B Une Eglise tente de sauver les sans-abri du froid, de l’indifférence et de la mort
Berlin, 5 février 2001 (APIC) Lothar était professeur d’université en Allemagne de l’Est avant de perdre son emploi. La faute aux bouleversements politiques et sociaux engendres par la réunification de l’Allemagne en 1990. Lothar a commencé à boire. Et la descente a encore été plus vertigineuse après avoir perdu et sa famille et son logement. Reportage, à Berlin, où une Eglise tente de sauver du froid, de l’indifférence et de la mort les sans-abri de cette ville.
Durant les huit années qui suivirent, il a essaye de survivre dans les rues de Berlin. « Je pensais que je buvais parce que je vivais dans la rue. En réalité je vivais dans la rue parce que je buvais, aussi ai-je un beau jour décidé de changer ».
C en 1998, alors que Lothar entrait en titubant dans l’église protestante de la Sainte-Croix (Heilig-Kreuz-Kirche), dans le quartier multiracial de Kreuzberg, à Berlin, que sa vie a pris un nouveau tournant. Aujourd’hui, Lothar – qui n’a pas bu une goutte d’alcool depuis deux ans – dirige le programme d’aide sociale mis sur pied par Heilig-Kreuz-Kirche pour les quelque 12’000 sans-abri de Berlin. Il vit dans un complexe que possède l’Eglise et qui abrite six Berlinois qui ne boivent plus d’alcool et 34 autres qui luttent pour se sortir du problème qui les a jetés à la rue.
En novembre dernier, alors que le local devenait trop petit pour accueillir les sans-abri, l’Eglise a décidé de déplacer une partie de son programme dans un bâtiment plus grand, sans demander l’autorisation du gouvernement. Un bâtiment proche du centre que gère Lothar. Il n’existe aucun contrat ferme pour ce nouveau local et « c’est une horrible situation », déplore Christiane Pfortner, coordinatrice du programme. « Nous pouvons être mis à la porte à tout moment, mais nous avions besoin de ce local. Il était d’ailleurs inoccupé depuis cinq ans. Impossible d’attendre encore une autorisation, aussi avons-nous décidé de déménager ».
Formation
D ce bâtiment, les sans-abri de Berlin peuvent trouver un abri temporaire, prendre leur repas, recevoir une assistance médicale, faire leur lessive, pratiquer un sport et se détendre. Le local comprend aussi des ateliers ou ils peuvent suivre une formation – ébénisterie, photographie, et réparation de bicyclettes – ce qui peut les aider à trouver un emploi. D’autres activités, comme l’aide juridique pour les immigrants illégaux et un café, se trouvent aussi dans le complexe.
Heilig-Kreuz-Kirche fait partie d’un réseau de 70 Eglises et organisations non gouvernementales de Berlin – AG Leben mit Obdachlosen (Association d’aide aux sans-abri). L’Association coordonne les activités de ses agences membres, et assure un service téléphonique qui indique aux sans-abri l’adresse d’un centre proche où il y a de la place. L’Association représente aussi les sans-abri dans les débats publics et les entretiens avec les représentants du gouvernement.
« Nos infrastructures sont impuissantes, déclare Joachim Ritzkowsky, un ancien pasteur de Heilig-Kreuz-Kirche qui participe activement au programme. Le gouvernement doit, conformément à la loi, trouver une place pour toute personne sans-abri, mais à dessein il ne donne jamais de chiffres dépassant le nombre de lits disponibles car il devrait alors reformer le système et trouver des lits supplémentaires ».iAvarice du gouvernement
Les ressources données par le gouvernement sont insuffisantes. « C’est un problème, déplore le pasteur Ritzkowsky, car le nombre des sans-abri augmente ». Pas étonnant, dès lors, que Heilig-Kreuz-Kirche et AG Leben mit Obdachlosen essaient de s’agrandir pour répondre aux besoins toujours croissants. L’Association exerce des pressions sur le gouvernement pour qu’il multiplie les centres d’accueil pour les femmes. « Aujourd’hui, environ 10% des sans-abri sont des femmes. Or il n’y a qu’un centre a Berlin pour elles ».
Apres la mort, causée par le froid, d’un sans-abri au début de l’hiver, Heilig-Kreuz-Kirche a mis en place un bus de nuit qui parcourt les rues de Berlin à la recherche de sans-abri « trop mal en point pour chercher un centre. Trop d’entre eux s’enfoncent dans la mort. Nous devons arrêter cela », conclut le pasteur Ritzkowsky. (apic/eni/pr)
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