L’Eglise protestante en Chine: une présence de 150 ans
Pékin, 23 février 2001 (APIC) Le protestantisme en Chine n’a pas plus de 150 ans. Avec ses 15 millions de fidèles, cette Eglise ne représente qu’un peu plus de 1% de l’ensemble de la population chinoise. « Notre Eglise est très jeune et modeste », relève-t-on au sein des diverses instances protestantes chinoises. Portrait et bribes d’histoires d’une Eglise qui s’est somme toute accommodée du pouvoir et du système chinois.
Li En-Lin se souvient de la Révolution culturelle en Chine. Son père fut jeté en prison, ses frères et soeurs envoyés auprès de communautés rurales en vue de leur « rééducation ». A plusieurs reprises, les gardes rouges fouillèrent la maison de sa famille pour y trouver des preuves d’ »impérialisme étranger », et notamment des documents chrétiens. Tous les livres, y compris les bibles, furent jetés au feu.
« Il leur a fallu une semaine pour brûler tous les livres de mon père. A sa sortie de prison, un an plus tard, apprenant que toute sa bibliothèque était détruite, il fondit en larmes ». Le père de Li était un pasteur qui, après sa consécration en 1948, décida de se mettre au service d’une communauté rurale qui ne comptait alors qu’une demi-douzaine de chrétiens. Pendant la Révolution culturelle (1966-1976), les Eglises et lieux de réunion furent fermés et toutes les activités religieuses publiques interdites, tandis que les chrétiens, comme Li et sa famille, étaient jetés en prison, soumis à une rééducation et victimes de sévices et de discriminations de toutes sortes.
C’est pendant la Révolution culturelle que l’identité et la nature de l’Eglise protestante de Chine ont subi subi une profonde modification. Comme le déclare le pasteur Gao Ying, professeur au Séminaire théologique de Nanjing et membre du Comité central du COE, « il a fallu la Révolution culturelle pour nous faire découvrir les forces que recelait notre faiblesse ».
Croissance
Li En-Lin est actuellement secrétaire générale adjointe d’Amity Foundation, le département des services sociaux du Conseil chrétien de Chine, membre du Groupe régional asiatique du Conseil oecuménique des Eglises (COE). Alors que pendant la Révolution culturelle il y avait en Chine quelque 700’000 protestants, qui furent soumis à des traitements très durs, on estime que cet Etat compte maintenant 15 millions de fidèles. Tandis que toutes les Eglises demeurèrent fermées jusqu’en 1979, on recense actuellement quelque 40’000 temples et lieux de réunion dans tout le pays.
Cette croissance phénoménale dans un tel contexte culturel et politique exprime une manière d’ »être l’Eglise » qu’on ne trouve pratiquement nulle part ailleurs dans le monde.
Le Conseil chrétien de Chine: dépasser les divisions dénominationnelles
« Le Conseil chrétien de Chine (CCC) est pratiquement unique au monde », souligne son président Han Wen Zhao. « Nous ne constituons pas – pas encore – une Eglise unie, mais nous n’avons plus de dénominations. Le CCC se situe quelque part entre un conseil d’Eglises national et une Eglise unie ».
La création de la République populaire de Chine en 1949 a entraîné de profondes modifications de l’identité et de la mission de l’Eglise dans ce pays. Avant 1949, l’Eglise protestante dépendait dans une large mesure des sociétés missionnaires étrangères. Dans le contexte de la « Chine nouvelle », les chrétiens furent mis en demeure de donner à leur religion une expression et une structure fondamentalement chinoises. Dans ces efforts en vue d’édifier une identité chinoise propre, la création en 1950 du mouvement « des trois autonomies » – autofinancement, autogestion, mission autonome – joua un rôle capital, obligeant la communauté chrétienne chinoise à fonder une Eglise intégrée dans le contexte chinois, mettant ainsi fin à l’aide financière, à la domination et à l’évangélisation d’origine étrangère.
Vers la fin des années 1950, les protestants chinois choisirent la voie de ce qu’ils appellent le « post-dénominationalisme ». Su De Ci, vice-président et secrétaire général du CCC, déclare à ce sujet: « Le début des années 1950 fut difficile, mais nous nous sommes tournés vers Dieu et avons recherché des signes d’unité dans les Eglises ». Au cours de ce processus, on a pris conscience du fait que c’étaient les missionnaires qui avaient apporté leurs dénominations en Chine, et donc que l’appartenance dénominationnelle des Chinois était en général due au hasard. Vers 1956 se dessinèrent des mouvements visant à l’unification des Eglises protestantes. Le Conseil chrétien de Chine fut fondé en 1980, après la Révolution culturelle et la réouverture de quelques églises.
La préoccupation principale du CCC est de reconstruire les églises et de veiller au maintien des quelque 13’500 sanctuaires et 35’000 lieux de réunion créés depuis 1979. La formation théologique dans 18 séminaires et écoles bibliques constitue également une priorité, car le manque de pasteurs formés pose des problèmes toujours plus importants.
Coopérer pour répondre aux besoins de la société chinoise
L’organisation Amity Foundation a été créée en 1985 par des chrétiens désireux d’aider à résoudre les problèmes de santé, d’éducation, de développement rural et d’assistance sociale auxquels étaient confrontées les régions rurales de la Chine. Actuellement présente dans 31 des 32 provinces chinoises, l’organisation collabore avec de nombreux partenaires internationaux et locaux.
Han Wen Zhao souligne qu’Amity Foundation dispose d’une base de soutien et d’une gamme d’activités très large, soutien qu’il attribue à deux raisons: « Comme nous sommes une minorité, nous devons nous assurer le soutien de la communauté pour accomplir quelque chose. En outre, dans le monde actuel, la confrontation est omniprésente; c’est pourquoi nous voulons montrer que nous pouvons collaborer dans le domaine humanitaire ».
Bien que des non-chrétiens fassent partie du comité directeur et que les autorités locales participent souvent à la réalisation des projets, ceux-ci sont lancés par les Eglises et les communautés chrétiennes locales. L’une des « entreprises » les plus réussies a été la réintroduction de la Bible en Chine.
25 millions de bibles imprimées en Chine
Pendant la Révolution culturelle, toutes les bibles furent détruites et interdites. Li En-Lin se souvient que lorsque l’église de son père fut rouverte en 1979. Ce dernier demanda, en pensant à tous ses livres brûlés: « Comment puis-je prêcher sans bible? » Mais avant qu’il n’en reçoive une d’un ami de Hong-kong, ses paroissiens s’enseignaient mutuellement des passages bibliques de mémoire, reconstituant ainsi la Bible par la tradition orale.
Actuellement Amity Printing Press, résultat de la collaboration de l’Alliance biblique universelle (ABU) et d’Amity Foundation, publie des bibles en chinois, en anglais, en braille et dans plusieurs langues de minorités ethniques. 25 millions d’exemplaires ont été imprimés depuis la fin de 1987. Peter Dean souligne qu’il est non seulement moins coûteux d’imprimer des bibles en Chine que d’essayer d’en importer, mais encore que cela renforce l’identité de l’Eglise chinoise.
Han Wen Zhao souligne qu’en Chine le protestantisme n’a pas plus de 150 ans et que l’Eglise, sous sa forme actuelle, n’en a pas plus de 50. Bien qu’elle soit l’une des plus grandes Eglise du monde avec ses 15 millions de fidèles, elle ne représente qu’un peu plus de 1% de l’ensemble de la population chinoise. « Notre Eglise est très jeune et modeste, déclare-t-il, mais nous progressons ».
Le CCC doit relever des défis considérables. Il s’agit notamment de former une nouvelle génération de responsables et de pasteurs. En 1949, on comptait un pasteur pour 100 fidèles; de nos jours, le rapport est de 1 pour 4’000. Des rencontres comme celles des groupes régionaux d’Asie et du Pacifique du COE, récemment organisées à Shanghai et Nanjing, « permettent d’examiner nos problèmes communs et de leur trouver des solutions et font prendre conscience à nos communautés de l’existence de l’Eglise universelle ». (apic/coe/pr)
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