Meurtre d’un évêque et emprisonnement d’un autre pour corruption

Thrissur: Des chrétiens du Sud de l’Inde en guerre contre la corruption au sein des Eglises

Thrissur, 7 janvier 2001 (APIC) Des responsables d’Eglises et militants de l’Inde du Sud partent en guerre contre « le cancer de la corruption » qui sévit au sein des Eglises de la région. Cette campagne suit le meurtre d’un évêque luthérien et l’emprisonnement d’un autre pour corruption.

Le coordinateur de la campagne et directeur de l’Association d’entraide des Eglises, Moses P. Manohar, déplore l’acquisition facile de richesses – maisons et autres biens, par des responsables d’Eglise, « fait choquant pour les fidèles. « La corruption généralisée a entraîné les Eglises dans un certain nombre d’actions en justice. En fait, « ce sont les juges qui dirigent pratiquement nos Eglises », a-t-il déclaré à l’agence ENI.

Un groupe de travail de sept responsables d’organisations chrétiennes établit à l’heure actuelle une stratégie de « lutte contre la corruption et la violence au sein de l’Eglise ». Il a été constitué à l’issue d’une réunion de plus de 20 chefs d’Eglise, le 9 décembre dernier, à Chennai, capitale de l’Etat du Tamil Nadu dans le sud de l’Inde. « Nous projetons de convoquer une réunion plus importante afin que cette lutte contre la corruption soit efficace », explique encore Moses P. Manohar.

Première déclaration de guerre à la corruption

La réunion du 9 décembre était présidée par le directeur du Collége de théologie luthérien de Gurukul Chennai, K. Rajaratnam, secrétaire exécutif de l’Eglise évangélique luthérienne unie de l’Inde (forum de 11 Eglises luthériennes), et qui fut le président du Conseil national des Eglises de l’Inde. « La mission de l’Eglise ne figure pas à l’ordre du jour de certains dignitaires ecclésiaux, qui se consacrent au pouvoir et l’argent », a-t-il fait remarquer.

L’évêque G. Emmanuel, président de l’Eglise évangélique luthérienne d’Andhra (800 000 membres), a été tué à coups de couteau en juillet 2000. dans le complexe de l’Eglise. En raison, selon certains, d’un désaccord sur le montant de la location d’’un bâtiment appartenant à l’Eglise. Trois mois, plus tard, l’évêque M. I. Kesari, du diocèse de Kannyakumari de l’Eglise de l’Inde du Sud, a été condamné à deux mois de prison pour corruption et outrage à la cour. L’évêque Kesari a été condamné à la prison pour avoir annoncé, malgré l’interdiction du tribunal, les résultats d’une élection tenue au sein de l’Eglise, que ses partisans auraient truquée. L’évêque a fait appel du jugement.

L’Eglise comme une orange dont on aurait pressé le jus

La campagne de résistance morale vise à établir une nouvelle éthique: les gens auront honte de s’enrichir soudainement et ne toléreront plus la corruption. « La situation de l’Eglise est celle d’une orange dont on a pressé tout le jus ou d’un sel qui a perdu toute sa saveur », constate la déclaration faite à l’issue de la rencontre de décembre. Les journaux de l’Eglise se réduisent aux rubriques nécrologiques et à la chronique des voyages des évêques », en ignorant tout des vraies préoccupations des chrétiens.

La réunion du 9décembre a déploré la mauvaise utilisation des fonds étrangers, l’indifférence, l’acceptation de la corruption, et le pouvoir absolu des responsables d’Eglises.

En plus du groupe de travail, des commissions baptisées « Clubs Nathan » d’après le prophète, seront mises sur pied. « Nous en avons assez de notre direction. Le nettoyage doit commencer au sommet avec ceux qui disent être les pasteurs, déclare le pasteur T. Danyanandan Francis, secrétaire général de la Société de publication chrétienne de Chennai.

Eglises traditionnelles pas épargnées

Même les Eglises traditionnelles comme l’Eglise orthodoxe (dans l’Etat du Kerala) ne sont pas épargnées par le climat dissuasif créé par les responsables ecclésiaux prêts à tout pour défendre leurs intérêts, a observé K. Rajaratnam. « Dans les Eglises protestantes, la situation est encore pire. Les chefs d’Eglise se préoccupent davantage des questions matérielles que spirituelles >>, a-t-il continué. Esther Kathiroli, secrétaire exécutive du Conseil chrétien du Tamil Nadu et membre du groupe de travail ajoute que certains pasteurs ne prennent pas leur mission « au sérieux. En conséquence, les paroissiens déçus adhérent aux nouvelles Eglises qui se multiplient actuellement ».

Les Eglises « directement rattachées » aux Eglises étrangères sont plus prédisposées à la corruption en raison de leur accès aux fonds extérieurs. Plusieurs responsables du Conseil national des Eglises de l’Inde, de l’Eglise de l’Inde du Sud et de collèges de théologie se sont félicités de l’initiative et ont adressé à Moses P. Manohar des lettres d’encouragement. Toutefois, à ce jour, les pasteurs qui se sont associés au mouvement sont surtout des responsables d’Eglise « à la retraite ». (apic/eni/mjp)

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