Le patriarche d’Antioche de l’Eglise grecque-melkite prépare le voyage du pape en Syrie

APIC Interview

Une visite organisée par les Eglises chrétiennes de Syrie

Caroline Boüan, pour l’agence APIC

Rome, 14 février 2001 (APIC) Venu à Rome du 10 au 15 février avec un pèlerinage de 700 fidèles des cinq continents, le nouveau patriarche d’Antioche de l’Eglise grecque-catholique melkite, Grégoire III, s’est entretenu le 12 février avec Jean Paul II de son prochaine voyage en Syrie, qui aura lieu au début du mois de mai 2001. Il veillera à donner une dimension œcuménique à l’événement, en invitant les principales Eglises chrétiennes du pays à participer à sa préparation.

Le patriarche représente à Damas l’Eglise catholique la mieux implantée en Syrie, où l’on compte environ 300’000 melkites, aux côtés de près de 800’000 orthodoxes qui partagent la même liturgie, et de communautés plus petites, unies à Rome ou non, des Eglises syriennes, arméniennes, chaldéennes, maronites et latines. Le tout dans un pays où 87 % des habitants sont musulmans.

Grégoire III affirme qu’il préparera la venue du pape à Damas avec toutes les Eglises présentes en Syrie, catholiques comme orthodoxes, avec lesquelles il vit en excellentes relations. Le patriarche cherchera même à impliquer l’ensemble de la population syrienne.

Si le programme de la visite n’est pas encore complètement défini, il se caractérise déjà par une forte connotation œcuménique. « Nous avons demandé au patriarche grec-orthodoxe Ignace IV de nommer un représentant dans le comité de préparation qui est présidé par mon vicaire patriarcal à Damas, Mgr Elias Batikha. Ce comité prépare les rencontres des différents chefs d’Eglise avec Jean Paul II, l’organisation des détails liturgiques, la mise en place des lieux qui vont accueillir le pape, ou encore la réalisation d’un fascicule intitulé « l’Eglise syrienne qui prie », qui présentera notamment l’histoire de la Syrie chrétienne et une carte des voyages de Paul », souligne Grégoire III.

APIC: Quel éléments du programme pouvez-vous déjà révéler?

Grégoire III:: A Damas, il y aura une rencontre du pape avec tout le clergé de Syrie, tant catholique qu’orthodoxe, en plus de la cérémonie présidée par Jean Paul II dans le grand stade, qui peut accueillir 40 à 50’000 personnes, à laquelle seront également présents les chefs des autres Eglises non catholiques. La célébration aura lieu en rite latin, mais avec de nombreux apports de chants et de gestes liturgiques propres aux autres traditions. Enfin, l’orchestre d’Etat « la Symphonie syrienne », qui est composé de musulmans, animera lui-aussi une partie de la célébration.

APIC: La visite de Jean-Paul II aura-t-elle également un caractère politique ?

Grégoire III: Le pape vient faire un pèlerinage religieux sur les pas de Saint Paul. Mais le religieux n’est pas désincarné des réalités humaines, et une vraie parole religieuse est toujours une parole « politique », au sens ancien du mot qui évoque le souci du bien commun. On ne peut pas faire de religion dans faire de « politique », c’est-à-dire sans s’intéresser aux gens de près, à leur travail, à leur situation économique, à la convivialité entre leurs différentes communautés, et à leurs bonnes relations avec les musulmans.

C’est donc une bonne chose si, par exemple, je peux avoir une influence politique pour faire progresser la situation des chrétiens du Moyen-Orient, et les encourager à ne pas émigrer. Je m’attelle personnellement à cette mission en tant que patriarche, et c’est véritablement une mission, car c’est tout ce contexte qui rend les chrétiens capables de donner leur témoignage de l’Evangile.

J’ai été reçu pour ma part par le président syrien, Bachar el-Assad, dès mon arrivée officielle à Damas, le 6 janvier, après mon élection comme patriarche. Nous avons consacré la moitié de cet entretien d’une heure à discuter de la venue de Jean Paul II. Le président tient beaucoup à préparer cette visite et il voudrait qu’elle soit la plus importante en signification dans la série des voyages du pape au Moyen-Orient. Il m’a dit lui-même que « si la Palestine est la terre de la naissance de Jésus, la Syrie est celle de la naissance du christianisme ».

APIC: Quel peut être l’impact de la venue de Jean-Paul II dans le contexte des relations tendues entre Israël et les Palestiniens ?

Grégoire III: Je suis convaincu de l’importance de sa visite pour la paix et l’équilibre du monde arabe. Je me montre sévère à ce sujet à l’égard d’Israël. Mais si je demande à Ariel Sharon de prendre la voie de la paix, ce n’est pas tant pour les Palestiniens que pour les juifs eux-mêmes, qui ont peu d’enfants, dont beaucoup quittent le pays, et qui seraient nettement moins nombreux sans l’arrivée de juifs venus de Russie et d’Ethiopie.

J’invite donc les Israéliens à faire la paix, pour avoir la paix, tandis que je rappelle aux Palestiniens que la violence ne sert à rien. Il s’agit souvent pour eux de défendre leurs biens. Mais c’est un grand danger pour la société palestinienne de se voir poussée à défendre ces biens par des réactions violentes. Cela crée une atmosphère très négative, chez les enfants en particulier.

APIC: Avez-vous abordé cette question avec Jean Paul II ?

Grégoire III: Nous avons surtout parlé avec le pape de l’enjeu œcuménique de sa visite. Il nous a redit que c’est son grand souci, et nous avons insisté de notre côté sur le rôle d’intermédiaire que nous avons en Syrie, entre la tradition orthodoxe et la tradition latine. Nous sommes fiers de ce rôle, et persuadés que notre collaboration peut apporter beaucoup à la réflexion dans la recherche de l’unité des chrétiens.

En 1996, nous avons entrepris de recomposer l’unité du patriarcat apostolique d’Antioche, divisé entre grec-catholiques et grec-orthodoxes depuis 1724. Depuis, le travail dans ce sens s’est un peu ralenti, du fait que mon prédécesseur, le patriarche Maxim V Hakim était âgé et malade. Pour ma part, je suis depuis longtemps l’ami d’Ignace IV Hazim, le patriarche grec-orthodoxe d’Antioche, et je souhaite relancer avec lui cette initiative. C’est nécessaire aussi pour le dialogue islamo-chrétien que nous souhaitons entreprendre.

APIC: Avant l’arrivée du pape, vous célébrerez cette année la fête de Pâques le même jour que les orthodoxes.

Grégoire III: Cette année en effet, les calculs astrologiques nous permettent de célébrer Pâques le même jour ! Mais nous espérons bien qu’il n’y aura pas de retour en arrière en 2002 ! Notre peuple demande de manière incessante que les deux Eglises puissent définitivement célébrer Pâques ensemble.

Je suis sûr pour ma part qu’il est possible concrètement de mettre cela en place. Lorsque j’étais évêque auxiliaire des grecs-melkites à Jérusalem, jusqu’au mois de novembre dernier, nous nous sommes montrés là-bas les plus courageux sur ce point : à Jérusalem, on ne peut pas changer les dates de Pâques à cause des touristes. Mais de mon côté, j’ai personnellement invité les fidèles grecs-melkites, dans les villages, à fêter Pâques en même temps que les orthodoxes. L’année dernière, donc, ils ont fêté Pâques une semaine après moi !

Depuis, nous avons donc fait une demande dans ce sens à toutes les communautés chrétiennes de Syrie, en vue des prochaines années. Si nous avons leur accord, nous espérons pouvoir annoncer cela au moment de la venue de Jean Paul II. En Syrie, nous voulons une Eglise une. Nous voulons marcher ensemble. (apic/imed/bb)

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