Suisse: L’historien du judaïsme Ernst Ludwig Ehrlich fête ses 80 ans à Bâle
Bâle,
(APIC) L’historien spécialiste de la tradition juive Ernst Ludwig Ehrlich, actuel vice-président du district européen de l’organisation juive mondiale « B’nai B’rith », fête ses 80 ans, mardi 26 mars. D’origine berlinoise et européen convaincu, le savant, établi à Bâle depuis la seconde guerre mondiale, est l’un des partenaires les plus éminents du dialogue entre chrétiens et juifs. Il appelle les responsables des Eglises catholiques et réformées de Suisse à s’engager pour que les paroisses et les prêtres prennent conscience du changement radical intervenu dans les relations entre le monde juif et le monde chrétien.
A la tête depuis plus trois décennies du district européen de l’influente organisation juive ramifiée à l’échelle mondiale « B’nai B’rith », Ernst Ludwig Ehrlich est membre du comité juif international pour la collaboration interreligieuse. Co-président de la commission de dialogue entre juifs et catholiques-romains de Suisse, il participe aussi à la plate-forme « chrétiens-juifs » du Comité central des catholiques allemands (ZdK). Il a représenté à de réitérées reprises les préoccupations juives, dans le cadre de consultations du Vatican sur les questions du judaïsme.
Ernst Ludwig Ehrlich a fui l’Allemagne en 1943 et s’est installé à Bâle, dont la Faculté de théologie réformée lui a d’ailleurs décerné le titre de Docteur honoris causa. Professeur d’histoire et de littérature contemporaine juives à l’Université de Berne, il a également donné des cours à Zurich, Francfort et Berlin, comme professeur honoraire. Il a été distingué en 1956 déjà par le Prix Leo-Baeck et décoré en 1976 de la médaille « Buber-Rosenzweig ». Il porte également la Croix du mérite de la République fédérale d’Allemagne.
B de Pie IX: « une gifle pour les juifs »
Interrogé par l’agence APIC sur l’état du dialogue entre chrétiens et juifs, l’historien le déclare sans ambages: l’Eglise catholique doit annoncer de façon plus engagée le changement de ses rapports avec le monde juif, cela à travers la formation des prêtres et au sein des paroisses.
La base ecclésiale n’a pas été informée en profondeur du changement radical et du rapprochement intervenu dans chrétiens et juifs, et cela aussi bien dans les communautés réformés que catholiques. Pour Ernst Ludwig Ehrlich, les déclarations des grandes Eglises suisses n’ont de loin pas encore trouvé un écho à la base. « Les responsables ecclésiaux doivent plus s’investir pour faire passer le message à leurs fidèles », estime le scientifique.
Le pape Jean Paul II fait beaucoup pour donner une nouvelle orientation aux rapports entre chrétiens et juifs. Pour Ernst Ehrlich, la béatification du pape Pie IX constitue un recul dans le processus de rapprochement amorcé entre les deux communautés, déplore Ernst Ehrlich. Pie IX a enlevé un enfant juif et aurait été, selon l’historien, « un antisémite professionnel ». Les juifs ont reçu sa béatification comme une gifle. Ils l’ont interprétée comme un profond manque d’égard. Ernst Ehrlich y voit le signe « que l’on manque encore cruellement de sensibilité face au judaïsme, du côté catholique ». (apic/kna/wm/mjp)
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