Etats-Unis: Les institutions de bienfaisance doivent-elles accepter l’argent de Washington?
New York, 13 février 2001 (APIC) L’initiative lancée par le président des Etats-Unis George W. Bush qui vise à augmenter le soutien fédéral aux organisations religieuses et institutions pour leurs services sociaux a provoqué des réactions mitigées au sein des communautés religieuses de la nation. Dans une lettre adressée le 30 janvier au président Bush, 19 organisations nationales se sont déclarées inquiètes des conséquences de cette proposition sur la séparation entre l’Eglise et l’Etat.
L’initiative annoncée durant les interventions du nouveau président à la fin janvier permettrait aux organismes religieux de demander quelque 10 milliards de dollars EU pour différents programmes sociaux – ce qui veut dire que la gestion de nombreux programmes reviendrait à des groupes religieux et à des institutions de bienfaisance. Le plan prévoit aussi l’ouverture d’un bureau à la Maison-Blanche chargé des initiatives religieuses. Le président Bush veut aussi encourager les Américains à donner plus d’argent aux institutions de bienfaisance en proposant des déductions plus importantes aux contribuables qui versent des fonds aux groupes religieux.
George W. Bush, membre de l’Eglise méthodiste unie, estime par ailleurs que les groupes religieux sont souvent dans une meilleure position que le gouvernement fédéral pour aider les défavorisés. Il a cependant précisé que le gouvernement fédéral doit maintenir la séparation constitutionnelle officielle entre l’Eglise et l’Etat, et que les fonds fédéraux ne devraient pas être utilisés à des fins expressément religieuses.
Inquiétude dans les milieux civiques et religieux
Dans une lettre adressée le 30 janvier au président Bush, 19 organisations nationales – entre autres des associations de défense des droits et libertés civiques et des groupes religieux, notamment la Commission baptiste sur les affaires publiques – se sont déclarées inquiètes des conséquences de cette proposition sur la séparation entre l’Eglise et l’Etat. La lettre exhorte le président Bush à donner l’assurance que les groupes recevant des fonds fédéraux n’exercent aucune discrimination fondée sur la religion.
Certains responsables catholiques, protestants et juifs, tout comme les groupes d’homosexuels craignent que les propositions ne puissent entraîner la discrimination à l’égard des homosexuels de la part des institutions religieuses recevant des fonds de l’Etat.
Du côté conservateur notamment, l’initiative est jugée pratique et nécessaire pour aider les défavorisés. «Les programmes fondés sur la religion ont une chance de succés là où les efforts du gouvernement ont échoué», a souligné Amy Sherman, spécialiste en politique sociale de l’Institut Hudson, de tendance conservatrice. «Les initiatives basées sur la religion ont des ressources humaines – des gens prêts à s’investir pour aider les autres, a-t-elle dit. Ces programmes peuvent être novateurs, personnels et flexibles.»
«Avancer avec prudence»
Pour le pasteur luthérien James Wind, président de l’Institut Alban qui se consacre à l’analyse des paroisses aux Etats-Unis, les Eglises doivent s’avancer avec prudence. Aux Etats-Unis, a-t-il rappelé, la majorité des communautés sont petites et ont des ressources limitées. Un quart d’entre elles n’ont même pas de budget officiel.
Evoquant un autre aspect de la question, James Wind, a fait remarquer que le rôle des Eglises ne se limite pas à cet aspect social. Les Eglises doivent s’occuper de la pastorale, du culte, et si nécessaire, être la voix prophétique qui critique le gouvernement et la société en général, lorsqu’elles le jugent nécessaire. «Ce sont des rôles aussi importants pour notre culture et notre société que le ministère social», a-t-il dit. Or, une Eglise qui accepte de l’argent de l’Etat pourrait avoir à choisir entre son rôle prophétique – prendre position sur une question d’actualité – et l’assurance de garder les fonds de l’Etat. (apic/eni/bb)
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