mgr Fellay ajoutait qu’il avait pu «entrevoir» le pape le 30 décembre – selon " La Croix «, il aurait en effet été présenté à Jean Paul II dans son appartement privé; l’agence Zenit (Rome) écrivait de son côté dans son bulletin du 25 février: «Mgr Fellay a rencontré le pape lors de sa messe privée du matin, mais aucune parole importante n’a été échangée».

Trois hypothèses de travail

Concernant le «possible accord» dont parle Mgr Fellay, «La Croix» envisage trois pistes de travail: celle souhaitée par les lefebvristes, de donner à tout prêtre catholique la possibilité de célébrer librement la messe selon le rite de saint Pie V ou celui de Paul VI; établir le rite tridentin au niveau d’un rite particulier, comme pour les rites orientaux catholiques – solution qui inclurait la reconnaissance d’un évêque primat responsable de ce rite uni à Rome; ou alors la création d’une prélature personnelle.

De fortes divergences demeurent

Si la «bonne volonté» constatée de part et d’autre est «le» point de convergence, de fortes divergences internes subsistent sur l’opportunité même de progresser dans ce dossier, écrit «La Croix». Sans parler d’une divergence de méthode: si certains lefebvristes posent en «préalable» la possibilité pour tout prêtre de dire librement la messe tridentine, certains à Rome ne le voient pas ainsi. Ce qui a fait dire récemment au supérieur français de la Fraternité Saint-Pie X que «la bonne issue des discussions semble provisoirement compromise».

Mgr Billé: tout effort vers l’unité comporte un risque

Interrogé parle quotidien catholique français, Mgr Billé rappelle que l’enjeu du dialogue est bien entendu la communion ecclésiale, «celle pour laquelle nous prisons à chaque messe après avoir dit ou chanté le Notre Père», car «on ne peut jamais se réésigner à une situation de rupture». Mais pas à n’importe quel prix: «Il n’y a pas de communion sans vérité, sans clarté, sans réciprocité».

Pour Mgr Billé, il n’est peut-être pas très heureux de parler de «préalables» à l’aboutissement du dialogue, «à moins que l’on pense à des choses aussi fondamentales que l’acceptation de tous les conciles œcuméniques, Vatican II y compris». «Il y a place, en revanche, ajoute-t-il, pour des cheminements, des apprivoisements, des préparations, pour la conversion des cœurs, le respect mutuel, le refus des soupçons réciproques, que sais-je encore. Les conditions d’aboutissement, elles, peuvent être d’ordre très divers. Je pense à un minimum de clarté sur la situation actuelle de la Fraternité Saint-Pie X, au refus des anathèmes (au sens large de ce mot, bien sûr). Ou, encore, une chose serait de reconnaître droit de cité à un groupe auquel des années d’existence ont donné une consistance. Autre chose serait que ce groupe déclare entamer une stratégie de reconquête.»é Le risque existe aussi que la volonté d’aboutir sur ce dossier pour préserver l’unité de l’Eglise ne provoque d’autres divisions. «Une telle question n’est pas nouvelle, reconnaît Mgr Billé. Tout effort vers l’unité comporte un tel risque. C’est pourquoi on ne peut agir dans ce genre de choses qu’avec courage, mais aussi avec beaucoup de prudence. La tâche des responsables, dans ce type de démarche, est de tout faire pour que le plus grand nombre puisse comprendre, adhérer, accueillir. Par exemple, beaucoup de catholiques sont parfaitement à même d’admettre que d’autres soient attachés à une liturgie traditionnelle. Mais ils concevraient difficilement – cela d’ailleurs n’arrivera pas – que l’on mette en cause les fruits que, malgré d’inévitables limites, la réforme liturgique conciliaire a portés et continue de porter dans le monde entier.» (apic/cip/cx/be)

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