Ukraine: Manœuvres du Patriarcat de Moscou pour faire obstacle à la visite du pape ?
Moscou, 15 janvier 2001 (APIC) Le Patriarcat orthodoxe de Moscou est soupçonné de manœuvrer en coulisses pour faire obstacle à la prochaine visite du pape en Ukraine, annonce lundi FIDES à Rome. L’agence de presse vaticane se base sur des indiscrétions qui ont filtré d’une réunion du Conseil permanent du Synode des évêques de l’Eglise orthodoxe russe. FIDES rapporte que le métropolite Vladimir, représentant du Patriarcat à Kiev, a été chargé d’écrire une lettre officielle pour dissuader Jean Paul II de se rendre cette année en visite pastorale en Ukraine.
Certains milieux orthodoxes craignent en effet que la visite du pape ne serve de détonateur à toute une série de tensions inter-confessionnelles latentes qui divisent l’Ukraine depuis la chute du communisme. Les relations entre les diverses Eglises sur place sont très embrouillées et difficiles à comprendre de l’extérieur. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique, l’Ukraine a été le réceptacle de toutes les tensions inter-chrétiennes et inter-orthodoxes de la région, qui se mêlent à des enjeux politiques nationalistes.
Il y a dix ans, l’Ukraine comptait plus de 15’000 paroisses orthodoxes (en Russie il n’en était resté que 6’000). 8’000 d’entre elles environ sont sorties de la juridiction de Moscou. Sur ces dernières, plus de 2’000 sont restées sous le contrôle du métropolite Philarète de Kiev, le principal adversaire de l’’actuel patriarche Alexis II lors de l’assemblée du Saint Synode qui a élu ce dernier à la tête du Patriarcat de Moscou en 1989.
Excommunié, le métropolite Philarète s’est autoproclamé patriarche
Par la suite, le métropolite Philarète – une personnalité dont le passé sous le régime communiste est fort trouble – fut excommunié et réduit à l’état laïc par le Saint Synode du Patriarcat de Moscou. L’évêque rebelle avait pris la tête de sa propre Eglise et joué la carte nationaliste après avoir été longtemps fidèle à Moscou. Il s’est entre-temps autoproclamé patriarche de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine. Il demeure, malgré son isolement au sein de la communauté des Eglises orthodoxes, le principal interlocuteur des dirigeants politiques d’Ukraine.
Concurrente de Philarète et de l’Eglise orthodoxe ukrainienne restée fidèle au Patriarcat de Moscou – la seule reconnue canoniquement par la communauté orthodoxe au niveau international – l’»Eglise orthodoxe autocéphale d’Ukraine» regroupe de son côté plsieurs centaines de paroisses. S’inspirant de cette «orthodoxie des catacombes» qui n’avait jamais accepté le régime soviétique, elle a maintenu ses centres d’organisation à l’étranger, en reconnaissant comme «guide spirituel» le métropolite Constantin, chef de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine aux Etats-Unis. Elle est appuyée discrètement par le patriarche de Constantinople en personne, affirme l’agence vaticane.
La question «uniate»
A cette mosaïque compliquée, s’ajoutent les 3’000 paroisses d’Ukraine qui sont retournées à la juridiction grecque-catholique. Cette Eglise catholique de rite byzantin, dite «uniate», avait été supprimée par le régime en 1946, et réunie par la force à Moscou. Le Patriarcat de Moscou considère ce «retour» comme une des causes principales du conflit avec l’Eglise catholique dans son ensemble.
Actuellement, les grecs-catholiques, après la disparition récente de leur chef, le cardinal Miroslav Lubachivsky, successeur du cardinal Iozif Sljpyj, un véritable «confesseur de la foi» qui a subi les persécutions du régime communiste, sont dans l’attente de l’élection du nouvel archevêque majeur de Lviv, chef-lieu de Galicie, en Ukraine occidentale et place forte des gréco-catholiques.
Moscou s’inquiète des tendances autonomistes de ses paroisses d’Ukraine
Mais les problèmes du Patriarcat de Moscou vont bien au-delà de la question «uniate», note FIDES. Ils concernent d’abord l’avenir des paroisses d’Ukraine. Ces dernières, sous la direction du métropolite Vladimir, représentent une part assez importante de l’orthodoxie: à elles seules, elles comptent près de la moitié de toutes les paroisses dépendant du Patriarcat de Moscou. En s’appuyant sur le poids numérique et historique (l’Ukraine est considérée comme le berceau de l’orthodoxie), le Métropolite Vladimir s’efforce d’obtenir le maximum d’indépendance vis-à-vis de Moscou.
Un seul «guide spirituel» pour l’Ukraine
Lors du dernier Synode plénier des évêques de Russie, qui s’est tenu à Moscou au mois d’août dernier, il a en effet obtenu une plus grande autonomie. L’autonomie totale de l’orthodoxie d’Ukraine vis-à-vis de Moscou risque d’affaiblir, du point de vue numérique et économique, le Patriarcat de Moscou lui-même. Cela crée des frictions au sommet et à la base du monde orthodoxe.
L’an dernier, dans le style «césaro-papiste» toujours d’actualité dans les pays de l’ancienne URSS, le président de l’Ukraine, Leonid Koutchma, a relancé l’idée d’un «Concile local d’Ukraine», où tous les métropolites, ou prétendus tels, donneraient leur démission. Ils laisseraient ensuite le clergé et le peuple élire un seul et unique «guide spirituel» pour l’Ukraine. (apic/fides/be)
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