Le bilan d’une visite à Bagdad conclut à l’urgence

Belgique: Caritas Europe réclame la fin des sanctions contre l’Irak

Bruxelles, 6 février 2001 (APIC) Dans un rapport présenté le 5 février à Bruxelles, des responsables de Caritas Europe ont lancé un appel à une suspension immédiate des sanctions, prises il y a dix ans contre l’Irak. L’impact de ces sanctions est à l’inverse du but recherché: elles n’ont pas renversé le régime de Bagdad, mais elles ont sacrifié tout un peuple.

Le rapport de Caritas Europe fait suite à la récente visite de quelques responsables des Caritas du Moyen Orient et d’Europe. Ils ont séjourné en Irak du 5 au 9 janvier et ont été accueillis par leur organisation partenaire, la Confrérie de la Charité.

L’objectif de la mission était d’évaluer l’impact des sanctions prises contre l’Irak depuis l’invasion du Koweït en 1990. Les sanctions avaient pour objectif initial d’obtenir de l’Irak son retrait du Koweït. Cet objectif fut atteint par la guerre du Golfe. Or, note la déléégation, il n’y a pas eu d’assouplissement des sanctions par la suite. Au contraire, sous la pression des Etats-Unis, l’attention s’est focalisée sur l’élimination des armes de destruction massive et sur la réduction du potentiel de fabrication d’armement nucléaire ou chimique. Plus de 2500 sites irakiens ont été visités en une décennie d’inspection et la mission s’est encore conclue sur des doutes en 1998. Peu après, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne lançaient un bombardement aérien de 70 heures sur l’Irak. Cette Opération « Renard du Désert » ne pouvait plus expliquer la politique américaine par l’occupation du Koweït: l’objectif avoué était cette fois le renversement de Saddam Hussein. Mais pareil objectif est tout à fait contraire à la Charte des Nations Unies, puisqu’il bafoue le principe de la souveraineté des nations.

Pendant ce temps, les sanctions ont provoqué « des souffrances indescriptibles, physiques, mentales et culturelles, pour des millions de personnes », note Caritas.

La délégation s’est rndue en Irak après une période de recherche, de réflexion et d’étude, notamment sur base de la documentation existante fournie par des partisans et opposants aux sanctions contre l’Irak. La délégation a visité Bagdad, Mosul dans le Nord et Najaf dans le Sud du pays et plus particulièrement les hôpitaux, notamment l’hôpital national irakien du cancer, l’institut et l’hôpital de radiologie et de médecine nucléaire, des cliniques, des programmes de consultation pour nourrissons et des installations de traitement de l’eau.

Nombreux rendez-vous

Des réunions ont eu lieu avec de hauts responsables de l’Eglise catholique à Bagdad, à commencer par le patriarche chaldéen Bidawid, mais aussi d’autres évêques, dont Mgr Poulos Dahdah (pour les catholiques latins), Mgr Matthew Matoka (pour la communauté syrienne), Mgr Paul Coussa (pour la communauté arménienne). La délégation a également rencontré des représentants du régime : le vice-Premier ministre Tarik Aziz, le président du parlement, les ministres de la Santé, du Culte, de l’Information. Des contacts ont également été pris avec des représentants de diverses organisations. « Tuer un homme dans une forêt, c’est un crime que la loi condamne. Mais quand il s’agit de tuer une nation, on dirait que le crime reste matière à débat », s’est étonné le patriarche Bidawid dans un message remis à la délégation. « Les critères appliqués en matière de droits humains, s’étonne-t-il, sont devenus une parodie de justice quand on voit l’impact des sanctions contre l’Irak. L’utilisation d’uranium appauvri dans les projectiles lancés contre une population innocente et sans défense est considérée par l’ONU comme une nécessité de la guerre. En revanche, une déclaration mineure d’un responsable irakien est considéré comme un acte belliqueux. Chaque mois, 5000 bébés et enfants meurent; d’autres naissent mal formés ou porteurs d’autres maladies graves comme le cancer et surtout la leucémie. Cela n’aurait-il rien à voir avec le droit international ? Vous aurez vu de vos propres yeux les effets des armes meurtrières sur la vie des enfants irakiens. Je prie Dieu pour qu’il fasse de vous des témoins de vérité ».

Les bombes et missiles lancés sur l’Irak ont déployé une puissance de feu totale équivalent à 7,5 fois la bombe atomique qui a réduit en cendres Hiroshima. Pour la première fois, l’uranium appauvri a été utilisé et quelque 900 tonnes de déchets radioactifs ont été déversés sur l’Irak, selon l’ancien ministre américain de la Justice Ramsey Clarke.

Pétrole contre nourriture?

On présente parfois le programme « Pétrole contre nourriture » comme une alternative aux sanctions, laissant entendre qu’il s’agirait d’une aide humanitaire internationale en échange d’une levée de l’embargo moyennant certaines conditions. En fait, explique le rapport de Caritas Europe, ce programme, imaginé pour l’Irak en 1995 et opérationnel depuis fin 1996, n’a permis d’acheminer de la nourriture et des médicaments qu’en mars 1997. Programme humanitaire? Tous ses frais sont couverts par la vente du principal produit d’exportation de l’Irak: le pétrole. De plus, tous les contrats doivent être approuvés par le Bureau de l’ONU pour le programme relatif à l’Irak et principalement par le Comité des sanctions créé par une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU. Toutes les recettes sont versées sur un compte bloqué sous contrôle de l’ONU à la Banque Nationale de Paris-Paribas à New York. Bien qu’un accord sur des versements en espèces soit intervenu en décembre 1999, en vertu de la résolution du Conseil de sécurité 1284, aucune somme n’a jusqu’à présent été reçue par l’Irak.

En outre, 25 % des revenus du pétrole sont attribués au Fonds de compensation pour les réparations de guerre externes: 15 % sont retenus pour les programmes de l’ONU dans les trois régions du Nord, Dihouk, Arbil et Suleimaniyeh ; 3% sont déduits pour les frais de fonctionnement du programme (y compris les dépenses en personnel en Irak, à New York ou à Genève…). Ainsi 43% des revenus du pétrole sont déduits à la source. En août dernier, dix ans après le début de l’invasion du Koweït par l’Irak, le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine avait déjà réclamé la fin des sanctions contre l’Irak. Ces sanctions, expliquait-il, « sont cruelles parce qu’elles punissent exclusivement le peuple irakien et les plus faibles d’entre eux. Elles sont inefficaces parce qu’elles n’affectent pas le régime, qui n’est pas encouragé à coopérer et elles sont dangereuses parce qu’elles […] renforcent la désintégration de la société ». (apic/cip/pr)

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