« face aux défis de la mondialisation »
Le thème de la rencontre de Yaoundé, « L’Afrique face aux défis de la mondialisation », suscite parmi les membres « Justice et Paix » – des experts en matière de relations internationales et des responsables d’ONG – un intérêt tout particulier, puisque la commission a publié, en mars 1999, une importante étude sur la mondialisation, dans laquelle est soulignée la nécessité de « maîtriser », notamment pour éviter qu’elle n’aggrave les exclusions dont sont victimes les « oubliés de la mondialisation ».
Justice et Paix souhaite attirer l’attention du président Chirac sur trois dossiers importants, auxquels l’Eglise de France est particulièrement attentive: la défense et la promotion des droits de l’Homme, la réduction du poids de la dette, le contrôle des transferts d’armements.
Droits de l’homme: un manque de clarté
Sur la question des droits de l’homme, « sans aller jusqu’à préconiser une attitude de rupture avec les régimes qui violent régulièrement de tels droits, il nous semble que la France pourrait faire preuve d’une plus grande fermeté », écrit Mgr Daloz. L’archevêque évoque les nombreux échos parvenant à Justice et Paix, « qui font état d’une dégradation de l’image de la patrie des droits de l’homme » en Afrique, du fait qu’elle semble complice, au moins par son silence, de gouvernants qui pratiquent la fraude électorale, la confiscation des ressources au bénéfice de groupes ou de régions particulières, l’emprisonnement – parfois même l’élimination physique – d’opposants ou de journalistes, etc ».
Justice et Paix suppose que les représentants de la France font en privé les protestations qui s’imposent dans de tels cas, « mais il nous semble que certaines dénonciations devraient avoir un caractère public, au moins pour les violations les plus flagrantes, si l’on veut leur conféérer une certaine efficacité dissuasive », souligne Mgr Daloz.
La Commission se réjouit de voir affirmer solennellement la nécessité de progrès en ce domaine, notamment dans la déclaration de Bamako du 4 octobre dernier. Il leur semble toutefois que l’action de la France « n’est pas toujours à la hauteur des enjeux et manque de clarté aux yeux des populations ». Mgr Daloz souligne à ce propos que « ce sont les Africains eux-mêmes qui (…) revendiquent la démocratie, l’Etat de droit et le respect des droits de l’homme. L’image de la France est atteinte, parmi eux, lorsqu’elle semble soutenir des gouvernants dont la conduite contredit gravement les principes proclamés comme fondamentaux dans les discours venant de Paris. C’est pourquoi nous ne fondons pas seulement sur des raisons éthiques, écrit Mgr Daloz, mais aussi sur des considérations de sagesse politique notre souhait de voir la France s’engager plus résolument, et plus visiblement, dans le soutien aux forces sociales qui, dans les sociétés africaines, son dès aujourd’hui porteuses d’une culture démocratique en gestation ».
La lettre ouverte cite l’exemple éclairant de la corruption au Cameroun: ce ne sont pas des étrangers « donneurs de leçons », mais bien les évêques de ce pays qui portent le fer au cœur de la plaie.
Dette: il reste beaucoup à faire
En ce qui concerne l’allégement du poids de la dette, une question que l’Eglise catholique a pris à cœur à l’occasion du Jubilé, la lettre rappelle que, à la suite d’une importante mobilisation de l’opinion sur ce thème, notamment à l’occasion du Sommet de Cologne, le président et le ministre des Finances de la France ont annoncé des mesures d’annulation ou de réduction. « Mais il reste beaucoup à faire: le processus est long, les allégements décidés sont très en deçà de ce qui serait nécessaire et le nombre de pays bénéficiaires beaucoup trop restreint », note Mgr Daloz.
Justice et Paix souhaite aussi que la France soutienne la proposition d’instaurer un système d’arbitrage indépendant visant à trouver une solution d’ensemble au problème de la dette des pays du Sud. Cette proposition, avancée par la CNUCED, est soutenue par le secrétaire général des Nations Unies, qui l’a fait savoir aux chefs d’Etat du G7 réunis à Okinawa en juillet dernier
La Commission souhaite enfin que la France soutienne plus clairement les propositions avancées par bon nombre d’ONG pour garantir que les fonds libérés par les remises de dette servent à financer les programmes de santé, d’éducation et de développement économique des populations les plus pauvres.
Pour un strict contrôle du commerce des armes
En ce qui concerne enfin la prolifération des « armes légères et de petit calibre », Justice et Paix-France participe à une campagne visant à obtenir que les transferts de tels matériels soient beaucoup plus étroitement contrôlés. Lancée en 1999 par un collectif d’associations, cette campagne a retenu l’attention des pouvoirs publics, se réjouit Mgr Daloz. Il reste que les conflits qui ravagent certains pays d’Afrique sont alimentés, en grande partie, par le commerce, légal et illégal, d’armes. Justice et Paix demande que la France s’engage plus résolument, au côté de ses partenaires européens, dans l’effort en vue de réglementer très strictement tout transfert d’armes, notamment à travers une interprétation stricte des critères éthiques et politiques énoncés dans le « Code de conduite » adopté en mai 1998 par l’Union européenne, et en œuvrant pour que les dispositions de ce Code soient renforcées, comme le demande le Parlement européen lui-même.
Justice et Paix souhaite que la France fasse tout ce qui est en son pouvoir pour assurer le succès, puis le renouvellement du moratoire sur l’importation, l’exportation et la fabrication des armes légères, qui a été décidé pour trois ans, le 31 octobre 1998, par les chefs d’Etat de la CEDEAO, à l’initiative du Mali. La Commission demande enfin que la France soutienne plus fermement la mise en place d’organismes régionaux de prévention et de règlement des conflits, notamment le COPAX pour la région de l’Afrique centrale. Ces organismes, note Mgr Daloz, compléteront ce que la France prépare à travers son programme Recamp pour la formation et l’entraînement au maintien de la paix.
Dans un communiqué publié mardi, Amnesty International interpellait la France et les pays présents à Yaoundé. A quand l’application des conventions pour mettre fin à la torture, se demandait AI. En pointant son doigt sur la France, la Guinée et le Cameroun pour des cas manifestes de tortures. (apic/cip/pr)
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