Le procès ouvert après trois ans d’»enquêtes»
Guatemala Ciudad, 23 mars 2001 (APIC) Les tentatives d’intimidation se poursuivent au Guatemala, contre les personnes chargées de faire la lumière dans l’affaire Gerardi, l’évêque de Guatemala Ciudad assassiné le 26 avril 1998. Un des juges vient en effet d’échapper à un attentat.
Quelques heures avant l’ouverture du procès – vendredi 23 mars – contre les personnes impliquées dans cet assassinat, le juge Iris Jazmin Barrios a dénoncé avoir échappé à un attentat à la grenade, dans la nuit de mercredi à jeudi. Des témoins confirment avoir vu des individus prendre la fuite après avoir lancé les grenades. Membre du collège des magistrats pour le procès Gerardi, elle a raconté que des inconnus avaient lancé deux engins explosifs vers sa maison, située dans un quartier résidentiel de la capitale. L’explosion a fait trois blessés et des dégâts matériels.
Le juge affirme qu’il ne s’agit que du dernier des actes intimidateurs dont elle a été victime ces dernières semaines. La défense des principaux accusés du meurtre de l’évêque auxiliaire de Guatemala, le colonel Byron Disrael Lima Estrada et le capitaine Byron Miguel Lima Oliva, avait inutilement demandé l’exclusion du procès de Jazmin Barrios pour conflit d’intérêts.
Mgr Gerardi a été assassiné le 26 avril 1998, deux jours après la présentation du rapport «Guatemala nunca más» (`Guatemala plus jamais’) mettant en évidence la responsabilité des forces armées pour la plupart des atrocités commises contre 200’000 victimes de la guerre civile.
Avec ce procès, le Guatemala se retrouve confronté à la terreur militaire exercée durant les 36 ans de guerre civile et qui s’est prolongée après la signature des accords de paix en décembre 1997, avec l’ouverture vendredi, après trois années de procédure, du procès des assassins présumés de l’évêque Juan Gerardi.
L’évêque Gerardi, fervent défenseur des droits de l’homme qui symbolisait pour tout un peuple la résistance face au pouvoir des militaires, avait été découvert mort dans son presbytère le 26 avril 1998, le corps roué de coups.
Quelques mois après sa mort, des associations ont édité en cinq volumes tout le travail de recherche menés par Juan Gerardi pour argumenter ses accusations. Un grand nombre de guatemaltèques conservent aujourd’hui pieusement ces ouvrages qui retracent en 1’449 pages les atrocités de la guerre.
Terribles témoignages
Des survivants des centaines de massacres menés dans les campagnes y racontent la barbarie des militaires, les viols, les tortures et les pillages à l’encontre des communautés indiennes. Le prêtre disposait également de témoignages précis sur les méthodes des services de renseignement, et sur les déplacements de population organisés par l’armée. Plus d’un million de personnes – sur 11 millions d’habitants- auraient été ainsi déplacées et environ 400’000 auraient été poussées à fuir le Guatemala pour rejoindre les pays les plus proches, notamment le Mexique, le Honduras, le Costa Rica et Bélize.
Directement accusés par plusieurs associations de défense des droits de l’homme, les militaires ont pu échapper pendant plus d’un an aux griffes de la justice. Durant cette période, cinq procureurs, tour à tour menaçés de mort, ont été chargés de poursuivre l’enquête. Trois d’entre eux sont toujours en exil avec leur famille.
En quelques mois, alors que les services de la présidence constataient la disparition dans leurs archives du «dossier Gerardi», la juge d’instruction Flor de Maria Garcia recueillait des témoignages déterminants. Elle parvenait ainsi à confondre trois militaires, un assistant de l’évêque et sa cuisinière.
Ancien chef des renseignements militaires, le colonel à la retraite Disrael Lima Estrada et deux anciens membres de l’état-major présidentiel dont son fils, le capitaine Byron Lima Oliva et l’officier Obdulio Villanueva, sont accusés d’avoir battu à mort l’évêque Gerardi.
Le proche collaborateur de l’évêque, Mario Orantes, est également accusé d’avoir participé à l’assassinat et le cinquième prévenu, l’ex-cuisinière, Margarita Lopez, est pour sa part accusée de complicité. Quelque 114 témoins et experts sont cités à comparaître durant le procès qui a été précédé, dans la nuit de mercredi à jeudi, de l’attentat à la grenade qui n’a pas fait de blessé, contre le domicile de Jazmin Barrios.
Prévue jeudi, l’ouverture du procès a été repoussée à vendredi, l’ancien chef des renseignements militaires, le colonel Lima Estrada ne s’étant pas présenté à l’audience pour des raisons de santé.
Garantir la sécurité
Le gouvernement guatémaltèque doit garantir la sécurité de toutes les personnes impliquées dans le procès relatif à l’assassinat de Mgr Juan José Gerardi, a formellement demandé Nery Rodenas, directeur de l’Office pour les droits de l’homme de l’archevêché de Guatemala Cuidad, suite à cet attentat. Selon Rodenas, les intimidations à l’encontre de Jazmin Barrios sont l’oeuvre de personnes ayant intérêt à ce que l’homicide de l’évêque auxiliaire de la capitale reste impuni. (apic/mna/ag/pr)
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