Des Suisses fâchés par la position officielle

Encadré

Au nom des verts et des socialistes suisses présents au Forum Social Mondial qui se tient du 25 au 30 janvier à l’Université pontificale (PUC) de Porto Alegre, Anne-Catherine Ménétrey prend à son compte le slogan du FSM : « un autre monde est possible ».

Pour la délégation suisse qui vient de passer quatre jours au milieu des laissés-pour-compte du soi-disant miracle brésilien, « les mouvements populaires participatifs rencontrés au Brésil constituent un processus émancipateur qui nous donne de l’espoir. Il renforce aussi le sentiment de solidarité avec ceux qui, à Davos, sous la menace de l’armée et des polices cantonales, manifestent leur refus d’un monde soumis à la logique mortifère du néolibéralisme. Ici au Brésil, les polices répriment les sans terre, les sans logis, les exclus qui font valoir leurs droits légitimes. En Suisse, à Davos, elles portent atteinte à un droit tout aussi légitime: la liberté d’expression ». L’écologiste vaudoise relève encore que le Forum Social de Porto Alegre n’est pas là pour créer la résistance populaire, mais pour la révéler.

« On savait déjà que les riches devaient se protéger des pauvres, on l’a suffisamment vu au Brésil de l’apartheid social, mais avec Davos, on voit maintenant que les riches doivent se protéger de la démocratie », ironise pour sa part le conseiller national écologiste genevois Patrice Mugny, en commentant les photos de première page des grands quotidiens « O Estado de Sao Paulo » et « La Folha de Sao Paulo » montrant les barbelés protégeant Davos.

« La mondialisation a besoin de la police pour poursuivre son oeuvre parce qu’elle n’est pas légitime aux yeux de la population. C’est franchement la honte de voir que c’est l’image de la Suisse qu’on véhicule ici, on a envie de donner à voir le visage d’une autre Suisse, d’une Suisse solidaire », ajoute A.-C. Ménétrey. Pour la Jurassienne Erica Hennequin, vice-présidente des Verts suisses, cette mobilisation policière et militaire est franchement la honte, d’autant plus que nous devrons encore payer, comme citoyens, pour un système totalement antidémocratique. Je me bats pour une Suisse plus ouverte et plus tolérante vis-à-vis de l’étranger ».

Le député fribourgeois Bernard Bavaud se dit lui aussi « choqué » de voir l’image qu’à travers Davos, l’on donne de la Suisse dans la presse brésilienne et en Amérique latine. « Il ne s’agit pas de tout casser, nous sommes pour la liberté d’expression, mais de là à envoyer l’armée et les polices cantonales… Les grands de Davos peuvent se réunir, mais leurs opposants devraient pouvoir tout autant manifester !

Pierre Yves-Maillard, secrétaire général d’E-Changer, à la vue des images de Davos, affirme, « en tant que citoyen, ne pas se sentir représenté par les autorités suisses : envoyer quatre conseillers fédéraux à Davos et ne faire aucune déclaration sur la mobilisation de Porto Alegre, c’est une option claire, cela montre bien de quel côté se trouve notre système suisse. Pourtant, comme citoyen, je suis sûr que je ne suis pas le seul à ne pas me sentir représenté par le régime. Il n’est d’ailleurs pas du tout sûr que cette autre Suisse soit minoritaire ! » (apic/be/pr)

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