La Lituanie a un nouveau cardinal, Mgr Audrys Juozas Backis, archevêque de Vilnius
De Rome Antoine Soubrier pour l’APIC
Rome, 20 février 2001 (APIC) La Lituanie aura mercredi un nouveau cardinal, Mgr Audrys Juozas Backis, archevêque de Vilnius. Mgr Backis, vice-président de la Conférence épiscopale Lituanienne, est en effet l’un des 44 nouveaux cardinaux – un nombre record dans l’histoire du collège des cardinaux ! – que Jean Paul II créera le 21 janvier 2001. Le cardinal Backis qualifie sa nomination de reconnaissance du pape pour les souffrances que la Lituanie a vécues sous le régime soviétique.
Originaire du plus occidental des pays baltes, Mgr Backis a passé près de 25 ans au service du Saint-Siège, dont 14 années à la Secrétairerie d’Etat du Vatican. Pour le nouvel élu, sa nomination est « un véritable cadeau que Jean Paul II nous a fait, non seulement pour mon diocèse, mais pour la Lituanie toute entière. C’est une reconnaissance pour les souffrances que nous avons vécues sous le régime soviétique, et en même temps comme un encouragement pour le travail que nous devons accomplir pour reconstruire une Eglise vivante qui doit être présente dans la société. »
« Même le Concile Vatican II n’est pas arrivé jusqu’à nous ! »
L’archevêque de Vilnius constate que l’Eglise de Lituanie a encore beaucoup à faire, car pendant toute la durée de l’occupation, elle restée coupée du monde catholique. « Même le Concile Vatican II n’est pas arrivé jusqu’à nous ! » L’Eglise locale, surveillée de près par le régime soviétique, a seulement reçu l’autorisation de diffuser 2000 copies de textes sans citations qui ont été distribuées aux prêtres. Jean Paul II avait déjà montré son soutien à l’Eglise de Lituanie en créant le premier cardinal lituanien depuis 400 ans, le prédécesseur de Mgr Backis, le cardinal Vincentas Sladkevicius, qui était alors archevêque de Kaunas.
« C’était le premier geste du pape pour cette Eglise souffrante. Le cardinal représentait justement le temps de la persécution et en même temps de la résistance. Avec ma nomination, je pense que le pape a voulu faire un nouveau geste pour la Lituanie et pour son Eglise qui prend aujourd’hui une autre direction et qui a besoin d’être rebâtie », confie-t-il au correspondant romain de l’APIC.
Le nouveau cardinal pense que son passage pendant 14 années à la Secrétairerie d’Etat va l’aider dans cette tâche de reconstruction, notamment pour faire face à l’arrivée de la culture européenne. « Je pense même que le pape m’a fait venir dans cet objectif. Il a voulu une personne des pays de l’Est à la Secrétairerie d’Etat à l’époque où le régime soviétique était encore présent dans nos pays. Ayant quitté mes attaches lituaniennes pour servir l’Eglise universelle, je me suis ainsi retrouvé indirectement au centre de l’Eglise universelle pour servir mon Eglise. »
Mgr Backis est retourné en Lituanie en 1992, quelques mois après la reconnaissance d’indépendance par la Russie, alors que l’évêque de Vilnius venait de mourir dans sa résidence surveillée où le régime soviétique l’avait confiné en 1961. Jean Paul II lui a alors demandé de le remplacer comme premier archevêque de Vilnius. Cette région avait en effet été annexée en 1920 par la Pologne, et la province ecclésiastique avait été supprimée. « En me nommant, le pape polonais reconnaissait l’appartenance de Vilnius à la Lituanie, sans la nécessité de l’établissement de relations diplomatiques. L’élan spirituel que le pape a lui-même voulu donner à la Lituanie en venant dans notre pays en 1993 est toujours présent et on en voit les fruits jour après jour. On comprend mieux aujourd’hui cette fécondité de la spiritualité lituanienne dont il avait alors parlé, en rendant le témoignage de foi des martyrs du 20ème siècle sur la ’colline des croix’ qui font mémoire de la persécution religieuse au cours du dernier siècle. »
Ouvrir l’Eglise de Lituanie à l’Eglise universelle et au monde
Engagé dans la reconstruction de l’Eglise de Lituanie, le cardinal Backis s’est fixé une première priorité, pour lui la plus importante, la formation des prêtres: « Avant, il n’y avait qu’un seul séminaire, à Kaunas. Aucun prêtre ni aucun professeur n’avait la possibilité d’aller étudier à l’étranger et les seuls livres de formation que nous possédions étaient des notes prises avant la guerre sur l’Ecriture Sainte. Aujourd’hui encore, cette absence de littérature théologique dans notre langue est un problème important. Ma première action en tant qu’évêque de Vilnius a donc été de construire un séminaire et d’envoyer quelques prêtres à Rome surtout, mais aussi en France et aux Etats-Unis, pour leur permettre de s’ouvrir à l’Eglise universelle et au monde. » Aujourd’hui, la Lituanie compte quatre séminaires, mais il faut reprendre tout l’enseignement à la base.
Le deuxième objectif du nouveau cardinal est la formation des fidèles. 86% des Lituaniens se disent catholiques, mais une grande partie d’entre eux ne considèrent l’Eglise que comme le symbole de la résistance contre le communisme. Pour l’archevêque de Vilnius, la formation religieuse doit éclairer la foi qu’ils ont reçue et gardée seulement par tradition. « Nous avons commencé dès le début, lorsque le gouvernement a autorisé une heure d’enseignement religieux par semaine dans les écoles, alors que pendant deux générations, le catéchisme avait été fait en cachette. »
Au départ, il a fallu tout faire durant cette heure d’enseignement religieux: la formation religieuse et la préparation aux sacrements. A présent, l’Eglise lituanienne voudrait que cette dernière se fasse en paroisse. Pour cela, il faut préparer les prêtres et les former. L’Eglise doit par ailleurs faire face au problème des locaux confisqués par les communistes et qu’elle cherche à récupérer pour accueillir les fidèles.
Le troisième point concerne les œuvres de charité et leur gestion. Les conditions de vie sont tellement pauvres aujourd’hui en Lituanie que peu de personnes acceptent de donner de leur temps dans une association ou un groupe bénévole de soutien. « La notion de rentabilité est ancrée dans les esprits, ce qui rend difficile notre désir de faire participer les fidèles à la vie de l’Eglise en dehors des offices. Nous devons leur faire retrouver le sens de la responsabilité qu’ils ont perdu sous le régime communiste. Tout le monde avait le même salaire, toutes les structures étaient gratuites, alors qu’aujourd’hui, on compte 20% de chômeurs, les gens n’ont pas de quoi payer l’hôpital », déplore le prélat lituanien.
Le communisme a été une « catastrophe anthropologique »
Et le cardinal Backis de relever que certains regrettent la période communiste, « car ils n’ont pas pris conscience de la blessure profonde qui a été causée dans leur nature humaine. Le communisme a été une « catastrophe anthropologique », comme l’a souligné Jean Paul II. Les rapports humains ont été modifiés car tout le monde faisait semblant de travailler, d’être communiste. La méfiance est passée dans les consciences et c’est cela qu’il faut enlever des mentalités pour tout reconstruire sur une saine anthropologie. Il faut donc leur réapprendre à être libres et à assumer la transition d’un système totalitaire à une économie ouverte. C’est dans ce sens que l’Eglise a un rôle à jouer, de manière à inculquer les valeurs chrétiennes à la reconstruction de la société. »
Le Synode pour l’Europe, en octobre 1999, a été l’occasion pour le cardinal Backis de confronter ce que vit l’Eglise de Lituanie avec la réalité des Eglises occidentales. Pour lui, les Eglises d’Europe de l’Est rencontrent les mêmes problèmes que les Eglises occidentales, en particulier avec les jeunes qui n’ont plus de points de repères: « On doit reconnaître qu’il n’existe plus actuellement une Eglise de l’Est et une Eglise de l’Ouest; nous en sommes tous arrivés aux problèmes de la nouvelle évangélisation, même si les contextes ne sont pas les mêmes. Le premier synode pour l’Europe, en 1991, avait été l’occasion de confronter une Eglise souffrante, qui sortait tout juste du communisme, avec une Eglise peut être trop libérale de l’Occident. Mais aujourd’hui, notre mission est clairement indiquée dans la lettre apostolique « Novo Millenio Ineunte »: il faut tout centrer sur le Christ, repartir du Christ pour donner un sens à sa vie. Tout le reste, la solidarité, l’éducation, les médias, la formation des prêtres, ce ne sont que des programmes. L’essentiel dont le monde a besoin aujourd’hui, c’est qu’on lui présente le « visage du Christ. » (apic/as/imedia/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse