L’éthique juive refuse le clonage d’embryons, dit le rabbin de Bâle

Bâle: Nouvelles techniques médicales et géniques à la lumière de la Torah et du Talmud

Fritz Imhof, APIC

Bâle, 24 janvier 2001 (APIC) L’éthique juive s’oppose au clonage de l’embryon humain, même si la tradition juive considère qu’il n’y a être humain que 40 jours après la conception. Dans un exposé donné en début de semaine à Bâle, le rabbin de la communauté israélite de la cité rhénane, Israël Meir Levinger, a examiné les nouvelles technologiques médicales, la transplantation, ou encore l’euthanasie, à la lumière de la Torah et du Talmud.

La tradition juive place trois choses au-dessus de la vie d’un être humain: la vie des autres, la judaïté et la famille. De ce constat découlent tous les commentaires du Talmud, recueil des lois fondamentales du judaïsme, et en particulier la partie qui a trait à la discussion sur la notion de faute, la «Halakah» et qui contient les commandements à suivre pour marcher sur les voies de Dieu. En préambule de la conférence, organisée par la commission de l’éducation de la communauté israélite de Bâle, de la communauté de travail chrétienne juive et de la Fondation pour les projets chrétiens juifs, le rabbin de la cité rhénane a en effet précisé que la Halakah formulait des règles régissant le quotidien des juifs.

La loi juive établit clairement l’inviolabilité de la création, comportant le respect et la conservation de ses espèces, en particulier. Dans les domaines où la création elle-même transgresse les frontières, comme dans les croisements entre le cheval et l’âne, l’être humain bénéficie lui aussi d’une certaine marge de manœuvre. Et lorsqu’il enfreint les tabous alimentaires, il n’est pas coupable lorsqu’il ne peut détecter à l’œil nu la présence des aliments défendus. Les techniques géniques se déroulent également dans le domaine de l’invisible, et le judaïsme les autorise, en vertu de la même logique, indique le rabbin Levinger. De même la Halacha interdit-elle de greffer un arbre sans pour autant empêêcher qu’on en mange les fruits.

Non au clonage, même dans une but thérapeutique

Le clonage d’êtres humains doit en revanche être absolument proscrit parce qu’il est une atteinte à la dignité humaine, estime le rabbin Levinger. La possibilité de faire des «doubles» de personnes célèbres et talentueuses ou d’accéder à leur désir d’immortalité en les faisant revivre dans des clones montre l’absurdité de telles démarches. Le clonage d’embryons humains dans un but thérapeutique – que la Chambre des Communes et les Lords d’Angleterre viennent d’autoriser jusqu’au 14ème jour après la conception – est également hautement problématique, insiste Israël Meir Levinger. On ne peut envisager de créer une «banque d’organes de rechange» à partir de cellules embryonnaires même si l’être humain n’existe, pour les juifs. qu’à partir du quarantième jour de vie de l’embryon et que l’avortement est permis dans ce délai.

Pour Israël Meir Levinger, il est horrifiant de penser qu’à l’avenir on puisse développer artificiellement n corps humain sans tête, par exemple. Un corps qui ne serait pas un homme à proprement parlé mais une réserve de «pièces de rechange» pour les organes défaillants.

Oui à l’euthanasie passive

«Tu ne tueras pas». Ce commandement d’Abraham permet, selon l’éthique juive, l’euthanasie passive dans la mesure où l’on assure l’alimentation du patient en nourriture, en eau et en oxygène. Le grand malade doit également avoir accès à un «traitement médical normal», même si c’est difficile à définir. Le patient est ainsi en droit à refuser tout acharnement thérapeutique ou traitements exigeant de grands moyens. L’euthanasie active qui raccourcit la vie du patient, contrevient en revanche clairement à la tradition juive. Même s’il est en tout à fait louable de prier Dieu pour la mort d’un proche qui souffre de façon intolérable. On peut également prendre des mesures pour aider quelqu’un à mourir tout en gardant à l’esprit le fait que nul ne sait ce que ressent un patient et comment il supporte sa souffrance.

Dons d’organe et amour du prochain

Le don d’organes et de parties du corps obéit au commandement juif et chrétien de l’amour du prochain. Selon le rabbin de la communauté juive de Bâle, on ne peut en revanche contraindre quelqu’un à donner un rein de son vivant, si cela comporte un risque pour sa santé. Le prélèvement de sang, de peau ou de cellules de la moelle épinière ne comporte en revanche pratiquement aucun risque pour le donneur.

La question de la transplantation d’organes de personnes décédées pose plus de problèmes, du point de vue de l’éthique juive: il faut qu’il y ait simultanément donneur et receveur et que le donneur ou ses proches aient donné leur accord. Les techniques de prélèvement et de transplantation ne doivent pas accélérer la mort d’un donneur potentiel ou au contraire prolonger son agonie pour maintenir ses organes en vie, estime Israël Meir Levinger.

Le judaïsme est favorable à la transplantation cardiaque même si la transplantation du cœur ne va pas de soi pour les juifs. Selon la tradition, est réputé mort l’homme dont le cœur a cessé de battre. Si le cœur est enlevé alors qu’il fonctionne encore, on commet un meurtre selon la Halakah. Mais les textes disent également que l’absence de respiration ou d’activité cérébrale sont des signes définitifs de décès. Ce sont du reste les deux critères de la mort clinique, qui doivent être remplis avant tout prélèvement d’organe, dans le cadre de la transplantation. (apic/imhof/wm/traduction Marie-José Portmann)

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