Un ange passe… «Je ne peux m’empêcher de penser aux années 1932, où on a commencé à exterminer les handicapés, les malades mentaux, puis les personnes ââgées». Jacqueline Pécaut demeure songeuse. Avant de constater que l’espérance de vie a aujourd’hui été augmentée, sans que la société n’en assume les conséquences. «Il y a quelques années, se souvient-elle, j’ai entendu dans un hôpital une infirmière demander à un patient hospitalisé pour la 3e fois dans l’année s’il était conscient du coût qu’il occasionnait à la société. Comment dès lors rester un vieillard digne… Je sais que, parfois, on demanderait volontiers aux autres unités de prendre en charge les cas très lourds. Que faire en outre lorsque les familles et les soignants n’en peuvent plus. Est-ce que l’euthanasie n’est pas une réponse toute faite face à ces gens qui ont encore une raison de vivre. C’est facile de parler de compassion. C’est plus difficile de la mesurer, de l’assumer».
Pression de la société
Et de se demander si la notion d’euthanasie ne se développera pas dans le futur pour diminuer les coûts élevés de la santé. D’une médecine à deux vitesse. «On a prolongé la vie, mais quelle qualté de vie?», constate de son côté Sœur Marylise Cantin. Sa peur? Que l’euthanasie soit un jour codifiée dans une loi. «Ceux qui en défendent aujourd’hui l’idée sont sans doute sincères». Les mécanismes juridiques imposent selon eux les barrières suffisantes pour empêcher toutes dérives. Mais demain? «Qui peut affirmer que l’engrenage ne les balaiera pas, ces barrières. On peut craindre le pire. Surtout avec les images que véhicule aujourd’hui notre société, où il faut être beau, jeune, compétitif. Performant. La pression est là. Réelle».
«Je ne suis pas certaine que n’importe quel médecin se soit un jour posé la question du devenir de sa patiente. Les scientifiques non plus. Avec l’augmentation de l’espérance de vie, s’interroge à son tour Rosette Poletti, s’est-on seulement préoccupé des questions sociales qui allaient surgir. Mais la réalité est là. Avant, à 80 ans, on était un vieillard. Or les homes abritent aujourd’hui nombre de personnes de 85 et plus. Et de ce 5e âge, il faut s’en occuper». (apic/pr)
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