Viande suspecte et déchets radioactifs

La Corée du Nord va-t-elle devenir une décharge ?

Rome, 19 février 2001 (APIC) La Corée du Nord, touchée par une famine qui dure depuis sept ans déjà, est-elle en train de devenir la «décharge» de la planète? Après avoir demandé la viande à risque de la maladie de la vache folle, Pyongyang a offert d’accueillir des déchets radioactifs.

Selon l’agence Fides (Vatican), qui dépend de la Congrégation romaine pour l’Evangélisation des peuples, Pyongyang a demandé à l’Allemagne de recevoir la moitié au moins des 400’000 têtes de bétail à risque de la maladie de la vache folle, déjà destinées à être abattues. La proposition transmise à Berlin par l’Agence humanitaire allemande CAP ANAMUR, a fait grand bruit dans les médias internationaux et suscité des questions morales et des avis contraires.

D’après certains observateurs, envoyer des denrées alimentaires peu sûres dans des pays du Sud du monde est le triomphe du cynisme. Mais détruire des quantités de viande sûre, sur lesquelles le test ESB n’a rien donné, pour la seule raison qu’elle n’est pas consommée, c’est du gaspillage, «une insulte à la Providence», déclarent des missionnaires.

Selon Manfred Haertl, président de la Fédération des bouchers allemands, 200’000 têtes de bétail au moins sur lesquelles le test ESB s’est révélé être négatif sont destinées à être abattues et incinérées à cause de l’effondrement de la consommation de viande bovine (80 % en moins par rapport à la consommation moyenne nationale).

La question se déplace vers le domaine des excédents alimentaires: des tonnes de viande garanties par des certificats sanitaires de l’Union Européenne risquent d’être inutilisées et détruites, car il est impossible de les vendre, étant donné la méfiance des consommateurs occidentaux.

Dans ce cas, ont déclaré à Fides les agents humanitaires, se pose le problème de financer le stockage et l’envoi des denrées à des pays du tiers monde. Certains ont même envisagé l’utilisation du réseau de transport et de distribution du Programme alimentaire mondial de l’ONU (PAM).

Deux conditions sur trois

Dans un entretien accordé à Fides, Francesco Luca, porte-parole du PAM auprès de la presse italienne, déclare que le PAM n’a reçu aucune demande officielle… «La politique du PAM pour le transport d’aides alimentaires, quand il y a déjà un accord bilatéral entre deux pays, doit remplir trois conditions: les denrées alimentaires doivent posséder une garantie sanitaire médicale rigoureuse, fournie par le pays donateur; le gouvernement du pays de destination doit prendre la responsabilité d’accepter les denrées; l’opération doit être entièrement couverte au plan financier».

Le porte-parole rappelle que le PAM distribue du blé, du soja et des aliments non périssables et, en de rares occasions seulement, il s’occupe aussi de denrées périssables. Francesco Luna exclut catégoriquement que le PAM puisse se charger de transporter de la viande à risque.

Pour la viande bovine qui a passé avec succès le test ESB, les deux premières conditions sont satisfaites. Il reste le problème de la couverture financière qui a souvent pénalisé le transport d’excédents alimentaires depuis les pays riches vers le Sud du monde.

Pour se remettre de la grande famine qui a touché la population, le gouvernement de la Corée du Nord négocie par ailleurs avec Taïwan le transfert de déchets nucléaires dans le pays, malgré les objections soulevées par Pékin et par Séoul. Taïpeh doit se débarrasser de 200’000 barils de déchets radioactifs, que Pyongyang semble vouloir accepter, ce qui rapporterait 220 millions de dollars au pays. Les déchets seraient entreposés dans les mines abandonnées de la Province de Hwanghae du Nord, près de la capitale, et à moins de 100 kilomètres de Séoul. (apic/cip/zn/pr)

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