Difficile pour une femme de se réaliser au sein de l’Eglise!

Etats-Unis: Pour Sœur Chittister, l’Eglise ne peut parler au monde sans écouter les femmes

Rome, 13 février 2001 (APIC) L’Eglise qui n’écoute pas la voix des femmes s’éloigne d’elles, et donc de «la moitié du monde», affirme Sœur Joan Chittister, une théologienne bénédictine américaine, dans une interview à Rome. La religieuse, qui vit et travaille à Erie, dans l’Etat de l’Ohio, est très connue dans les milieux progressistes américains pour son plaidoyer en faveur de la justice sociale et de la place des femmes dans l’Eglise. Son message ne fait pas l’unanimité: des évêques interdisent même à leurs diocésains d’assister à ses conférences.

Aux Etats-Unis, certains évêques la critiquent, mais ses conférences ont beaucoup de succès. Elle sera l’invitée, en avril prochain, du congrès national des éducateurs catholiques, qui réunira pendant quatre jours à Milwaukee 12’000 représentants de tous les milieux éducatifs et scolaires des diocèses américains – Mgr Milliers, évêque de Peoria (Illinois) et Mgr Wulfran, évêque de Pittsburgh (Pennsylvanie), ont pourtant interdit à leurs diocésains d’y participer…

Sœur Chittister a été interviewée par l’agence de presse «Vidimus Dominum» à l’occasion d’un récent séjour à Rome, où elle était invitée à donner une conférence sur la spiritualité pour le nouveau millénaire. «La spiritualité va au-delà des catéchismes, au-delà des doctrines, explique-t-elle, elle est au-dessus des décrets, elle signifie tourner son âme vers le centre de la volonté de Dieu. La spiritualité veut dire aller vers Dieu. La religion est liée à l’histoire, à l’évolution de l’homme, tandis que la spiritualité consiste essentiellement à s’orienter vers Dieu.»

La religieuse se souvient : «Quand nous étions jeunes, nous faisions librement usage du terme ’païen’, car tout dans le monde était pour nous païen, tandis que nous, nous ne l’étions pas. Maintenant, quand je marche dans les rues de Rome, de New York, d’Erie, je vois des personnes appartenant à des religions non chrétiennes, et je vois aussi les signes de la présence des confessions chrétiennes, des méthodistes, des protestants et d’autres. Alors je commence à comprendre que je me trouve vraiment dans un monde différent, et Dieu est à l’œuvre en chacun de nous. La spiritualité me rend alors capable de prendre conscience de mes origines, afin de savoir qui je suis, sans me séparer des gens. La spiritualité me permet de reconnaître que nous sommes tous les fils de Dieu, tandis que la religion me fait voir les différences !»

Un monde qui ne tient que sur une jambe

Pour la religieuse américaine, l’Eglise ne peut pas parler au monde si elle n’écoute pas la voix des hommes et surtout celle des femmes. «Si elle n’écoute pas la moitié du monde, l’Eglise reste lointaine. Tant que les femmes resteront invisibles au sein de l’Eglise et de la société, dans le travail théologique, dans les ministères, dans le développement de la doctrine et des documents, nous aurons un monde qui ne voit que d’un œil, qui n’écoute que d’une oreille, qui ne se tient debout que sur une jambe.»

Quand on lui demande comment une sœur peut être authentiquement religieuse et femme, Sœur Chittister répond : «Aucune femme ne peut se sentir pleinement réalisée au sein de l’Eglise, car ne nous sommes pas théologiquement actives. Les religieuses ne sont pas différentes des autres, et les femmes ne sont pas uniquement des objets sexuels, du moins pas plus que ne peut l’être un homme. Cet aspect n’épuise pas notre nature de femmes. Notre humanité réside plutôt dans l’intellect, dans la volonté, dans notre recherche de Dieu. Pour l’instant une femme ne parvient pas à se réaliser pleinement comme être humain au sein de l’Eglise, du moins tant qu’elle n’y participera pas pleinement et qu’elle ne sera pas coresponsable.»(apic/cip/vd/bb)

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