Paris: Le P. Verspieren analyse les enjeux éthiques de la découverte sur le génome humain

«Les gènes ne devraient pas être brevetables»

Paris, 13 février 2001 (APIC) La nouvelle carte du génome humain révèle qu’il est composé de 30’000 gènes et non 100’000 comme tout le monde le croyait. Le Père Patrick Verspieren, directeur du département d’éthique bio-médicale du Centre Sèvres à Paris analyse les enjeux éthiques de cette découverte. Pour lui, les gènes ne devraient pas être brevetables. «C’est à tort qu’on parle de brevétisation du vivant», affime-t-il dans les colonnes de «La Croix» du 13 février.

Face à la découverte sur la structure du génome humain, révélée sumultanément le 12 février par les revues anglo-saxones «Science» et Nature», le Père Verspieren se réjouit de voir que ces connaissances fassent maintenant partie du domaine public, donc accessibles à tous les chercheurs et scientifiques du monde entier. «On a toujours hésité sur le nombre de gènes humains. Qu’il y en ait 100’000, 50’000 ou 30’000 ne change pas grand chose au fond. Cela veut peut-être dire que le génome humain est assez proche du génome des êtres élémentaires», souligne le scientifique du Centre Sèvres. «Certains ont voulu réduire l’espèce à son génome, et l’être à ses gènes. Ceux-ci ont certes un rôle dans le fonctionnement des cellules, mais ils n’expliquent pas tout de la personnalité de l’être humain», poursuit Patrick Verspieren.

Mise au point de nouveaux médicaments

Le Père Verspieren pense que la découverte permettra de mieux comprendre certaines maladies et de mettre au point de nouveaux médicaments. «On peut dire qu’une ère nouvelle s’ouvre pour l’industrie pharmaceutique, notamment pour le traitement de maladies considérées jusqu’à présent comme incurables», prévoit le scientifique.

Parmi les dérives possibles, se posera notamment la question de la brevétisation des gènes, «c’est-à-dire de l’accaparement des connaissances par les firmes pharmaceutiques qui ont le plus de moyens», affirme Patrick Verspieren. «On parle parfois de brevétisation du vivant. A tort. Les gènes ne devraient pas être brevetables, mais uniquement les nouveaux traitements qui s’appuient sur les connaissances génétiques». Le scientifiques reconnaît qu’il est cependant légitime de breveter les secrets de fabrication de médicaments, qui nécessitent souvent de lourds investissements.

Attention aux tests génétiques

Y a-t-il d’autres risques face à ces nouvelles découvertes sur le génome humain? Le père Verspieren met en garde contre les illusions que peuvent engendrer ces nouvelles données scientifiques, en laissant entendre que toutes les maladies auraient une origine génétique. «Il ne faut pas abandonner les autres voies de recherche», prévient-il. Un deuxième risque réside dans la multiplication des tests génétiques, au risque de réduire les personnes à leurs particularités génétiques, «alors qu’elles ne développent pas nécessairement les maladies dont elles sont peut-être porteuses».

Par ailleurs, prévient Patrick Verspieren, au fur et à mesure que des tests de ce genre se multiplieront, les spécificités génétiques des individus seront de plus en plus connues et pourront être utilisées à d’autres fins que thérapeutiques, notamment par les employeurs et les assureurs. «Il va donc falloir veiller de près aux règles concernant le secret médical et la circulation des informations concernant les particularités génétiques de chacun». (apic/lacroix/bb)

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