Les Eglises protestantes ne sont pas des Eglises de 2ème classe
Berlin, 4 février 2001 (APIC) L’évêque luthérienne allemande Margot Kassmann a critiqué, lors d’une réunion à Berlin du Conseil œcuménique des Eglises (COE), la déclaration vaticane «Dominus Iesus». Elle estime que, contrairement à ce qu’indique le document romain, «les Eglises protestantes ne sont pas des Eglises de deuxième classe».
Margot Kassmann, évêque de l’Eglise évangélique luthérienne de Hanovre, affirme que les Eglises protestantes sont des Eglises au sens propre. La publication de «Dominus Iesus», sur l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ, en septembre dernier, a provoqué la consternation générale, notamment dans les cercles protestants. La déclaration affirme que les Eglises qui n’ont pas conservé l’épiscopat valide et la substance authentique et intégrale du mystère eucharistique ne sont pas des Eglises au sens propre.
Lors d’une réunion organisée à Berlin dans le cadre de la rencontre du Comité central du Conseil oecuménique des Eglises (COE) – qui se tient à Potsdam, du 29 janvier au 6 février – l’évêque luthérienne a contesté que les Eglises allemandes soient des Eglises de deuxième classe ou seulement «des communautés ecclésiales», comme les décrit le document du cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi.
Des remarques romaines qui ne seraient pas fondées sur les Ecritures
Ce qui est écrit dans le document «ne représente pas du tout la conception luthérienne de l’Eglise», a affirmé Margot Kassmann. Selon l’agence de presse œcuménique ENI à Genève, la théologienne allemande ne pense pas que les remarques faites sur l’Eglise dans le document soient fondées sur la Bible. «Il ne fait aucun doute que nos Eglises sont des Eglises au sens propre! Notre ministère – et notre ministère épiscopal – est un ministère authentique, selon l’enseignement de Jésus-Christ.»
Martin Luther, a-t-elle ajouté, a souligné que l’Eglise de la Réforme n’était pas une nouvelle institution mais était en continuité avec l’ancienne Eglise. L’évêque Kassmann, qui s’exprimait lors d’un débat sur l’avenir de l’oecuménisme en Europe, a appelé les Eglises européennes à mettre de côté les divergences doctrinales et à présenter une voix chrétienne commune pour l’Europe «L’Europe ne doit pas être façonnée seulement dans l’esprit de l’Euro et de la bureaucratie. L’Europe a besoin d’une âme. Nous devons apprendre que nous baptisons au sein de l’Eglise une de Jésus-Christ, qu’il y a reconnaissance mutuelle du ministère et que nous pouvons nous inviter les uns les autres à la célébration de l’eucharistie.»
En même temps, a-t-elle poursuivi, les Eglises doivent présenter au monde extérieur des critères éthiques clairs pour l’Europe. «Face au monde extérieur, nos divergences internes sont relativement peu importantes. La Conférence des Eglises européennes (KEK) et le COE ne doivent pas être seulement des lieux de rencontre, mais des lieux où la voix chrétienne en Europe peut franchir les frontières nationales.»
Un climat oecuménique actuellement décevant
Pour l’évêque Kassmann, il ne sera pas facile de développer un témoignage commun des Eglises en Europe, «car le climat oecuménique est actuellement décevant.» Faisant remarquer qu’il y avait une «autre tendance anti-oecuménique» au sein de certaines Eglises orthodoxes, l’évêque luthérienne a évoqué une déclaration adoptée l’an dernier par le Synode des évêques de l’Eglise orthodoxe russe, qui affirmait que l’Eglise orthodoxe russe était l’Eglise authentique et non juste une Eglise parmi d’autres.
Dans certains secteurs orthodoxes, l’oecuménisme est comparé à l’hérésie
«Dans certains secteurs – même si ce n’est pas dans tous – de l’Eglise orthodoxe, l’oecuménisme est compare à l’hérésie, a-t-elle dit. En particulier, l’Eglise orthodoxe russe met une grande distance entre elle-même et le mouvement oecuménique, même si pendant les années de la guerre froide, elle a pu utiliser le mouvement oecuménique comme plate-forme», regrette l’évêque Kassmann, en faisant référence au fait que durant la guerre froide les Eglises situées derrière le rideau de fer ont pu établir des contacts avec le monde extérieur grâce à leur adhésion au COE, et recevoir des gouvernements communistes l’autorisation d’envoyer des délégués aux réunions de l’organisation.
Margot Kassmann, la seconde femme en Allemagne à devenir évêque de confession luthérienne, est la cheffe de l’Eglise évangélique luthérienne de Hanovre. Elle est très engagée dans le mouvement oecuménique. Elle est membre du Comité central du COE depuis 1983. En 1991, elle a été élue au Comité exécutif du COE dont elle est restée membre jusqu’en 1998. (apic/eni/be)
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