Rome: Quatre nominations à la Commission «Ecclesia Dei»

Une base de dialogue élargi avec la Fraternité Saint Pie X

Rome, 26 février 2001 (APIC) Le pape Jean Paul II a nommé quatre nouveaux membres de la commission « Ecclesia Dei » instituée en 1988. Ces nominations assureront une base de dialogue élargie avec la Fraternité Saint Pie X, qui a eu ces derniers mois des contacts répétés avec le cardinal Dario Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation pour le clergé et président de la commission.

D’aucuns voient dans ces nominations un signe que le dialogue a été renoué de façon visible à la faveur du Grand Jubilé. Elles surviennent aussi au lendemain du consistoire et de la fête de la Chaire de Saint-Pierre qui a donné à Jean Paul II l’occasion d’insister sur le ministère d’unité du successeur de Pierre et de demander aux nouveaux cardinaux de l’aider spécifiquement dans cette tâche.

Les quatre nouveaux membres sont le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Jorge Medina Estévez, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, Louis-Marie Billé, archevêque de Lyon et président de la Conférence épiscopale française, ainsi que Mgr Juliàn Herranz, président du Conseil pontifical pour les textes législatifs.

La nomination du cardinal Ratzinger assure – entre autres – la transmission de la mémoire des négociations et des événements qui ont précédé et conduit à « Ecclesia Dei ». La nomination du cardinal Medina se comprend aussi par l’importance de la question liturgique et de la pastorale des sacrements, celle de Mgr Herranz souligne l’aspect juridique de la question. Et la nomination du cardinal Billé, comme le relèvent des observateurs autorisés à Rome, est particulièrement importante dans ce processus de dialogue qui concerne particulièrement l’Eglise en France.

La Lettre apostolique « Ecclesia Dei »

Dans la Lettre apostolique « Ecclesia Dei adflicta », en forme de Motu Proprio et en date du 2 juillet 1988, on lit (nous traduisons de l’italien): « Compte tenu de l’importance et de la complexité des problèmes mentionnés dans ce document », Jean Paul II a institué cette commission (ce passage de la Lettre est repris par l’Annuaire pontifical) « avec pour tâche de collaborer avec les évêques, avec les dicastères de la curie romaine et avec les milieux intéressés, dans le but de faciliter la pleine communion ecclésiale des prêtres, des séminaristes, communautés ou religieux et religieuses jusqu’ici liés de différentes façons à la Fraternité fondée par Mgr Marcel Lefèbvre (mort en 1991, ndlr), qui désirent rester unis au successeur de Pierre dans l’Eglise catholique en conservant leurs traditions spirituelles et liturgiques ».

Contacts maintenus

Ancien archevêque de Dakar, Mgr Marcel Lefèbvre, dans son opposition à certaines réformes conciliaires, en particulier liturgiques, fonda son propre séminaire à Ecône (Suisse) et ordonna des prêtres, même après avoir été suspendu par le Saint-Siège. En cause : la liberté religieuse (il n’avait pas voté la déclaration du concile Vatican II sur ce thème), l’oecuménisme, la messe et l’autorité du pape dans l’Eglise et des évêques dans leurs diocèses. Le 30 juin 1988, après avoir rejeté le protocole signé le 5 mai au bout de longs pourparlers, ainsi qu’une ultime proposition du cardinal Ratzinger, de la part du pape, Mgr Lefèbvre consacrait quatre évêques, un acte schismatique qui entraînait son excommunication et mettait la Fraternité Saint Pie X, qu’il avait créée, en dehors de l’Eglise catholique.

Pourtant, d’autres catholiques de sensibilité traditionaliste choisissaient alors l’unité, en particulier en rejoignant la Fraternité Saint-Pierre, qui est, depuis juin 2000, sous l’autorité de l’abbé Arnaud Devillers. En effet, dans son Motu proprio de 1988, le pape, tout en constatant le schisme, affirmait sa volonté de faciliter « la communion ecclésiale à ceux qui se sentent attachés à des formes liturgiques et disciplinaires antérieures de la tradition romaine, grâce à des mesures nécessaires pour garantir le respect de leurs justes aspirations ». C’est dans cet esprit qu’était fondée la Fraternité Saint-Pierre, société cléricale de vie apostolique, de droit pontifical. Un séminaire était créé en Bavière. En France, des évêques ont confié à des prêtres de la Fraternité la célébration de certaines messes selon de rite de saint Pie V, en vigueur avant Vatican II. Ces communautés relèvent de l’autorité de l’évêque diocésain.

Les ponts ne sont pas rompus

Néanmoins, selon l’agence Zenit (Rome), le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X s’est poursuivi officieusement pendant douze ans. Aujourd’hui, certains observateurs n’hésitent pas à dire que la Fraternité Saint-Pie X de Mgr Lefebvre a renoué visiblement le dialogue avec Rome, par le geste même de son pèlerinage jubilaire aux quatre basiliques majeures, les 8 et 9 août 2000. Le 30 décembre dernier, Mgr Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité, s’est rendu à Rome et a rencontré le pape lors de sa messe privée du matin, mais aucune parole importante n’a été échangée.

Mgr Fellay a aussi rencontré à plusieurs reprises le cardinal Castrillon Hoyos, au cours du dernier trimestre 2000. Le 16 janvier dernier, il a cependant demandé des « garanties » à Rome pour avancer dans le dialogue auquel il met des conditions. Dans ce contexte, les dernières nominations au sein de la Commission « Ecclesia Dei » devraient assurer aux éventuelles rencontres à venir une base élargie et des approches complémentaires.

D’après des sources bien informées, ces derniers développements correspondraient à une vraie demande à l’intérieur de la Fraternité Saint-Pie X, où pourtant les sensibilités ne sont pas homogènes, avec d’une part ce que d’aucuns appellent des « irréductibles » face à la « dérive conciliaire » et ceux qui jugent nécessaire un rapprochement avec Rome. (apic/zn/pr)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/rome-quatre-nominations-a-la-commission-ecclesia-dei/